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Environnement
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Un manchot mazouté. Dans les années 90 il étaient des dizaine de milliers chaque année.
© Fundacion Patagonia Natural
Le dialogue pour préserver la biodiversité de la Patagonie [Fr]

Julie Pacorel et Jean-Baptiste Mouttet
Youphil (France)

Le 18-02-2010 (Publié sur internet le 16-03-2010)
641 mots


Sur les côtes patagoniennes, les lions de mer et les manchots ont pour voisins les touristes, les pêcheurs et les pétroliers. Une fondation organise leur cohabitation.

Un manchot de Magellan se dandine en traversant le chemin emprunté par les touristes. Les appareils photos crépitent et chacun continue sa route. Nous sommes à Punta Tombo, en Patagonie argentine, au Sud de Trelew, dans une des plus grandes colonies continentales de cette espèce (parfois près d'un million d'individus sur les 2 millions enregistrés en Patagonie, selon la Fundacion Patagonia Natural).

Les touristes ne peuvent s'éloigner du chemin balisé et sont priés de ne pas s'approcher à plus d'un mètre des animaux, ce qui n'est pas toujours respecté.

Des comportements qui peuvent avoir des conséquences désastreuses quand on sait que pour le seul mois de janvier 22 400 personnes ont visité Punta Tumbo et 76.901 la Péninsule Valdès, où des lions de mers ou encore des baleines peuvent être observés, mais dont la superficie est vaste: 3.625 kilomètres carrés.

Dans ce contexte, une organisation de protection de l'environnement pourrait voir rouge et s'alarmer de la venue de tant de personnes. Pas tant que ça... A Punta Tumbo, les touristes occupent moins de 5% de l'espace protégé, rapelle José Luis Esteves, coordinateur du service pollution de la Fondation Patagonia Natural.

Gérer les touristes et les pétroliers

L'organisation, financée en grande partie par les Nations Unies, promeut un tourisme responsable. Face à l'afflux soudain de milliers de touristes en même temps, elle demande que des horaires de visites plus stricts soient aménagés. Comme les animaux se trouvent concentrés sur un espace restreint, elle recommande que d'autres réserves soient mises en place.

A Punta Tombo, déjà, le parcours touristique est modifié chaque année en fonction des manchots. Un pont permet ainsi de contourner un chemin très prisé et d'éviter de fragiliser leurs habitations.

Les pétroliers représentent un risque plus inquiétant. Chaque année, les animaux de la zone protégée sont victimes du dégazage des compagnies. Dans les années 1990, il était courant de trouver des dizaines de milliers de manchots mazoutés, alors qu'aujourd'hui on en récupère moins de 10 chaque année, note José Luis Esteves.

Le travail de la fondation porte ses fruits. Ainsi, grâce à ses conseils, une ordonnance officielle a modifié les trajets des bateaux en 1997. Désormais, ils regagnent le port de Puerto Madryn au dernier moment, sans longer les côtes.

Discuter, même avec ses ennemis

L'organisation sensibilise, quitte à pactiser avec le diable. Paradoxalement, elle a déjà mis en oeuvre des programmes d'éducation à l'environnement pour des entreprises pétrolières comme Shell. Nous préfèrons discuter avec des acteurs de terrain, quels qu'ils soient. A la différence de Greenpeace, nous discutons avant d'agir, se défend José Luis Esteves.

Une philosophie appliquée aux pêcheurs. Le dialogue est scellé: chaque année, des réunions sensibilisent les marins à une pêche responsable pour éviter que des espèces non destinées au commerce soient injustement tuées.

Etonnant, les journalistes sont eux aussi mis à contribution. Ils suivront des cours portant sur différents thèmes comme le journalisme sientifique, d'investigation ou responsable pour un développement durable et obtiendront un diplôme. A cela s'ajoutent les rencontres avec des classes de primaire.

La Fundacion Patagonia Natural est devenue le professeur d'écologie de la côte atlantique de la Patagonie. Un professeur ne choisit pas ses élèves.
Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e.
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