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Les négociations sur le climat révèlent des divergences de fond [Fr]

Hervé Kempf
Le Monde (France)

Le 10-10-2009 (Publié sur internet le 03-11-2009)
1004 mots


L'horloge tourne, le temps se contracte : il ne restait plus, vendredi 9 octobre, à la clôture d'une quinzaine de négociations sur le climat à Bangkok, que 59 jours avant le début de la conférence de Copenhague. 59 jours, alors que l'on n'est d'accord sur rien, ou presque.

Certes, les discussions de Bangkok ont permis de sortir du bourbier dans lequel les négociateurs s'enlisaient depuis début 2009. En participant, en septembre, à New York, à la journée des Nations unies (ONU) sur le climat, les chefs d'Etat ont relancé la machine diplomatique. Si bien qu'à Bangkok, lors de la session ouverte le 28 septembre, le principal texte en discussion a été allégé, passant d'environ 200 pages à une centaine et devenant à peu près lisible. Des accords se dessinent même sur divers aspects, comme le transfert de technologies, le registre des actions des différents pays ou la forêt.

Mais cet éclaircissement a fait émerger les divergences de fond, qui découlent du classique mais vivace clivage Nord-Sud. Elles sont apparues de manière inattendue quand la Chine, au nom du G77 (le groupe des pays en développement), a accusé les pays du Nord de vouloir tuer le protocole de Kyoto. Nous assistons aujourd'hui clairement à des déclarations et des actes qui entraîneront la fin du protocole de Kyoto, a déclaré, lundi 5 octobre, Yu Qingtai, représentant de la Chine, au cours d'une conférence de presse. C'est comme si, dans les cinq dernières minutes d'un jeu, un joueur mettait en avant un ensemble de nouvelles règles, un nouveau format, un nouveau mandat et attendait de l'autre joueur qu'il accepte cela comme une condition préalable à tout progrès.

L'Afrique présente l'addition aux pays riches

A deux mois du sommet de Copenhague, les pays africains ont décidé de se faire entendre. Nous pensons qu'il faut 65 milliards de dollars (44 milliards d'euros) pour pouvoir faire face à ces phénomènes de changement climatique, a indiqué à l'AFP le ministre de l'environnement du Burkina Faso, Salifou Sawadogo, lors de l'ouverture du Forum mondial sur le développement durable organisé à Ouagadougou. Particulièrement offensifs, les responsables africains ont fait valoir "le devoir de solidarité" des pays riches envers les plus vulnérables. Dernièrement, le premier ministre éthiopien (Meles Zenawi) a été catégorique. Si rien n'est fait, l'Afrique quittera la salle (des négociations), a rappelé M. Sawadogo.
Comme pour mieux enfoncer le clou, la déclaration chinoise à Bangkok a été suivie d'une autre, à Pékin cette fois, et signée par le premier ministre chinois, Wen Jiabao, son homologue japonais Yukio Hatoyama et le président sud-coréen Lee Myung-Bak qui ont indiqué, samedi 10 octobre, vouloir travailler ensemble (...) afin de contribuer au succès de la Conférence de Copenhague. Ce succès passera, selon eux, par la création d'un cadre de coopération internationale efficace pour l'après-2012, en accord avec les principes de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques.

Ce coup de gueule inhabituel de la Chine répondait à des propositions des Etats-Unis qui conduisaient à laisser de côté le protocole de Kyoto. Pour comprendre le différend, il faut se rappeler que la Convention sur les changements climatiques, signée en 1992, intègre tous les pays, mais n'entraîne pas de contraintes. En revanche, le protocole de Kyoto, signé en 1997, comporte des engagements juridiquement contraignants pour les pays du Nord. Comme la première période d'engagement du protocole de Kyoto s'achève en 2012, on finissait par croire que celui-ci allait disparaître. Les pays du Sud ont rappelé fermement que le protocole de Kyoto reste valable sans échéance, qu'il s'agit en fait de définir le niveau des engagements pour la deuxième période.

Cela signifie qu'ils attendent des engagements de réduction de la part des pays du Nord. Comme l'Union européenne et le Japon ont annoncé leurs objectifs pour 2020, ce sont essentiellement les Etats-Unis qui sont visés. Or Washington ne veut pas avancer : Jonathan Pershing, le chef de la délégation des Etats-Unis, a répété qu'il serait extrêmement difficile de s'engager sur des chiffres précis en l'absence d'une législation votée par le Congrès.

Texte unique

Les Vingt-Sept ont suggéré une solution de compromis. Artur Runge-Metzger, de la Commission européenne, a rappelé que l'Union respecterait ses engagements du protocole. Mais l'Union européenne s'est montrée favorable à un texte unique qui impliquerait tous les Etats, y compris les Etats-Unis. En fait, elle demande fermement aux Etats-Unis de s'engager à réduire leurs émissions, mais aussi aux grands pays émergents de s'engager d'une manière ou d'une autre.

Anders Turesson, représentant la Suède, qui préside en ce moment l'Union, a enfoncé le clou : l'absence d'engagement des pays en développement rend difficile de discuter de l'assistance financière en termes concrets, a-t-il indiqué. C'est la deuxième pierre d'achoppement : combien les pays du Nord sont-ils prêts à mettre sur la table pour aider ceux du Sud ? Le débat sur ce point n'a pas avancé, les Vingt-Sept attendant un geste significatif des pays émergents, condition, selon eux, indispensable pour entraîner les Etats-Unis.

Le Comité du Nobel de la paix s'est invité dans la négociation : en décernant le prix à M. Obama, il piège celui-ci. Peut-il ne pas venir à Oslo le 10 décembre recevoir son prix ? Et ne pas aller faire le crochet par Copenhague, où se tiendra la conférence sur le climat ? Et les Etats-Unis peuvent-ils se permettre de porter la responsabilité d'un échec de la conférence de Copenhague ?
Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e.
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