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Au fil de ses conférences, sur un ton jovial et spirituel, à la limite du moqueur, Jean-Marc Jancovici répète que ce qu'il avance est '''juste destiné à sauver la planète''.
© Eco89 / Rue89
Jean-Marc Jancovici : ''On vit à crédit écologique'' [Fr]

Sophie Verney-Caillat
Rue89 (France)

Le 11-05-2009 (Publié sur internet le 25-05-2009)
944 mots


Dans ''C'est maintenant ! Trois ans pour sauver le monde'', Jean-Marc Jancovici nous force à voir une vérité qui dérange : notre économie vit comme si l'énergie était infinie et bon marché. Continuer à l'ignorer, c'est aller au-devant d'un chaos certain. Entretien.

Jean-Marc Jancovici est le monsieur crise énergétique de Nicolas Hulot, dont il avait contribué au pacte écologique. C'est à ce titre qu'il a participé au Grenelle de l'Environnement dans le groupe changement climatique. Cet ingénieur polytechnicien partage aussi son temps entre l'enseignement, l'écriture, et sa société de conseil en réduction d'impact climatique pour les entreprises, Carbone 4 (fondée avec son co-auteur l'économiste Alain Grandjean). Il a aussi créé les outils permettant de faire son bilan carbone personnel.

Au fil de ses conférences, sur un ton jovial et spirituel, à la limite du moqueur, il répète que ce qu'il avance est juste destiné à sauver la planète. Pourquoi ? C'est très logique : Le prix de l'énergie conditionne la transformation du monde. Et si on n'a plus d'énergie abondante à un prix faible, l'économie freine. Or le prix du pétrole a été multiplié par dix entre 2000 et 2008. On l'avait tragiquement oublié.

''En apparence, la vie continue comme avant''

Petite explication pour comprendre le titre de son livre : c'est maintenant que la production de pétrole atteint son maximum, avant de décliner. Cette énergie dont toute l'économie dépend ne sera bientôt plus disponible, il est donc urgent de s'adapter.

Pour un tas de gens, en apparence la vie continue comme avant. Mais si on ne réoriente pas l'économie avec un préavis suffisant, cela se fera de manière spontanée et extrêmement violente. (Voir la vidéo)



''Pas de repas gratuit''

Qu'on soit prévenu : le seul choix qu'il reste est entre la souffrance et la mise au régime, mais il n'y aura pas de repas gratuit. Et puisqu'en économie tout passe par le prix, il faut en donner un à ce qui nous pose problème, donc taxer la consommation de carburant (et donc les émissions de CO2) par le biais de la taxe carbone.

Une taxe douloureuse certes, mais qui ferait naître des opportunités. Avec ses recettes, l'Etat pourrait augmenter ses ressources, diminuer la TVA ou d'autres taxes, ou les consacrer à la nécessaire transformation de l'économie.

Car demain, dans un monde qui aurait entendu Jean-Marc Jancovici, les maisons seraient mieux isolées et moins chauffées, les conseils d'administration se réuniraient par visioconférences au lieu de prendre l'avion… autant de choses que nous avons du mal à admettre dans nos cervelles d'enfants gâtés. (Voir la vidéo)



Le court-termisme des élus

Deux ans après la réunion du Grenelle de l'Environnement, il nous faut gravir l'Everest et on a fait le huitième du quart du chemin jusqu'au camp de base, résume Jean-Marc Jancovici.

Nos élus sont guidés par une vision à court-terme qui les empêche d'imposer aux électeurs ce qui serait, à long terme, bon pour eux.

Les gens qui nous gouvernent sont nuls sur la compréhension de la contrainte : ils n'ont pas fait de physique et continuent à raisonner dans un univers infini qui n'existe pas. (Voir la vidéo)



''On confond nos besoins et nos désirs''

Jean-Marc Jancovici n'a pas de téléphone portable, ne mange pas de viande rouge et se déplace en transports en commun. Une certaine frugalité qu'il nous propose d'adopter, par nécessité. Nous ne sommes visiblement pas prêt : La barrière de ce qu'on appelle un luxe n'arrête pas de se déplacer, sauter dans un avion comme on respire est devenu normal. On confond nos besoins, qui sont de boire, manger, se reproduire et socialiser, avec nos désirs solvables.

