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Mobilisation contre l'incinération [Fr]
Véronique Smée
Novethic (France)
Le 07-09-2006 (Publié sur internet le 11-09-2006)
841 mots
A l'occasion de la journée mondiale contre l'incinération des déchets, qui s'est déroulée le 6 septembre dans 28 pays, le CNIDD organisait une manifestation devant le ministère de l'écologie pour rappeler les dangers sanitaires et environnementaux de ce procédé.
La France possède actuellement le plus grand parc européen d'incinérateurs, une politique qui nuit aux alternatives existantes pour le traitement des déchets selon les associations environnementales.
Non à l'incinération. C'est avec ce slogan et le soutien du WWF, de Greenpeace, de Dominique Voynet et de Corine Lepage, que le CNIDD (Centre national d'information indépendante sur les déchets) s'est livré à un happening, mercredi matin, sous les fenêtres du ministère de l'écologie, pour réitérer l'opposition des associations, mais également de citoyens de plus en plus nombreux, au développement de l'incinération des déchets. Alors que plusieurs pays (voir encadré) ne considèrent plus les déchets comme des matières à incinérer ou à enfouir, mais bien comme des ressources pouvant être réutilisées dans d'autres processus industriels, la France privilégie la voie de l'incinération et dispose aujourd'hui de 130 usines auxquelles s'ajoutent 16 projets en cours. A titre de comparaison, la Suisse dispose de 28 usines et l'Allemagne de 72. La France ne possède par ailleurs que deux usines de méthanisation (alternative moins polluante) alors que l'Allemagne en possède 53 et la Suisse 12. Une politique du
tout incinération qui pose différents problèmes au plan environnemental, sanitaire, économique et...démocratique. Car, comme le souligne Daniel Richard, président du WWF, venu soutenir le CNIDD,
les incinérateurs sont installés sans aucune consultation des citoyens, malgré la mobilisation grandissante contre ces installations.
Le référendum qui a été organisé à Fos sur mer a obtenu 98% de voix contre le projet d'incinérateur, rappelle le président du WWF. Ce résultat n'a pas empêché les pouvoirs publics de passer outre pour l'imposer aux riverains de la région.
A cette question démocratique s'ajoutent les impacts sanitaires et environnementaux induits par l'incinération, en particulier la présence de dioxine, substance chimique aux effets particulièrement néfastes sur la santé humaine. Les études menées par Jean-François Viel, épidémiologiste à l'université de Besançon ont apporté en 2005 des preuves de contamination au sein des élevages, mais également chez les riverains de sites d'incinération. Selon ses conclusions, le risque de développer un cancer des ganglions est 2,3 fois plus élevé pour les habitants des zones les plus exposées aux retombées de dioxines. Par ailleurs, un rapport du Citepa (Centre Interprofessionnel Technique d'Études de la Pollution Atmosphérique), commandé par le ministère de l'Environnement, place les incinérateurs en tête de toute autre source de pollution de l'air s'agissant de la combustion de certains métaux les plus dangereux comme le mercure.
’’Un financement opaque’’
Polluant, émetteur de gaz à effet de serre et énergivore, l'incinérateur n'est en outre rentabilisé que sur 25 ans ajoute Florence Couraud, directrice du CNIDD.
Il faut donc qu'il soit alimenté avec une quantité suffisante de déchets, ce qui freine le développement d'alternatives comme le recyclage et le compostage. Une politique qui mène à des aberrations tant environnementales qu'économiques, certaines communes ayant été menacées d'amendes si elles recyclaient trop et ne donnaient pas assez de déchets à incinérer !
Les communes qui pratiquent efficacement le recyclage et ont réduit leur tonnage sont pénalisées, puisqu'elles doivent obligatoirement payer un tonnage garanti, renchérit Corine Lepage, ajoutant que
les conditions d'installations des incinérateurs devraient faire l'objet d'une enquête parlementaire, compte-tenu de l'opacité totale dans la quelle sont décidés et financés ces projets.
Qui plus est, l'augmentation considérable des déchets ménagers, qui s'élèvent à 30.000.000 tonnes par an (+50% en 10 ans) conduit le
tout incinération dans l'impasse, préviennent les ONG. Ce monopole a en effet bloqué le développement d'alternatives pourtant indispensables que sont le recyclage et le compostage, menaçant certaines collectivités locales de ne plus pouvoir faire face au traitement des déchets d'ici 2010. Actuellement, seulement 20% des déchets sont traités par ces deux procédés, alors que des pays comme les Etats-Unis, le Canada, l'Australie et l'Europe du Nord sont déjà très avancés dans la performance du
zéro déchet, une méthode qui consiste à éliminer progressivement les déchets soit à la source, soit par le recyclage et la valorisation. Outre les bénéfices environnementaux induits, cette politique présente des atouts économiques : la création de filières et d'emplois sur de nouveaux marchés, dont celui des
matières premières secondaires, issues de la récupération des déchets.