Paysan malien sur sa parcelle allouée dans le cadre du projet de développement agro-sylvicole mené par Planète Urgence. © Planète Urgence |
La place de l’agriculture face à la désertification [Fr]
Arthur Perin
Planète Urgence (France)
Le 18-01-2010 (Publié sur internet le 18-01-2010)
1754 mots
Arthur Perin, délégué international sur notre programme de reforestation au Mali nous explique l’importance du projet de développement agro-sylvicole mené par Planète Urgence dans la région du Sahel face au phénomène de désertification mondial.
Planète Urgence : En quoi le Mali est-il un spot de désertification mondial ?
Arthur Perin : Comme tous les pays sahélien, le climat du Mali se caractérise par des pluies irrégulières qui ne tombent que pendant une courte période de l’année. La variabilité dans le temps et dans l’espace de ces précipitations affaiblissent les capacités du milieu naturel à se perpétuer ce qui peut dans certains cas amener à une dégradation progressive de l’environnement jusqu’à obtenir des sols stériles. L’action conjuguée des sécheresses chroniques et de la baisse de précipitation générale depuis les années 1970, de la pression humaine sur les ressources naturelles (doublement de la population depuis cette période) et de la pauvreté générale de la population ont accéléré ce processus. On estime à 100.000 ha la superficie de forêt qui disparaît chaque année. La pression qui existe sur les ressources naturelles est terrible !
C’est un véritable drame qui se joue là, car ce sont les capacités de production des 70% de la population malienne qui vit en milieu rural qui sont directement menacées.
PU : Est-ce que l’on mesure à Mopti une mobilisation internationale sur ce spot mondial de désertification ?
AP : Le niveau de l’aide publique au développement est particulièrement élevé au Mali puisqu’elle représente environ 10% du PIB. Tous les bailleurs du monde interviennent ici d’une manière où d’une autre. Le secteur de l’environnement est un secteur important de l’aide, mais la lutte contre la désertification passe aussi par la lutte contre la pauvreté, et à ce titre, la sécurité alimentaire ou l’appui aux initiatives privées ne sont pas à négliger.
Au niveau de la région de Mopti, on observe une grande mobilisation. Plus d’une trentaine d’acteurs interviennent dans la région.
PU : Les acteurs sont-ils coordonnés entre eux ?
AP : Au niveau national, les bailleurs ont adopté en 2005 la convention de Paris qui à notamment pour objectif une harmonisation de l’aide. Cela signifie qu’ils se sont répartis les secteurs d’intervention. Cela permet d’améliorer son efficacité.
Au niveau local, la coordination est très faible. Théoriquement, ce sont les collectivités locales qui devraient coordonner les interventions sur leur territoire, mais entre le peu de moyen à leur disposition et parfois le manque de motivations des intervenants, cette coordination est rare.
PU : Quelques exemples de réussite ?
AP : Oui, je viens de rencontrer l’équipe de Sahel Eco qui est une ancienne antenne de SOS Sahel Grande Bretagne. Ils ont beaucoup travaillé dans le pays Dogon pour la mise en place de système de gestion communautaire des forêts qui permet de donner aux populations un véritable contrôle sur la gestion de leurs ressources. La sensibilisation sur les techniques de régénération naturelle assistée qui consiste à conserver et protéger une partie de la région des semis naturels dans les champs semble avoir donné des résultats très impressionnants. Je prévois d’aller y faire un tour rapidement.
PU : D’autres gens continuent-ils de partir malgré tout?
AP : Bien sûr, c’est inévitable. L’exode est une stratégie d’adaptation importante face aux aléas climatiques et au manque de ressources. Les gens partent à Bamako, en Europe, mais surtout dans les pays côtiers ou l’offre de travail est plus abondante. Cela concerne surtout la saison sèche bien entendu.
PU : Peux-tu nous expliquer rapidement l'action de Planète Urgence au Mali?
AP : Au Mali, Planète Urgence intervient principalement dans la lutte contre la désertification de deux manières : l’énergie domestique et le reboisement. Nous intervenons dans trois communes du cercle de Mopti.
Lorsque l’on sait que 90% de l’énergie consommée ici provient de la forêt, diminuer la consommation de bois au niveau des ménages prend tout son sens lorsque l’on veut lutter efficacement contre la désertification. C’est pourquoi nous avons travaillé avec trois associations féminines pour les aider à mettre en place un système de vente à crédit de foyer amélioré. Au jour d’aujourd’hui, ce sont 3.100 foyers qui ont été vendus, ce qui représente environ une économie d’une tonne et demi de bois par jour. Ce volet sera certainement amené à prendre plus d’envergure dans le futur.
