Chacune des 46 conférences était composée de 100 citoyens recrutés selon les techniques des panels de sondages. © Oxfam |
Le baromètre citoyen à la pointe sur le front du réchauffement [Fr]
Sylvestre Huet
Libération (France)
Le 02-10-2009 (Publié sur internet le 19-10-2009)
699 mots
Dans 38 pays du Nord et du Sud, une large majorité de sondés réclame un accord ambitieux sur le climat.
On ne peut rêver d’un mandat plus clair et plus massif pour Copenhague. C’est ainsi que Michèle Pappalardo, commissaire au développement durable dans l’équipe ministérielle de Jean-Louis Borloo, résume les résultats de la Conférence mondiale de citoyens sur le climat, organisée samedi. Cet exercice de démocratie participative, initié par le Danish Board of Technology (un office du Parlement danois), s’est effectivement traduit par une sorte de plébiscite en faveur d’un accord sur une politique climatique de grande ampleur. Mais que révèle-t-il réellement de l’état de l’opinion publique mondiale sur ce dossier ?
Panels
Les résultats agrégés des 46 conférences - à chaque fois composées de 100 citoyens recrutés selon les techniques des panels de sondages -, tenues dans 38 pays sur les cinq continents, semblent en effet balayer toute tentative de tergiverser. Et même condamner toute politique trop tiède. Ainsi, 90% des citoyens se déclarent
très ou assez préoccupés par le changement climatique. Ils sont également 90% - logique - à réclamer des gouvernements qu’ils se mettent d’accord à Copenhague, en décembre, sur des politiques permettant de limiter à 2°C le réchauffement climatique. Un seuil au-delà duquel, avertissent les scientifiques du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), il deviendra très difficile d’en gérer les conséquences.
Du coup, les citoyens soutiennent massivement des politiques de réduction d’émissions de gaz à effet de serre (GES), choisissant même à 58% (80% en France) un objectif déjà hors de portée de Copenhague : une réduction de 40% des émissions des pays industrialisés d’ici à 2020. Ils militent aussi à 86% (89% en France) pour la création d’un fonds mondial - toujours en rade - pour financer les technologies propres et l’adaptation des pays du Sud au réchauffement.
Cet unanimisme reflète-t-il une intime connaissance du dossier climatique constitué par des milliers de scientifiques ? Peu probable, comme le montrent les pourcentages élevés (plus de la moitié en Australie) qui rêvent de limiter les températures
à leur niveau actuel et même d’un
retour au niveau préindustriel, autant d’objectifs irréalisables. Le climatologue Hervé Le Treut (CNRS, laboratoire de météorologie dynamique) voit dans cette consultation le résultat de
la force de l’argumentaire scientifique. Il serait plus prudent d’y lire le résultat de l’information donnée aux participants, fondée sur les résumés du Giec, comme du discours dominant, dans la presse et désormais les milieux politiques, sur ce sujet.
Explosif
L’intérêt majeur, significatif de tensions géopolitiques à venir, réside dans les réponses différenciées à certaines questions. Les Chinois assurent (à 70%) par exemple que leur pays ne doit réduire la croissance de ses émissions de GES que si sa richesse s’accroît. Seuls 4% des Chinois estiment qu’ils doivent les réduire
comme les pays industrialisés.
Au niveau mondial, une large majorité (82%) se dégage pour convenir que les pays qui ne respecteraient pas leurs engagements doivent être
punis. Ainsi, le principe d’un traitement équitable et différencié - les riches sont plus responsables, ils doivent contribuer davantage et aider les plus pauvres -, socle des négociations climatiques, fait partie désormais du vocabulaire commun.
Sous son aspect gentillet - unissons-nous pour sauver la planète -, cette opération de démocratie participative révèle le caractère explosif du dossier climat. Il peut devenir un contentieux à haut risque entre victimes et responsables, entre pays pauvres et pays industrialisés, avec, au milieu, des géants émergents (Chine, Inde, Brésil) dont la croissance repose sur les énergies fossiles. Combustibles dont seule une minorité des sondés (23%) pensent que les prix doivent augmenter partout sur la planète.