'La loi OGM ne tient pas compte des problématiques soulevées par leur impact sur la santé publique'
Suite à l'adoption à l'Assemblée nationale de la loi OGM, Joël Spiroux*, répond aux questions du site contaminations-chimiques.info
Contaminations Chimiques : Comment réagissez vous à l'adoption par l'Assemblée nationale de la loi OGM en tant que citoyen et militant engagé ?

Joël Spiroux :
Nous étions très en retard pour la transcription de la 2001/18, il fallait donc une loi OGM. Depuis l’annonce de la clause de sauvegarde en janvier dernier concernant le maïs MON 810, nous avons vu se déchaîner des querelles fortes animées et soutenues par les lobbies agro semenciers. Alors même que la clause de sauvegarde n’était qu’une affaire de bon sens. Nous savons par ailleurs que la grande majorité des français et des agriculteurs ne sont pas favorable au développement des OGM sur notre territoire. Tout cela explique bien le cafouillage autour du vote de la loi qui est une loi très imparfaite car elle ne tient pas compte, entre autre, des problématiques soulevées par l’impact des OGM sur la santé publique.

Contaminations Chimiques : Et en tant que médecin ?

Joël Spiroux :
En tant que médecin impliqué depuis plus de 10 ans dans l’étude de l’impact des OGM sur la santé, je suis toujours surpris et affligé par le fait qu’il n’y ait jamais eu de volonté de faire de réelles études sur les effets au long cours des OGM sur la santé (les seules études réalisées sont des études de trois mois sur des rats adultes sains, ce court laps de temps ne peut à l’évidence servir qu’à de la toxicologie aigue mais non sub chronique ou chronique, pour lesquelles il faudrait des études minimum d’un an voire vie entière et trans-générationnelles…). Ces études, aux conditions de transparence et d’indépendance des expérimentateurs, auraient pu depuis longtemps clarifier la situation. Les choix politiques et sociétaux ne peuvent se faire qu’en ayant à disposition tous les éléments nécessaires en main.
Dans le cas présent, ce n’est toujours pas le cas, d’où l’imbroglio socio politique auquel nous avons pu assister.

Contaminations Chimiques : Quelles sont selon vous les principales conséquences de cette nouvelle loi, notamment en termes de santé humaine ?

Joël Spiroux :
Cette loi entérine le fait que des études superficielles de trois mois sont suffisantes pour garantir la sécurité alimentaire. N’oublions pas que 99% des OGM sont des plantes à pesticide c'est-à-dire que soit elles produisent elles même des insecticides soit elles les tolèrent sans mourir. Ce qui veut dire qu’elles peuvent s’en gorger sans en mourir. Dans les deux cas ces pesticides se retrouvent dans l’alimentation des animaux d’élevage ou bien en direct dans notre propre alimentation sans avoir été testés comme des pesticides. Les tests pour les pesticides sont de 1 an sur une espèce de petits mammifères et des 2 ans sur deux espèces différentes, par rapport à trois mois pour les OGM !!! Mais que constatons nous aujourd’hui ? Depuis plus de 40ans d’utilisation de pesticides testés, les impacts sanitaires sont dramatiquement importants, à telle enseigne que l’objectif actuel est de diminuer de 50% leur utilisation ! Cela veut dire en clair que les tests réalisés sur les pesticides ainsi que les normes d’utilisation qui en découlent ne permettent pas d’assurer une sécurité sanitaire à la population ! Malgré cela, nous autorisons des plantes pesticides sans les évaluer de façon pertinente. Les leçons de l’histoire ne servent donc toujours pas !!!

Contaminations Chimiques : Pensez vous que l'activation de procédures de sauvegarde pour tel ou tel OGM peut ou doit à nouveau intervenir et, par là, limiter la mise en oeuvre effective de la loi ?