Et à ceux qui croient que le progrès scientifique pourrait nous tirer d'affaire, il répond tout net : La technologie s'investit là où le système socio économique lui dit d'aller : c'est la loi qui orientera le progrès. Jusqu'ici nous vivons à crédit écologique.

S'il a écrit ce livre après Le Changement climatique expliqué à ma fille, c'est qu'il pense que le consommateur a le pouvoir de réveiller les politiques sur ces enjeux.
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Les commentaires...
Boisgerault
29-06-2009
08:38:36
Depuis la chute du mur, la vie c'est accélérée dans l'ivresse de la consommation en tous genres. Voir les statuts de la liberté bousculant tout sans tenir compte des générations suivante. En sculpture. www.artcritique.info.
Jean-marc hauth
26-06-2009
13:54:50
Dites à Jean-Marc Jancovici que si il veut sauver le monde il devrait accepter d'en discuter et non pas s'écouter parler pour dire seulement que c'est urgent pour vendre ses livres...
Co2boster
03-06-2009
20:52:13
La taxe alimente les recettes publiques. Elle revient dans les poches de l'ensemble des citoyens. C'est donc une bonne chose. Ceux qui veulent la grande vie paient davantage. On peut imaginer une taxe nul pour les 100 premiers litres de mazout et/ou les 1000 premiers kWh électriques. La taxe est majorée par pallier. Elle devrait aussi se retrouver chez les ouvriers ou employés qui préfèrent travailler pour des grosses structures et n'osent pas créer leur propre entreprise... On encouragerait ainsi la création de petites entreprises nettement moins gourmande en énergie. Cette taxe est une excellente idée. Si un ministre la propose, je vote pour lui au prochaine élection.
Archanciel
30-05-2009
17:21:06
Nicholas Georgescu-Roegen (1906-1994) est un brillant économiste mathématicien roumain dont la carrière s'est déroulée en majeure partie aux E-U. Georgescu-Roegen a appliqué à l'économie la seconde loi de la thermodynamique (loi de l'entropie) qui stipule que tout évolue inexorablement vers l'état de chaos maximal. Les ressources de la planète constituent un stock fini appelé à être dispersé sans espoir de reconstitution par les activités humaines. Une longue interview de Jacques Grinewald sur les idées de Georgescu-Roegen est disponible sur plusconscient.net.
Ged
26-05-2009
10:38:46
Taxe carbone... Aujourd'hui, il a presque tout à faire ! Rien sur les maisons ! Sur les voitures, c'est vraiment trop léger... Celui qui achète un 4x4 Q7 ne sent même pas passer le malus (cela doit être à peine le prix d'une option!)... Une petite expérience personnelle récente : je demande des renseignements à un vendeur Volkswagen sur la version ''Blue Motion'' de la Golf... Il me répond : ''c'est pour les entreprises...!!!''... Le chemin sera encore long...
Ecoloroco
26-05-2009
03:35:16
Le mot taxe est politiquement incorrect. Aucun politique désireux de resolliciter un suffrage ne se dirige vers ses électeurs potentiels avec enthousiasme en leur proposant une merveilleuse nouvelle taxe. Par exemple, la vignette Auto indexée sur le niveau d'émission de CO2 n'a pas passé le cap du Grenelle. L'une des possibilités serait d'impliquer très directement le citoyen dans le choix d'une ou plusieurs actions de réduction de son impact carbone soit par don (c'est mieux de donner à une opération noble identifiée que de se faire taxer... même si le don est obligatoire) soit en investissant dans une opération de réduction d'impact carbone, ce qui laisse envisager un retour sur investissement voir un profit. Une telle présentation passera mieux qu'une énième taxe et donc a plus de chance d'être défendu par les décideurs politiques.
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