Forêt de mangroves en Indonésie sur l'un des sites de reforestation de Planète Urgence. © Planète Urgence |
Le rôle des forêts [Fr]
Mickaël Berrebi
Planète Urgence (France)
Le 18-01-2010 (Publié sur internet le 18-01-2010)
851 mots
Responsable d’environ 20% des émissions de gaz à effet de serre (GES), la lutte contre la déforestation est une question clé dans le grand combat contre le dérèglement climatique. Ce devait être un point majeur du Sommet de Copenhague en décembre dernier...
Des négociations au point mort…
Au travers de la mise en place du dispositif REDD (Réduction des Emissions liées à la Déforestation et à la Dégradation des Terres ; dispositif qui vise à mettre en place des financements en échange d’une protection des zones concernées), les conclusions de la Conférence à ce sujet devaient être l’un des points centraux détaillés dans cet article.
Mais cette question, qui était pourtant une de celle sur laquelle se portait le plus d’espoir d’avancées, est restée comme bien d’autres sans réponse lors du Sommet, remise à plus tard malgré l’importance de l’enjeu. Les négociations continuent et il demeure plus essentiel que jamais que les ONG se mobilisent pour garantir des mécanismes et des financements qui permettent la protection de ces zones essentielles, tout en assurant justice et équité dans le soutien au développement des pays du Sud ; premières victimes d’un dérèglement climatique auquel elles n’ont pas contribué.
L’échec de ces négociations retarde donc encore la mise en place de financements supplémentaires pour faire face aux grands défis du changement climatique, que ce soit au niveau de l’atténuation (captation et stockage des GES) que de l’adaptation des populations aux changements au réchauffement climatique. Le modèle de financement de Planète Urgence, qui repose sur des financements privés (particuliers et entreprises), nous permet de poursuivre nos activités indépendamment de ces financements et votre soutien fait plus que jamais la différence.
Le reboisement comme support au développement
Le bénéfice environnemental des actions de reboisement ne se limite pas, loin de là, à la captation de CO2. Au-delà de cet impact global, la plantation d’arbres permet de protéger les sols contre l’érosion éolienne ou pluviale (qui emporte chaque année des quantités importantes de terres arables conduisant à sa désertification), de les régénérer (production d’humus, légumineuses qui enrichissent les sols en azote….), de ralentir l’écoulement des eaux de pluies, qui pénètre ainsi d’avantage les sols. Elle permet aussi de reconstituer des zones d’habitats ou de nourriture pour les espèces animales (en Indonésie, la mangrove est un espace essentiel d’alevinage où se multiplient poissons, crabes, crevettes….).
Mais, préserver et reconstituer les forêts ne peut se faire au détriment des populations, souvent très pauvres et démunies, qui les habitent et en tirent leurs moyens de subsistance. Ces populations doivent donc être associées à la démarche et pouvoir tirer partie de la préservation de leur environnement par le soutien à des activités économiques à la fois génératrices de revenus et compatibles avec une vision à long terme de la préservation de leur environnement.
C’est pourquoi, au travers du programme Urgence Climat lancé en 2006, Planète Urgence développe dans ses projets de reboisement une forte dimension sociale et économique. En effet, la difficulté n’est pas tant de mettre les arbres en terre que de garantir leur plantation (en clair, qu’ils ne soient pas coupés comme l’ont été les arbres pré existants). Pour cela, il faut agir sur les sources de la déforestation : la question du bois énergie sur notre projet malien ; celle de la pisciculture non durable sur le projet indonésien que nous développons, par exemple*. Cette approche se place au cœur de la stratégie de notre programme Urgence Climat : il convient d’appuyer une restauration de milieux naturels dégradés, car ce milieu constitue la fondation première sur lequel le développement des populations peut se construire.
C’est donc tout le sens de notre démarche, voir dans chaque arbre planté un arbre écologique, en même temps qu’un arbre économique pour assurer le présent, tout en préparant l’avenir.
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* ces exemples ne sauraient masquer le fait que la déforestation soit aujourd’hui principalement tirée par les énormes besoins de terres nécessaires à une production agro-alimentaire d’exportation, notamment liée à une consommation toujours plus importante de viande, et à la production d’agro-carburants. Si la pression démographique et les besoins en énergie dans les pays du Sud effectuent des pressions très fortes sur les surfaces boisées, elles ne sauraient être mises quantitativement et surtout qualitativement sur le même plan que celles visant à répondre aux besoins plus secondaires du Nord.