Untitled Document
Deux États d’Australie ont interdit la culture commerciale de Jatropha sur leur sol car ils reconnaissent son caractère invasif.
© DR
Le Jatropha, une plante miracle ? [Fr]

Claudine Campa & Christian Valentin
IRD - Institut de Recherche pour le Développement (France)

Le 31-05-2009 (Publié sur internet le 22-07-2009)
727 mots


La ''fièvre du Jatropha'' gagne du terrain ! Les Philippines, le Ghana et Madagascar prévoient d’ensemencer 15 à 20% de leurs terres cultivables en Jatropha curcas, euphorbiacée arbustive dont l’huile peut servir de biocarburant.

En Inde ces surfaces couvrent déjà plus de 400.000 ha. Des projets de mise en culture de grande envergure ont fleuri récemment dans la bande intertropicale sur trois continents (Afrique, Asie, Amérique), encouragés par des agences d’investissement et les gouvernements séduits par les avantages supposés de cette plante surnommée l’''or vert du désert''. Jatropha pousserait sans apports d’eau, d’engrais, de pesticides, serait capable de se développer dans le désert et pourrait même restaurer les sols. Internet et autres médias véhiculent amplement ces arguments mais cette plante est-elle vraiment la solution miracle, la panacée à la crise énergétique qui resurgira un jour ou l’autre ?

Deux États d’Australie n’en sont pas convaincus. Ils ont interdit la culture commerciale de Jatropha sur leur sol car ils reconnaissent son caractère invasif. Il est en effet urgent de remettre les pendules à l’heure voire de tirer le signal d’alarme. L’examen attentif des résultats des projets déjà avancés – Inde et Chine notamment – permet de démonter nombre de promesses vantées par les inconditionnels de Jatropha. Près de la moitié des projets dans le monde font appel à l’irrigation, les deux tiers à la fertilisation. En outre, le sarclage nécessaire favorise l’érosion du sol. Aucune étude approfondie n’a démontré un bilan carbone positif pour le Jatropha destiné à l’exportation. La culture n’a pas non plus tenu ses promesses en matière de production : en Inde, sur 1,6 million d’hectares plantés en 2005-2006, seulement la moitié des plants a survécu et les unités de production d’huile sont en manque de graines. Toujours en Inde, les fermiers comptent leurs têtes de bétail mortes pour avoir brouté les feuilles toxiques de Jatropha. Par ailleurs, selon l’un des facteurs positifs avancés, le Jatropha serait implanté sur des sols abandonnés, marginaux, et ne rentrerait pas en concurrence avec les cultures vivrières. Encore un argument qui ne tient pas. La FAO s’en émeut : contrairement à une idée largement répandue, très peu de terres restent vraiment disponibles pour étendre les cultures. Si ces terres ne sont pas cultivées, c’est pour des raisons bien précises. Elles remplissent déjà d’autres fonctions (production de bois, de pâturage, réserve de biodiversité) ou présentent trop de risques lors de la mise en culture (érosion pour les sols trop pentus, pertes de carbone pour les tourbières tropicales, etc.). Ces terres marginales constituent souvent le dernier refuge de populations minoritaires qui risquent d’en être chassées. Ainsi, audelà des problèmes soulevés par la culture de Jatropha, la question de la concurrence entre les surfaces dévolues aux agrocarburants et celles des cultures vivrières se pose de plus en plus. À cette concurrence pour la terre s’ajoutent celles pour l’eau et les fertilisants. Ainsi, contrairement à la petite production familiale de Jatropha sous forme de haies, comme elle est pratiquée depuis longtemps (Mali, Laos), sa monoculture sur de grandes surfaces soulève de nombreux problèmes. Des analyses génétiques sur le pool cultivé de cette espèce ont révélé une faible variabilité génétique, ce qui laisse présager une vulnérabilité aux attaques parasitaires.

Aurait-on oublié l’expérience de l’arabica, caféier d’Afrique introduit dans toute la zone intertropicale par les colons hollandais et français et dont les plantations – issues de seulement deux variétés génétiquement proches – ont été décimées au début du XXe siècle par la rouille orangée ? Il appartient aux scientifiques de souligner le peu de recul que nous avons sur ce sujet. Pour la première fois, l’humanité se lance dans une monoculture à grande échelle sans approfondir ses connaissances sur la plante… Pour éviter des problèmes écologiques et de nouveaux investissements hasardeux, il est impératif d’accroître les recherches et de promouvoir des études d’impact.
Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e.
Elles ne reflètent pas nécessairement les vues de Planète Urgence.
Vous aussi, réagissez à cet article!*
Pseudo
E-mail (1)
Titre (2)
Texte (3)
Suite à la multiplication des commentaires automatiquement envoyés par des robots, nous vous remercions de bien vouloir retaper le nombre ci-dessous avant de confirmer l'envoi de votre réaction à l'article.
* Les modérateurs de Planète Urgence se reservent le droit, a priori et a posteriori, de publier ou de rejeter tout ou partie de votre réaction.
1. Votre adresse e-mail ne sera pas diffusée
2. 150 caractères maximum
3. 2.000 caractères maximum
Aussi, dans la rubrique "Monde"...
Les 20 villes les plus vulnérables aux tempêtes et montée des eaux [Fr] [En]
IRIN - Bureau pour la Coordination des Affaires Humanitaires (ONU) - 01-10-2009
Energie : le régime light [Fr]
Le Monde (France) - 07-10-2009
L’agriculture ''largement ignorée'' dans les discussions sur le climat [Fr] [En]
IRIN - Bureau pour la Coordination des Affaires Humanitaires (ONU) - 06-10-2009
Les ''bienfaits'' des plantations : une mystification à dévoiler [Fr] [En]
WRM - Mouvement Mondial pour les Forêts Tropicales (Uruguay) - 15-09-2009
Les commentaires...
Isaac dinallo
08-08-2009
12:28:48
Merci de bien vouloir m'informer sur vos articles qui sont toujours pertinents.
Vince
26-07-2009
07:55:35
Il serait ridicule de ré expliquer pourquoi les terres vivrières ne doivent pas céder la place aux plantes promises au développement des bio carburants.