Joël Spiroux :
En ce qui concerne la mise en œuvre de la loi, il va nous falloir attendre la sortie des décrets d’applications… Naturellement, les clauses de sauvegarde pourront être mises en œuvre, mais qu’elle sera la composition du futur Haut Conseil ? Deux groupes : un groupe de scientifiques travaillant dans le domaine de la génétique et des OGM, et un groupe sociétal qui ne pourra que poser que des questions sans possibilité de participer aux votes !
Le comité de préfiguration de la Haute Autorité, mis sur pied en décembre dernier et auquel j’ai participé, était dans la droite ligne du Grenelle. Les deux comités ont travaillé de concert et les votes étaient communs. A ce propos, je tiens à noter le grand rôle de conciliateur qu’a joué avec courage le Sénateur Le Grand. Pour la petite histoire nous avons, tous ensemble, passé une journée pour la rédaction du texte qui a entraîné la clause de sauvegarde du MON 810 (épluchant et pesant chaque mot et chaque phrase). Ce soir là, il y a eu un accord majoritaire sur le texte, mais dés le lendemain matin la guerre des lobbies s’est mise en œuvre !!! Par ailleurs, les mécanismes des clauses de sauvegarde sont des marchés de dupe. En effet comment voulez vous évoquer des causes sanitaires pour mettre en œuvre une clause de sauvegarde alors même qu’il n’existe pas d’étude de l’impact des OGM au long cours sur la santé ! Par ailleurs les études sur trois mois ne sont ni transparentes, ni indépendantes… Nous y reviendrons.

Contaminations Chimiques : Est-ce que les actions jusqu'alors menées par les lanceurs d'alertes, les arracheurs d'ogm, les associations et les citoyens doivent continuer et, si oui, sous quelle forme ?

Joël Spiroux :
Plusieurs possibilités :
  • soutenir les scientifiques lanceurs d’alerte qui sont pressurés et marginalisés…
  • boycott des produits contenant des OGM
  • continuer à informer la population, le corps médical et les politiques (impact de nos bulletins de vote) sur ce que sont réellement les 99% d’OGM que l’on veut nous faire manger.
  • exiger des études au long cours sur les OGM
  • favoriser le développement de l’agriculture Bio en consommant Bio. Il faut ici d’ailleurs préciser que manger bio n’a rien d’extraordinaire ou de révolutionnaire ou d’écolo car jusqu’à la dernière guerre toute l’alimentation était bio. Nos grands parents étaient tous des agriculteurs bio !!!
Contaminations Chimiques : Est-ce que le monde de la santé envisage / doit envisager des actions spécifiques dans ce domaine ?

Joël Spiroux :
Malheureusement, le monde de la santé dans sa majeure partie est bien loin de ces problématiques car nous avons été formatés à faire des diagnostics et à soigner, mais pas à anticiper et faire de la prévention (hormis les vaccinations). Le corps médical commence tout juste à s’éveiller aux questions de santé/environnementale ainsi qu’aux pathologies environnementales. La preuve la plus flagrante est qu’il n’existe que très peu d’enseignement en santé environnementale et que cette matière n’est pas obligatoire dans les études de médecine ! Il y a encore un long chemin à parcourir pour que ces questions soient prises au sérieux et intègrent les cursus d’études médicales (médecins, infirmières, kiné…)

Ce que nous demandons au CRIIGEN (Comité de Recherche et d’Information Indépendant sur le Génie génétique) c’est des financements d’études au long cours et trans-générationnelles pour tout OGM mis sur le marché. A la condition expresse que ces études soient indépendantes et transparentes, car ce n’est pas le cas aujourd’hui. Comment cela se passe-t-il aujourd’hui pour les OGM ? Imaginez des étudiants en fin d’année universitaire, vous leurs proposez de choisir leur sujet d’examen, de le rédiger sans surveillance au milieu d’une bibliothèque, de corriger eux même les copies et de donner la note et cela sans même de contrôle à posteriori ! Pensez vous qu’il y aurait beaucoup d’étudiants avec des notes inférieures à 10/20 ? Le système de contrôle sanitaire des OGM fonctionne comme cela ! Il faut noter que c’est la même situation pour les pesticides et qu’il n’est pas étonnant que 40 ans de pesticides aient eu un tel impact sur la biodiversité et la santé ! En bilan, les méthodes d’expérimentation, de contrôle, d’établissement des normes d’utilisation des pesticides et des OGM doivent être complètement revues et n’avoir que comme objectif principal l’innocuité sur les biotopes et la santé humaine.

* Joël Spiroux est Docteur en médecine, membre du Conseil Scientifique du Comité de Recherche et d’Information Indépendant sur le Génie génétique (CRIIGEN) et expert en Santé Environnement URML HN. Il est l'auteur de Pathologies environnementales : Alerte santé aux Editions Josette Lyon.
Denis Lebioda pour Contaminations Chimiques (France)
Le 16-06-2008
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