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Quand les semences s’adaptent au climat [Fr]

Soumaila T. Diarra
Syfia International (France)

Le 03-11-2009 (Publié sur internet le 18-11-2009)
988 mots


De nouvelles variétés de céréales pour un climat changeant. Au Mali, des chercheurs travaillent à mettre au point de nouvelles semences, de sorgho notamment, mieux adaptées aux conditions des différentes régions. Les paysans sont intéressés, mais encore faut-il que la pauvreté ne freine pas la diffusion de ces semences.

En 1978, lors de prospections dans la région de Gao (une ville du Nord-Mali à plus de 1.200 km de Bamako, Ndlr) nous avions recensé plusieurs variétés de sorgho. Aujourd’hui, dans la même zone, nous avons constaté que les paysans ont perdu ces semences. Ils ne cultivent plus de sorgho à cause de la sécheresse, regrette Abocar Touré, responsable de l’équipe de sélection du Centre de recherche agronomique de Sotuba à Bamako.

Cet agronome malien parcourt le pays pour expérimenter au champ les nouvelles semences de l’Institut d’économie rurale (IER) dans ces zones en proie à la désertification. Nous menons des tests dans le Nord, surtout la zone lacustre (les lacs Debo et Faguibines, Ndlr), sur des semences améliorées de l’IER, poursuit-il. Les paysans les aiment surtout parce qu'on peut les cultiver deux fois par an : l’une pendant la saison des pluies (de juin à octobre, Ndlr) et l’autre en contre-saison (d’octobre à mars, Ndlr). Cela n’était pas possible avec les variétés traditionnelles.

Le programme sorgho, commencé en 2007, est l’un des plus importants des 17 programmes de recherches semencières de l’IER, qui a déjà une longue expérience de recherche sur cette céréale depuis les années 80. Le sorgho couvre avec le mil 80% des besoins alimentaires du Mali et il n’y a pas un village où il ne soit cultivé. La culture du sorgho occupe 657.000 hectares au Mali, précise un rapport de la Direction nationale malienne des statistiques de 2002.

''Il faut un revenu pour les paysans''

Mais la culture du sorgho telle que généralement pratiquée par les paysans maliens a un rendement faible : 972 kg environ par hectare. Cela est dû à plusieurs contraintes dont la sécheresse, le faible niveau de fertilité des sols et les maladies et insectes, explique Kola Tangara, chercheur au laboratoire des technologies alimentaires de l’IER. Les recherches de nouvelles variétés concernent toutes les cultures, des vivriers aux cultures de rente (coton) en passant par les plantes sauvages de cueillette (jujubier). Notre mandat est de contribuer à la production de céréales et de fruits dans une perspective artisanale et industrielle. Il faut un revenu pour les paysans, ajoute ce chercheur.

Bien que le gouvernement accorde 16% du budget national à l’agriculture, les paysans sont trop pauvres pour avoir accès aux semences améliorées et aux engrais. Selon l’Alliance pour la révolution verte en Afrique (AGRA, financée par la fondation Bill and Melinda Gates), 80% des 14 millions de Maliens sont de petits exploitants agricoles qui se partageant les 4,6 millions d’hectares de terres arables. Et l’agriculture assure 35% du Produit intérieur brut du Mali.

En ce qui concerne le sorgho, les chercheurs veulent intensifier sa production dans toutes les zones de culture du Mali en produisant et diffusant des variétés hybrides issues de croisements entre semences locales et étrangères. Les paysans participent au processus de production de ces nouvelles variétés qu’ils baptisent d’ailleurs de noms en langues locales. C'est le cas de N’Tenimisa (sans regret, en Bambara), mise au point en 1997, qui donne une farine blanche qui peut en partie remplacer le blé dans le pain. D’autres variétés issues de celle-ci, obtenues de 1998 à 2000, permettent de fabriquer des biscuits, des macaronis et des boissons exclusivement à base du sorgho. Sur cette lancée, un programme de production de nouvelles variétés de sorgho a commencé en mars 2007, avec l’appui d’AGRA ; il s'achèvera en février 2010.

Des variétés adaptées

Compte tenu des forts contrastes et des changements climatiques d’un bout à l’autre du territoire malien, les chercheurs s'efforcent de créer des variétés adaptées aux différentes zones de culture. Les régions situées plus au nord du pays, en zone sahélienne où il pleut seulement 400 à 600 mm de pluie par an, demandent des variétés précoces comme Sekifa (panier plein, en bambara). Ces variétés ont un cycle de 100 jours environ et conviennent aux sols de la zone qui retiennent l’humidité pendant vingt jours sans pluie. Au centre du pays, des variétés de 120 jours comme Nièta (progrès, en bambara), peuvent être cultivées pousser dans des zones qui reçoivent plus de 600 mm de pluie. Enfin, les variétés de plus de 120 jours sont destinées aux zones situées plus au sud où les pluies sont plus abondantes.

L’utilisation par les paysans à une grande échelle de ces nouvelles semences, dont les rendements vont de 2 à 3 tonnes par hectare, n’est cependant pas encore acquise. Les anciennes semences continuent à être largement utilisées. Pour le responsable de l’équipe de sélection sorgho de l’IER, les paysans s'intéressent à ces nouvelles variétés testées dans leurs champs, car ils ont besoin d’argent et ne veulent plus produire seulement pour leur propre consommation. Mais, affirme-t-il, ils ont besoin d’un marché pour écouler leurs produits à un prix rémunérateur. D'autre part, sans unités de transformation des produits agricoles, ils ne sortiront pas de la pauvreté. Exposés aux aléas du changement climatiques, les paysans sont aussi tributaires du climat économique qui favorise ou non la production agricole.
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Les commentaires...
Cartus
19-11-2009
23:05:14
Il est bien encourageant de voir qu'on peut améliorer des semences en travaillant classiquement avec des hybridations sans forcément recourir à la modification génétique brutale (voire contre nature) des OGM.

Attention cependant de ne pas tomber dans les travers de notre agriculture industrielle occidentale. La tentation de la monoculture compensée par des apports d'engrais est un piège pour les exploitants. Elle les lie aux fournisseurs et elle appauvri les sols aux niveaux chimique et biologique et réduit la biodiversité. Elle offre un terrain prospère aux parasites et maladies endémiques.
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