Le reboisement est l’activité la plus importante pour le moment. Nous aidons des bénéficiaires à mettre en place des parcelles agroforestières. Ces parcelles permettront dans quelques années à leurs propriétaires d’améliorer et de diversifier leurs sources de revenus tout en offrant un impact environnemental positif. Depuis 2007, 560 parcelles d’un hectare ont été mises en place. 120.000 plants ont été plantés cette année.
PU : Pourquoi inciter les populations à faire du maraîchage ?
AP : Planter des arbres, c’est un investissement sur le long terme. Avant qu’un arbre produise des fruits ou du bois, il faut que le paysan s’en occupe. Le maraîchage est une activité de contre saison qui permet au paysan de se créer des revenus supplémentaire à très court terme. Nous avons donc tout intérêt à ce que le paysan soit le plus souvent possible sur sa parcelle et s’en occupe dès la première année, la protège des animaux, arrose les jeunes plants plutôt que de partir en exode en la laissant à l’abandon.
PU : Le changement climatique implique une adaptation avec de nouvelles pratiques, une nouvelle agriculture, peux-tu détailler cette adaptation, cela est-il bien accepté et intégré par les populations ?
AP : Les effets attendus des changements climatiques sont les suivants : cycles de saison de culture plus courts, des rendements plus faibles, une installation des cultures dans les zones inondables et une migration générale des populations vers le sud.
Lorsque l’on sait que l’agriculture représente 50% du produit national brut du Mali, on s’imagine facilement à quel point les changements climatiques et notamment les phénomènes climatiques extrêmes rythment l’économie du pays.
L’adaptation aux changements climatiques ne peut cependant pas être considérée de manière isolée. La dégradation de l’environnement est un symptôme qui a pour facteur à la fois la démographie du Mali, la pauvreté et effectivement la baisse des précipitations. Les pratiques pour influer sur cette situation sont multiples et ne concernent pas juste l’agriculture. Dans ce domaine on peut cependant citer une intensification de la production agricole, l’utilisation de semences adaptées et de meilleures techniques de conservation de la fertilité des sols.
Ces pratiques sont généralement assez diffusées par les organismes d’appui au monde paysan, cependant elles demandent souvent une vision à long terme qui est difficile à avoir lorsque l’on est dans une situation hautement vulnérable.
Au niveau national, il existe un programme d’action d’adaptation aux changements climatiques élaboré en juillet 2007. Ce programme liste 16 solutions à mettre en œuvre, dont entre autres la diffusion de variétés améliorées de cultures vivrières, la promotion des activités génératrices de revenu, la mise en place de convention locale pour la gestion des ressources forestière et l’agroforesterie.
PU : Comment les paysans maliens s’approprient-ils le maraîchage ?
AP : Plutôt bien ! Tous n’ont pas les connaissances nécessaires pour démarrer l’activité, mais l’appui des coordonnateurs leur permet de se débrouiller. Généralement, le maraîchage commence après la récolte des cultures pluviales, durant la saison froide. L’enjeu est donc d’encourager les bénéficiaires à continuer cette activité aussi longtemps que possible pour engranger le plus de revenus avec la vente de gombo frais et de piment qui produisent plutôt bien malgré la chaleur.
PU : Est-ce un changement dans leur vie au quotidien ?
AP : Pour les paysans qui arrivent à exploiter au maximum l’aide qui leur a été fournie, c’est une petite révolution. La parcelle devient vraiment le cœur de leur exploitation agricole, et quelle que soit le moment de la journée où l’on passe, il y a toujours quelqu’un sur place accompagné de quelques enfants. Bien entendu, ce n’est pas le cas pour tous.
On commence à voir également le résultat de certaines plantations d’arbres. La production de henné est importante dans certaines zones, les goyaviers commencent à donner. Tout cela facilite la vie des paysans.
PU : Mesure t-on un impact concret du projet pour les populations ?
AP : L’impact des activités de maraîchage est évalué chaque année par les coordonnateurs.
Concernant la plantation d’arbres, seul le taux de survie des arbres peut faire l’objet d’une évaluation pour le moment. Aujourd’hui, 70% des arbres plantés depuis 2007 ont survécus. Si l’on veut estimer réellement le bénéfice direct pour les populations, il faudra attendre que ceux-ci entrent en production, c'est-à-dire pas avant 3 ans pour les premières parcelles mises en place. Cependant, l’investissement fait dans les parcelles, que ce soit les plantations ou le puits, est une valorisation extrêmement importante du capital des propriétaires. C’est ce qui explique pourquoi ils mobilisent tant de main d’œuvre comme contrepartie pour l’obtention de ces parcelles.
Pour plus d'informations sur notre programme de développement agrosylvicole au Mali : www.urgenceclimat.org