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Champ de soya dans le Tocantins au Brésil
© Marcio Di Pietro
Déforestation : au Brésil, l’ennemi numéro un s’appelle 'soja' [Fr]

Bernardo Gutiérrez
La Vanguardia (Espagne)

Le 20-09-2006 (Publié sur internet le 20-09-2006)
1417 mots


La culture intensive de cet oléagineux progresse à toute allure en Amazonie. Elle est menée par des entreprises et des hommes aux méthodes de gangsters.

[Traduction : Courrier International]

L’Amazonie a un grand ennemi. D’apparence inoffensive, minuscule et presque invisible. Il s’agit d’une plante à la taille bien timide pour un habitat forestier. Une plante qui produit de petites graines. Riche en protéines, elle est utilisée pour la fabrication d’huile, de beurre et autres produits alimentaires, mais avant tout pour la production d’aliments composés destinés aux animaux. Elle s’appelle Glycine max, plus connue sous le nom de soja. Elle est récemment devenue le principal responsable de la déforestation de l’Amazonie. Tandis que ces dernières années 70.000 km2 de forêt ont été détruits, le soja s’est répandu au rythme vertigineux de 1 million d’hectares par an [soit 10.000 km2]. D’après l’Institut de recherches appliquées [IPEA, organisme dépendant du ministère de l’Urbanisme brésilien], entre 2001 et 2004, la superficie des cultures de soja dans la partie brésilienne de la forêt a augmenté de 13,5%. Le Brésil compte déjà 23 millions d’hectares de surfaces cultivées. Avec une récolte annuelle de 50 millions de tonnes, le pays est devenu le premier producteur mondial.

Ce thriller amazonien qui mêle déforestation, destruction et déplacements de familles a connu un nouveau rebondissement, il y a trois ans, quand le géant américain Cargill a inauguré un port privé à Santarém, une ville située sur le cours moyen de l’Amazone. L’installation portuaire, qui a pris la place d’une plage autrefois utilisée par des pêcheurs, a été construite sans que les études d’impact écologique exigées par le ministère de l’Environnement aient été réalisées. C’est évidemment illégal, mais un bataillon de vigiles employés par Cargill surveille les quais grouillant d’activité. De mars 2005 à février 2006, Cargill a exporté plus de 220.000 tonnes de soja de Santarém à Liverpool, ce qui représente plus de 30% des importations britanniques de soja. En mai 2006, Greenpeace a mis en place une campagne visant à dénoncer la face cachée du commerce du soja. A Santarém, l’Arctic Sunrise de l’organisation écologiste a été accueilli brutalement par les représentants de la société productrice de soja. La police fédérale a même fini par arrêter douze de ses militants. Les entreprises comme Cargill sont en train de dévaster l’Amazonie pour cultiver le soja. La viande des bêtes nourries avec ce soja finit sur les rayons des supermarchés et des fast-foods d’Europe et d’ailleurs, dénonce Paulo Adario, responsable de la campagne de Greenpeace en Amazonie.

C’est désormais un paysage désolé qui entoure la paisible ville de Santarém. Terres desséchées, troncs abattus et steppes arides creusées par les sillons caractéristiques des cultures de soja. Depuis l’ouverture du port, la déforestation a augmenté de 51%. Avant, on devait lutter contre les exploitants de bois. Maintenant, c’est le soja qui dévore l’Amazonie, déplore Cayetano Scannavino, de l’ONG locale Santé et bonheur. Le soja est arrivé à Santarém de l’Etat du Mato Grosso, au sud. Ce dernier détient le record de la déforestation amazonienne et son gouverneur, Blário Borges Maggi, est également l’un des plus grands producteurs de soja au monde. Son entreprise, Amaggi, possède 50.000 hectares de soja. D’ailleurs, Borges soutient publiquement le déplacement de la frontière agricole vers le nord de l’Amazonie. A tel point qu’il a été jusqu’à proposer de goudronner le tronçon final de la route qui mène de Cuiabá à Santarém, alors que celui-ci se trouve dans un autre Etat, celui de Pará. Le coopérant catalan Raúl Vico, de l’ONG Ansa, affirme que les cultures de soja à grande échelle ont causé d’énormes dégâts dans la région du fleuve Araguaia, au Mato Grosso. Les multinationales, encouragées par l’obsession exportatrice du gouvernement Lula, détruisent l’une des forêts les plus riches du monde ainsi que les cultures et modes de vie de peuples entiers, s’indigne Raúl Vico.

