Plaques photovoltaïques produisant de l'énergie solaire © DR |
Cameroun : L'énergie solaire ouvre de nouvelles perspectives [Fr]
Sylvestre Tetchiada
IPS - Inter Press Service (Afrique du Sud)
Le 23-02-2007 (Publié sur internet le 28-02-2007)
1139 mots
Merline Momo Azeufac, 41 ans, enseignante à Balefock, dans une région rurale de l'ouest du Cameroun, peut corriger normalement la pile de cahiers d'élèves qui se trouvent sur sa table, sans redouter que la tombée de la nuit ne mette brutalement fin à son travail faute d'un bon éclairage.
J'avais toujours mal aux yeux, et aussi mal à la tête à cause de la fumée, a-t-elle déclaré à IPS, la semaine dernière.
Imaginez comment je pouvais corriger une centaine de cahiers d'exercices dans de mauvaises conditions d'éclairage et avec la fumée. Mais le problème ne se pose plus depuis que nous avons l'énergie solaire.
Leur village a reçu, fin 2006, quatre plaques photovoltaïques pour produire de l'énergie solaire, grâce à un don de la 'Rural Entrepreneuship Foundation' (REF), une organisation non gouvernementale (ONG) basée à Yaoundé, la capitale, qui a répondu favorablement à une demande de l'Association des parents d'élèves de l'école publique de Balefock.
Selon une étude du ministère de l'Eau et de l'Energie, menée en 2006, la plupart des habitants des zones rurales du Cameroun qui concentrent 60 pour cent des quelque 17 millions d'habitants de ce pays d'Afrique centrale, se servent encore des lampes au kérosène, pour s'éclairer.
Pourtant, les besoins de développement et les difficultés d'extension du réseau électrique national aux régions rurales souvent éloignées et pauvres, avaient provoqué une course vers l'adoption des énergies alternatives, en 1990, telles que le solaire pour faire face, dans les villes, aux pratiques récurrentes de délestages. Ce qui devrait promouvoir le développement socio-économique dans les villages excentrés.
Toutefois, le recours de façon remarquable à l'énergie solaire a réellement commencé en 2001, année de privatisation de l'ancienne Société nationale d'électricité (SONEL).
C'est très coûteux et peu pratique de relier, au réseau d'électricité, des foyers éloignés et éparpillés, explique à IPS, Jacques Kamche, ingénieur en service au ministère de l'Energie.
Raison pour laquelle les gens cherchent maintenant de nouveaux moyens afin de permettre aux ruraux de cuisiner, de s'éclairer, de pomper l'eau, et d'éclairer les dispensaires à l'aide des sources d'énergie autonome, comme le solaire qui peut constituer une solution.
Le recours à ce type d'énergie, selon lui, est dû au fait que l'électricité solaire est moins coûteuse et fiable pour les consommateurs; et elle minimise les risques pour l'environnement et en assure la viabilité.
Mais, le gouvernement lui-même n'a pas encore de projets d'énergie solaire, il a plutôt un projet de construction d'une centrale électrique à gaz près de Kribi, dans le sud-ouest du Cameroun.
Sur 30.000 villages que compte le Cameroun, 2.000 seulement bénéficient du réseau d'électrification de AES-SONEL, la société privée qui a racheté la SONEL et qui est chargée de produire et de distribuer l'électricité dans le pays, selon le ministère.
Et l'Association pour l'appui et le soutien à la femme (ASAFE), une ONG basée à Douala, la capitale économique, vient d'envoyer en Inde, début-février, quatre femmes âgées de 35 à 45 ans, pour y suivre une formation de six mois, en énergie solaire, au Barefoot College, le sponsor d'un projet porté par cette organisation.
Au dernier Forum économique mondial à Davos (Suisse), l'ASAFE avait présenté un projet d'électrification solaire de 400 maisons dans deux villages du Cameroun. Ce type de projet aura également lieu en Gambie, au Paraguay, en Bolivie, au Malawi et en Afrique du Sud, selon l'ONG.
Pour Gisèle Ytamben, présidente de l'ASAFE, il s'agit de donner l'occasion aux femmes rurales de s'approprier leur développement, tout en leur permettant d'avoir aussi accès à l'électricité, qui est indispensable à la mise sur pied des structures économiques nécessaires pour lutter contre la pauvreté.
Les femmes que nous avons envoyées se former à la technique d'énergie solaire au début de ce mois, explique-t-elle à IPS,
reviendront électrifier 100 maisons chacune dans leurs villages respectifs où les habitants, jusqu'ici, se servent du pétrole lampant et du bois pour l'énergie de cuisine et le chauffage.
Les habitants déboursaient entre trois et quatre dollars en pétrole, chaque mois pour un éclairage médiocre, souligne Ytamben. Ils débourseront désormais quatre dollars mensuels, juste pour payer les salaires des futurs chargés du suivi du projet, chargés de procéder au remplacement des pièces défectueuses et des batteries qui ont besoin d'être renouvelées tous les cinq ans.
Des exploitations agricoles verront le jour avec le nouveau système d'éclairage, dit à IPS, Victorine Nitcheu, une habitante de Yaoundé et ressortissante de la communauté Batcheu située dans l'ouest du pays, et qui est l'une des bénéficiaires du projet de l'ASAFE.
Nos enfants pourront étudier plus longtemps, l'exode rural sera réduit et les soins de santé s'amélioreront grâce à l'électrification.
Selon des ressortissants des localités bénéficiaires des projets, l'électricité solaire servira à faire fonctionner une fabrique de pressage d'huile palme à Batcheu, et un fumoir pour poissons dans l'île de Manoka, près de Douala, dans le sud. Ce qui permettrait aux femmes de continuer à travailler même dans la nuit.
Plusieurs autres villages du Cameroun se sont tournés vers l'énergie solaire, notamment dans le nord-ouest où un projet d'électrification y est mené depuis la fin de l'année 2006, par la REF. Il bénéficie du soutien financier du Programme des Nations Unies pour le développement, dans le cadre du Fonds mondial pour l'environnement, à hauteur de 150.000 dollars.
Le projet consiste à installer des systèmes d'énergie solaire dans les villages des zones montagneuses. Ceci, dans le but d'améliorer les conditions de vie de la population, mais également, de réduire la dégradation des terres et la pollution, explique à IPS, Georges Akonteh, le coordinateur de la REF.
Mais malgré tous ces avantages, l'installation de ces systèmes solaires est d'un coût élevé, indique à IPS, Yves Ngouala, un économiste basé à Yaoundé.
Dans notre pays, il faut compter de 500 à 1.000 dollars en moyenne pour équiper un foyer, et la plupart n'ont pas les moyens.
Aussi, l'ASAFE envisage-t-elle de recourir à de nouvelles modalités de financement, comme la facturation à l'usage -- quatre dollars par mois -- qui est perçue comme un moyen de surmonter le problème des coûts initiaux prohibitifs.
L'installation de panneaux solaires alimentant plusieurs foyers dans les villages, permettra également de réduire les coûts si les pouvoirs publics supprimaient certains obstacles, comme les droits d'importation, ajoute Ytamben.