| Les derniers jours d’un paradis perdu |
Tuvalu, archipel du Pacifique, sera noyé dans 40 ans à cause du réchauffement climatique. Qui accueillera ces réfugiés que le droit international ne reconnaît pas encore ? |
Tuvalu, minuscule archipel de l’Océan pacifique, est un pays qui vit de plus en plus fréquemment les pieds dans l’eau. En 2050, à cause du réchauffement climatique, ce petit paradis d’une altitude d’1m50 sera définitivement submergé, prévoient les scientifiques. L’océan aura alors englouti un mode de vie ancestral tandis que les 11’000 habitants auront plié bagage. Un dixième a déjà émigré en Nouvelle-Zélande, encouragé par le gouvernement de Tuvalu dont la tâche n’est pas banale : programmer la mort d’un Etat. Celle-ci est racontée dans un documentaire que le Festival du film des droits humains à Genève FIFDH (1) a diffusé mardi à Genève. Un débat a suivi, montrant l’impréparation de la communauté internationale à accueillir ces réfugiés climatiques. La montée du niveau des mers est un fait, explique Jacques Grinevald, professeur à l’Institut des hautes études internationales et du développement, spécialiste de l’écologie globale. Enclenché par l’homme, ce phénomène va durer des millénaires. Nous quittons une période géologique pour entrer dans une ère nouvelle – l’anthropocène - qui est encore terra incognita. Ce qui est sûr, c’est qu’il faut s’attendre à de mauvaises surprises. Ouragans, désertification, montée des eaux : nombre de personnes devront quitter leur foyer. Les îles basses du Pacifique (Tuvalu, Maldives, Fidji…) sont les premières concernées, mais pas seulement. On songe au Bengladesh, pays côtier qui compte 150 millions d’habitants et demain le double. Des Etats qui se noient, des réfugiés climatiques : face à ces phénomènes, le droit international est un no man’s land. A quelle instance réclamer justice ? Et qui accuser précisément ? La cause n’est pas perdue, répond Nathalie Bernasconi, avocate au Center for International Environment Law. Son ONG soutient devant la Commission interaméricaine des droits de l’homme la plainte d’Inuits, dont la survie est menacée par la fonte des glaces. Pour les îles du Pacifique, regroupées dans le lobby AOSIS , le but est de faire reconnaître le lien entre le réchauffement climatique et les atteintes aux droits humains. La bagarre, menée par les Maldives, se joue actuellement dans les couloirs du Conseil des droits de l’homme à Genève. L’enjeu est basique : convaincre les délégués de commander au Haut-Commissariat pour les droits de l’homme une étude pour explorer cet impact, explique Yves Lador, de l’ONG Earthjustice. Selon nos sources, plusieurs pays s’y refuseraient, dont les Etats-Unis. La proposition, espère-t-on, passera par consensus d’ici une ou deux semaines. Sinon, les ONG défendant les insulaires rueront dans les barricades. Les Maldives veulent greffer à la définition internationale de réfugié de nouvelles raisons liées à l’environnement. C’est une mauvaise initiative. On doit imaginer de nouvelles pratiques du droit international pour Tuvalu, mais pas rabibocher celles déjà existantes, réagit José Riera, du Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR), car les déplacements de population se feront surtout à l’intérieur des pays. La question est avant tout nationale, voire bilatérale. Le terme de réfugié, sujet international, ne peut être attribué à la légère à toute personne devant quitter son foyer. A l’heure où les pays fortifient leurs frontières face aux migrants, aux réfugiés économiques et même politiques, des pays comme l’Australie n’ont pas l’intention de jouer à l’arche de Noé. La Nouvelle-Zélande, d’ailleurs, se contentera d’accueillir 75 migrants de Tuvalu par an. (1) Paradis en sursis : Tuvalu, les nouveaux réfugiés climatiques, de Morad Aït-Habbouche et Hervé Corbière. |
Rachad Armanios pour Info Sud (Suisse) Le 18-03-2008 |
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