Ce que l'on oublie trop souvent, c'est que là où il y a combustion il y a émission de gaz divers, dont les fameux gaz à effet de serre. Brûler des plantes plutôt que du pétrole, finalement ça n'apportera pas de solution définitive au réchauffement climatique.

Il faut penser à un autre mode d'énergie, là encore on en revient aux énergies propres. Conservons pour l'instant le pétrole qui reste, pour ce que l'on ne parvient pas encore à remplacer ; les matières plastiques, et encore pas toutes, et comme carburant pour certains modes de transports publiques, même si on sait qu'actuellement l'avion est de loin le plus gros pollueur.

A mon sens, il ne faut pas chercher à remplacer le pétrole par un carburant dit ''vert'', mais bel et bien passer à tout autre chose, qui impliquerait la fin de toute combustion.
Michel
23-07-2009
14:12:39
Votre article ou vos articles sont très tendancieux....On pourrait croire que vous êtes payés par les pétroliers pour faire la guéguerre au jatropha. Je me demande comment on peut arriver à faire des articles aussi idiot. De la part d'un institut de recherche, c'est désolant.

Il faudrait ajouter au moins que les plantations semi-industrielles qui se font sur des zones désertiques peuvent AUSSI soutenir les pauvres populations qui y sont, par de l'emploi. C'est une culture qui demande assez bien de main-d'œuvre. D'autre part, je ne vois pas comment ces populations pourraient relancer des cultures sur des sites arides, elles n'en ont pas les moyens.

Quand à l'irrigation, c'est souvent du goûte à goûte et vous laissez supposer que ce serait un gâchis extrême d'eau.

Et le sarclage... Dites-moi quelle type de culture vivrière ou autre ne demande pas de sarclage... Vous me faites peur!..

Je ne vais pas m'étendre sur tous les autres aspects de développement que peut amener le Jatropha car vous avez de mauvaises intentions et je ne pourrai, dès lors, pas vous convaincre.

Sachez que je gère une grosse plantation de jatropha en RDC sur un sol secondaire, mais que la RDC n'est exploitée, an niveau agricole, qu'à 20% de la surface disponible... et d'autre part nous avons développé des cultures vivrières sur ce même sol et aussi les arachides entre le jatropha... Alors, avant d'exprimer des opinions, vous qui vous considérez comme des scientifique....arrêtez de caricaturer, vous perdez la face !
Prof. chems eddine chitour
23-07-2009
00:07:14
Je suis réellement abasourdi , je pensais naïvement n'étant pas agronome que c'était la solution miracle! Il semble que non ! Là où j'émet des doutes c'est concernant le bilan carbone. En règle général, les agrocarburants présentent un bilan nul du fait de la photosynthèse de la plante qui fixe le CO2. Est à dire que le Yatropha émet plus de CO2 lors de la combustion que lors de la photsynthèse ? Cela reste à démontrer.

Pour le reste, les pays industrialisés cherchent àtout prix à garder leur capacité de polluer avec la voiture, ils cherchent le moins polluant. C'est une fuite en avant qui ne pose pas les vrais problèmes ceux de la sobriété énergétique. C'est en fait un changement total de paradigme que nous devons faire. Hors de cela point de salut !..
Infos de la Planète - Abonnez-vous & invitez vos ami-e-s
Flux
AddInto
Rechercher un article
Faites un don...
Je donne :
15€
30€
50€
100€
Montant libre :
Votre don ne vous coûte réellement que après réduction fiscale
(66% à hauteur de 20% du revenu imposable)
20 eco-gestes pour les citoyens
Les différents eco labels : lequel choisir pour être sûr d’acheter vert ?
Mémoires de la Planète
Ressources
Dossiers thématiques
15 derniers articles
publicités
| Mentions légales | Recommander ce site | Ajouter à mes favoris | FAQ Missions | Nous contacter | Recrutement |
© Planète Urgence 2000-2010