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La Chine et l’Inde ont beau investir des milliards dans la rénovation et la construction de canaux, dans certaines régions, touchées par la sécheresse, ceux-ci sont pratiquement à sec.
© World Bank Photo
L'Asie doit faire face à la pénurie d'eau [Fr]

Béatrice Héraud
Novethic (France)

Le 03-09-2009 (Publié sur internet le 19-10-2009)
1324 mots


Alors que la Chine et l'Inde subissent actuellement une importante période de sécheresse, plusieurs rapports préconisent une réforme de l'eau à la fois pour faire face à une pénurie et pour nourrir une population croissante.

Avec une industrialisation rapide, une croissance importante de la population, la multiplication des sécheresses, la menace du changement climatique, et les difficultés d’irrigation, la question de l’eau est plus que jamais centrale en Asie. Ainsi, selon un rapport intitulé Un avenir pour l’irrigation asiatique , publié en août par l’Institut international de gestion de l’eau (IWMI), le continent doit entamer de façon urgente une réforme de l’eau s’il veut éviter d’importer plus d’un quart du riz, du blé, du maïs dont il aura besoin d’ici 2050 pour nourrir les 1,5 milliards de personnes en plus que comptera la population. La demande asiatique d’alimentation humaine et animale devrait doubler d’ici 2050. Se reposer sur le commerce pour répondre à une part importante de cette demande imposera un poids énorme, politiquement intenable, sur les économies de nombreux pays en voie de développement , estime en effet Colin Chartres, directeur général de l’IWMI. Déjà, la hausse des prix agricoles en 2007-2008 avait provoqué de fortes tensions dans la région, et la volatilité des prix devrait être la norme dans les années à venir…

Améliorer les systèmes d’irrigation ?

L’Asie devra donc apprendre à mieux gérer son eau. Le rapport préconise ainsi d’améliorer et d’étendre l’agriculture arrosée par la pluie et de se focaliser sur les terres agricoles irriguées déjà existantes. Ces dernières ont été considérablement développées entre les années 1970 et 1995 et comptent aujourd’hui pour 34% des terres cultivées, trois fois plus qu’en Amérique du Nord et 6 fois plus qu’en Afrique. Elles produisent aussi 60% des céréales cultivées en Asie…Pourtant, selon l’étude, les systèmes d’irrigation sont désormais peu performants : gérés de façon centrale, mal entretenus, ils sont également peu adaptés aux nouvelles demandes alimentaires de la population dont la consommation de viande, de lait ou de fruits –plus gourmands en eau- est en augmentation constante. Ce n’est pourtant pas le cas partout, précise François Molle, chargé de recherche à l’IRD* sur les politiques et gestion de ressources en eau. En Thaïlande par exemple, le système est très bien entretenu. De plus, il faut arrêter les discours tarte à la crème sur le gaspillage de l’eau dû à l’irrigation. Des efforts peuvent certes être faits pour économiser l’eau mais les pertes d’eau liées à son acheminement sont souvent, soit récupérées par les paysans, soit réinjectées dans les eaux souterraines. Au niveau de la parcelle, il peut donc y avoir inefficience mais si l’on raisonne en terme de bassin ou de région, les systèmes d’irrigation sont efficients à 85/90% !

Le problème est qu’aujourd’hui, l’alimentation de ces systèmes n’est pas toujours assurée. La Chine et l’Inde ont beau investir des milliards dans la rénovation et la construction de canaux, dans certaines régions, touchées par la sécheresse, ceux-ci sont pratiquement à sec. Et de plus en plus, par rapport à l’alimentation des villes et de l’industrie, l’agriculture est la variable d’ajustement , souligne François Molle. Or les besoins agricoles sont énormes ; en Asie du Sud, ils utilisent près de 90% des prélèvements d’eau totaux! Pour pallier les manques, les agriculteurs ont donc forgé leurs propres systèmes, pompant l’eau des nappes phréatiques (19 millions de pompes actuellement recensées) ou créant des étangs de stockage sur leur exploitation. Ce système d’irrigation atomisée a connu une expansion sauvage, qui représente plus de 60% de l’irrigation en Inde aujourd’hui, selon le gouvernement. Dans le nord du pays, des chercheurs américains ont ainsi pu observer, grâce à deux satellites, que plus de 109km3 d’eau ont disparu des nappes souterraines entre 2002 et 2008. Une perte principalement due à l’usage qu’en fait l’homme, concluent-ils, et qui augure de situations critiques sachant qu’il faut des années pour reconstruire les nappes phréatiques. Sans parler des contaminations de celles-ci par les engrais et pesticides.

Viêt Nam : vers un plan B?

Le changement climatique, qui n’est pas pris en compte dans le rapport de l’IWMI, va pourtant avoir des conséquences très importantes pour le continent. Le Viêt Nam par exemple est l’un des pays les plus vulnérables de la Terre du fait de ses plaines de basse altitude et de sa longue côte. Une étude du gouvernement prévoit ainsi que le delta du Mékong, dans le sud du pays, pourrait être complètement englouti par les eaux si le niveau des mers augmentait d’un mètre. Et la Banque asiatique de développement prévoit une montée des eaux dans une dizaine d’année seulement…Or, cette région est actuellement le grenier du pays, produisant près de 50% du riz cultivé au Vietnam (deuxième exportateur de riz au monde), notamment grâce à un système d’irrigation plutôt efficient. De fait, le gouvernement qui délaissait plus ou moins la région des montagnes, commence à l’envisager come un plan B , explique Damien Jourdain, qui travaille au Viêt Nam pour le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad). Sur des petits périmètres, de nouveaux projets d’irrigation commencent donc à se mettre en place pour permettre de mieux exploiter la zone.
Aller au-delà de l’irrigation

Développer l’agriculture pluviale apparaît donc comme une autre marge de manœuvre intéressante, mais dans certaines régions seulement. Selon l’IWMI, dans un scénario optimiste, une augmentation de 13% des terres arrosées par la pluie permettrait de produire assez pour faire face à la demande de nourriture de l’Asie du Sud en 2050 mais à l’Est, il faudrait une croissance de 39%. En revanche, en Asie du Sud-Est, où 94% des terres pouvant être utilisées pour l’agriculture sont déjà en production, une expansion de l’agriculture pluviale aggraverait les impacts environnementaux et climatiques. L’IWMI propose donc aussi d’explorer davantage les partenariats public/privé et les soutiens aux actions locales. Un projet sri lankais, connu sous le nom de système villageois de réservoirs en cascades , combine ainsi les technologies modernes et traditionnelles. Même si, selon François Molle, les exemples de réussites n’ont pas souvent porté leurs fruits plus de quelques années ou sont difficilement transposables. Il faudra de toute façon utiliser plusieurs pistes : la régulation, la réallocation et bien sûr les économies d’eau. Par exemple avec la culture de plantes moins consommatrices d’eau , estime le chercheur. Et agir en amont, au-delà du secteur de l’irrigation : en réformant les politiques agricoles, commerciales, environnementales ou énergétiques. Car les enjeux sont aussi importants que contradictoires : produire plus pour nourrir une population croissante tout en essayant de gérer l’eau de façon durable…Faute de quoi les tensions sociales, que l’on voit déjà éclater en Inde notamment, ne manqueront pas de se multiplier.

*Institut pour la recherche et le développement

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