La mafia des notaires falsifie les textes

La BR 163 est devenue une zone de non-droit. Des centaines de milliers de personnes occupent illégalement des terrains publics de chaque côté de la route. La mafia des notaires falsifie des titres de propriété qu’elle vend ensuite comme s’ils étaient valables dans le monde entier. Même des multinationales comme le groupe américain Wood Resources sont installées sur des terrains avec de faux titres de propriété. C’est ce qui permet au soja de gagner du terrain.

Pour couronner le tout, depuis que le gouvernement Lula a légalisé la culture de soja transgénique, les paysans sont tombés entre les mains d’entreprises comme Monsanto, BASF ou Syngenta. Ces sociétés offrent des conditions avantageuses lors des premières récoltes, mais en échange d’un fort pourcentage sur les bénéfices et d’une dépendance à vie envers les semences génétiquement modifiées. Cargill propose même aux agriculteurs un service de prêt de buldozer pour déforester facilement. Et, puisque les banques brésiliennes ne peuvent accorder de prêts qu’aux propriétaires, Cargill offre un système de prêt avantageux aux petits paysans. La pression de cette culture est telle que le soja a même envahi le parc national de Tapajós, près de Santarém.

Le photographe Ricardo Beliel était à bord de l’Arctic Sunrise lors de son action à Santarém. Il a été frappé et menacé par les sbires de Cargill. Ses photos prises d’avion montrent des terrains dévastés et d’immenses champs de soja en plein milieu de la forêt. Ils ne détruisent pas seulement la biodiversité amazonienne, ils provoquent aussi la migration des populations locales, qui sont obligées d’abandonner leurs terres, pour s’entasser dans les premiers bidonvilles de Santarém ou d’Altamira, explique le photographe. L’industrie du soja, malgré ce qu’affirment les entreprises et les autorités, ne crée pas d’emplois. Le traitement est essentiellement mécanisé. De plus, la culture du soja transgénique utilise une grande quantité d’herbicides. Ce n’est pas pour rien que le Brésil est le troisième consommateur mondial de ces produits. Selon l’Agence nationale de surveillance sanitaire, la culture de soja absorbe 50% des herbicides, ce qui représente un total de 4,5 milliards de dollars [3,5 milliards d’euros] par an.

La campagne internationale et le rapport accusateur de Greenpeace, intitulé Eating Up the Amazone [L’Amazonie dévorée], ont donné leurs premiers résultats. Face à la réaction des consommateurs, des entreprises comme Cargill, la société française Louis Dreyfus Négoce [un des leaders mondiaux du commerce des céréales] et même le groupe brésilien Amaggi ont entrepris des négociations avec les écologistes. Le 24 juillet, ils ont signé une déclaration d’intention avec l’Association brésilienne de l’industrie des huiles végétales et l’Association nationale des exportateurs de céréales, en vertu de laquelle ils s’engagent, à partir d’octobre, à ne pas commercialiser le soja planté dans les zones déboisées. Cette déclaration prévoit également la création d’un groupe de travail chargé d’instaurer une garantie d’origine du soja (provenant de zones non déboisées). Le groupe sera constitué d’entreprises, d’ONG et d’autorités des échelons local et national. Le directeur général de Greenpeace Brésil, Frank Guggenheim, s’est déclaré satisfait, mais reste prudent, rappelant que c’est un pas en avant important, mais nous allons continuer à faire pression en faveur de mesures plus efficaces pour protéger l’avenir de l’Amazonie et des peuples qui y vivent.
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Les commentaires...
Tatajuba
29-09-2006
10:38:21
Comme beaucoup de problèmes liés au Brésil et plus particulièrement à la grande partie amazone, ceux-ci ne pourront être réellement endigués qu'avec l'intervention du gouvernement sur place.

Il est important que des organisations internationales dénoncent ces actes mais la concience des uns ne sont pas les intérêts des autres !.. Je connais bien cette région (Santarem, Belem, etc.) pour m'y rendre régulièrement et, si je puis me permettre, paradoxalement et en complément de toutes les positions des uns et des autres signalées plus haut, un secteur d'activité à développer pour endiguer ces phénomènes industriels, est le ''tourisme vert'', contrôlé !..

Les prises de conscience n'en seront que plus fortes en faisant venir des gens du Monde entier dans cette magnifique partie de notre Planète !.. C'est une digue potentielle pour ralentir certains intérêts...avec d'autres...
Patisa
28-09-2006
23:04:48
Pesonnellement il ya longtemps que j'ai décidé de consommer peu de viande bovine.

Si autant de soja arive en Europe c'est d'abord parce que nos rayons débordent de conserves, de produits divers contenant de la viande d'élevage dit intensif.

Et le fait que Mac Do, Buffalo Grill, et autres fast food nous certifient que leur viande d'hamburger, de steak, d'entrecote viennent bien de France ne change donc rien au problème!
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