Untitled Document
Droits de l'Homme
2
AddInto
© DR
Centre de rétention de Mayotte: la vidéo qui accuse [Fr]

Rémi Carayol
Libération (France)

Le 17-12-2008 (Publié sur internet le 24-12-2008)
963 mots


''Libération'' s'est procuré un document vidéo qui dévoile les conditions inhumaines de rétention des clandestins sur ce territoire français. Retrouvez en kiosque nos témoignages, enquête et reportage sur place.

Des dizaines d’hommes entassés dans une pièce dont la grille est fermée à double tour. Et qui crient, refusant d’être ainsi filmés - certains sont torse nu. A quelques mètres, tout près des poubelles où se trouvent les restes du repas, des femmes et des enfants sont couchés sur des matelas de fortune. Des gamins crient, d’autres pleurent. Certains dorment. Derrière les toilettes, un jeune homme qui a fui la promiscuité s’est assoupi à même le sol.

Les images du film que Libération s’est procuré, tourné en octobre par un agent de la Police aux frontières (PAF) de Mayotte au sein du centre de rétention administrative (CRA) de Pamandzi, sont édifiantes. Ce jour-là, il y avait 202 retenus dans le CRA, qui n’est habilité à n’en recevoir que 60…



Inadmissibles

Ce film montre ce que nous vivons au quotidien, indique un agent de la PAF qui, après avoir vu les images, a accepté de nous répondre de manière anonyme. Selon lui, il est très fréquent que le nombre de retenus dépasse les 150, voire les 200. Le record cette année est de 240, assure-t-il. Quant aux conditions d’accueil, elles sont inadmissibles. […] Il n’y a que 60 matelas - et encore depuis peu. Les douches sont visibles depuis la salle des hommes. Il n’y a pas de toilettes réservées aux femmes et aux enfants.

Un autre agent de la PAF de Mayotte va plus loin. Les conditions de rétention des sans-papiers sont indignes, dit-il. Les gens sont traités comme des animaux. Et nous, on a la pression de la hiérarchie pour faire notre boulot sans rien dire. L’objectif, c’est de répondre aux attentes du ministère. Si cet agent a accepté de nous parler, c’est d’abord parce qu’il n’a pas fait ce boulot pour traiter ainsi les gens. Ce que je vois à Mayotte, je ne l’ai vu nulle part ailleurs. C’est aussi parce que s’il y a un accident un jour, c’est nous, les lampistes, qui payerons, alors que la hiérarchie est parfaitement au courant de ce qui se passe ici. Par exemple, on est obligé de fermer à clé la salle des hommes pour éviter qu’ils s’échappent par le toit. Nous ne sommes que 5 agents, nous ne pouvons donc tous les surveiller. Mais s’il y a un incendie, ils seront bloqués… Nous sommes dans l’illégalité !

Le CRA de Mayotte détient le record national de reconduites à la frontière avec 16.000 refoulés en 2007 - un sommet qui devrait être égalé en 2008. Des chiffres faramineux s’expliquant par la proximité historique, géographique et culturelle des Mahorais avec les Comores, d’où viennent la majorité des immigrés (lire page suivante).

Malgré les travaux en cours afin d’améliorer les conditions d’accueil - une pièce pour la restauration, des toilettes pour femmes et un coin enfants sont prévus, Flore Adrien, présidente du groupe local de la Cimade, dénonce elle aussi ces conditions d’accueil indécentes. Surtout, affirme-t-elle, le droit des personnes n’est pas respecté : des mineurs isolés sont expulsés, des Français qui n’ont pas le temps de montrer leurs papiers ou des Comoriens présents depuis vingt ans sur le territoire aussi…

En décembre 2006, le syndicat Unsa police Mayotte avait déjà dénoncé la surpopulation et le toujours plus [engendrant] des tensions que le personnel du CRA ne peut plus supporter. Allons-nous attendre un incident grave pour agir ? interrogeait le syndicat dans un tract, qui rappelait que pour satisfaire aux lois de la République, nous respectons les textes en vigueur, mais il faut aussi que l’administration respecte les règles qu’elle a elle-même édictées.

Avertissements

Le 15 avril, la Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS) avait jugé ce CRA indigne de la République. Les conditions de vie […] portent gravement atteinte à la dignité des mineurs retenus, notait également la commission. Malgré ces avertissements, la direction n’a rien changé, déplore l’un de nos informateurs. Certes il y a des travaux pour améliorer l’accueil, mais la logique de traiter ces personnes comme des chiffres reste la même. Et les moyens ne suivent pas.

Yvon Carratero, le directeur de la Police aux frontières cité dans un rapport de la commission des lois du Sénat publié début décembre, affirme que le CRA, qui accueillait naguère 200 personnes, en accueille désormais 50 à 80, grâce à une meilleure organisation des modalités d’éloignement. Le film, tourné après la rencontre du fonctionnaire avec les sénateurs, prouve le contraire. Rien n’a changé, certifie l’un de nos deux informateurs.
Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e.
Elles ne reflètent pas nécessairement les vues de Planète Urgence.
Vous aussi, réagissez à cet article!*
Pseudo
E-mail (1)
Titre (2)
Texte (3)
Suite à la multiplication des commentaires automatiquement envoyés par des robots, nous vous remercions de bien vouloir retaper le nombre ci-dessous avant de confirmer l'envoi de votre réaction à l'article.
* Les modérateurs de Planète Urgence se reservent le droit, a priori et a posteriori, de publier ou de rejeter tout ou partie de votre réaction.
1. Votre adresse e-mail ne sera pas diffusée
2. 150 caractères maximum
3. 2.000 caractères maximum
Aussi, dans la rubrique "Droits de l'Homme"...
''Les Ouïgours vivent comme des animaux'' [Fr]
Le Temps (Suisse) - 20-03-2009
Ghana : l’or prive les paysans du droit à la vie [Fr]
Syfia International (France) - 09-01-2009
Les droits de l'homme ont 60 ans : l'âge de la maturité ? [Fr]
Contre-Feux.com (France) - 11-12-2008
Les commentaires...
Mayla
14-01-2009
04:17:42

Nous savons plus ou moins, soit par expérience soit par les médias, les failles et faillites de l'Etat. La question que l'on doit se poser c'est que si on a des devoirs envers l'Etat, ce dernier en a tout autant sinon plus vis à vis de ceux qu'il est censé représenter et protéger, non ?

L'Etat est responsable de tout ce qui arrive aux citoyens qui concerne leur bien être or nous constatons le mépris vis à vis de ceux qui sont SDF ou qui meurent de froid et de faim, ce qui est révoltant. Une plainte devrait être déposée et honorée contre l'Etat français (parlons également des prisons). Mais, à contrario, ce même état oblige ceux qui possèdent un certain nombre d'animaux à leur assurer leur bien être, en les obligeant à construire des locaux spéciaux : lumières, ventilation, récupération des eaux usées, cahier de santé etc etc... Tout ceci bien entendu aux frais de leurs propriétaires et cela à quelque titre que soient détenus ces animaux. Ce qui est appelé ''Installations classées'' avec des contrôles rigoureux.

La conclusion est simple et logique : les animaux sont mieux considérés que les humains. Ce que l'Etat via ses fonctionnaires exige d'éleveurs ou de simples particuliers, il faut le lui appliquer, d'autant plus qu'il est censé agir ''en bon père de famille''.
Anthy
29-12-2008
22:39:11

Le pays des Droit de l'homme a sa leçon a réviser parce que là ça ne va pas du tout !
Infos de la Planète - Abonnez-vous & invitez vos ami-e-s
Flux
AddInto
Rechercher un article
Je souhaite attribuer ce don...



20 eco-gestes pour les citoyens
Les différents eco labels : lequel choisir pour être sûr d’acheter vert ?
Mémoires de la Planète
Ressources
Dossiers thématiques
15 derniers articles
publicités
| Mentions légales | Recommander ce site | Ajouter à mes favoris | FAQ Missions | Nous contacter | Recrutement |
© Planète Urgence 2000-2009