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Planète Urgence
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En 2020, quand le monde sera enfin écolo [Fr] [En]

New Scientist (Royaume-Uni)
Le 15-10-2008 (Publié sur internet le 24-12-2008)
1392 mots


Evoluer vers une économie durable n’a rien d’impossible. Ce n’est qu’une question de choix politique. Le ''New Scientist'' propose un scénario fictif mais plausible pour cette révolution.

[Traduction : Courrier International]

Nous sommes en 2020, dix ans après le lancement de l’énorme expérience visant à donner à notre pays une économie durable. Nous suivons deux principes de base : nous n’utilisons pas les ressources naturelles plus vite qu’elles ne se renouvellent et nous ne rejetons pas nos déchets plus vite qu’ils ne peuvent être absorbés. Dans notre société, ce sont les scientifiques qui fixent les règles. Ils déterminent quels niveaux de consommation et d’émissions sont acceptables. S’ils ont un doute, ils fournissent une estimation prudente. Les économistes doivent ensuite trouver le moyen de respecter ces limites et d’encourager l’innovation afin de tirer le maximum des ressources naturelles que nous utilisons.

Ils ont pour cela recours à deux mécanismes principaux. Le premier est un système de plafonnement et d’échange (cap-and-trade) qui permet aux entreprises d’acheter et de vendre des permis d’émission de gaz à effet de serre. Ce dispositif est efficace, notamment pour réduire les émissions de CO2. Le second mécanisme consiste à changer la logique de la fiscalité. Nous avons progressivement aboli l’impôt sur le revenu (une décision très populaire !) pour encourager les gens à ajouter autant de valeur que possible aux ressources dont ils se servent. Nous taxons désormais ces ressources au moment où elles sont retirées de la biosphère : le pétrole lorsqu’il est extrait du sol, ou les poissons lorsqu’ils sont pêchés dans la mer. Cela augmente leur prix et incite tout le monde à les utiliser avec parcimonie.

Un avantage annexe de cette fiscalité est qu’elle est facile à faire respecter. Les tricheurs ne peuvent plus échapper aux impôts en cachant leurs revenus. Mais elle a malheureusement un inconvénient : les pauvres finissent par consacrer une plus grande partie de leurs revenus à l’achat de biens de consommation que les riches. Nous pallions cela en allouant une partie des recettes au financement d’allocations et de projets sociaux. Comme nous ne pouvons plus compter sur la croissance économique pour augmenter les revenus, nous devons lutter différemment contre la pauvreté.

Nous redistribuons progressivement les richesses en fixant une limite aux inégalités économiques. Il a été difficile d’établir un éventail de revenus susceptible de récompenser les vraies contributions au lieu de multiplier les privilèges. Platon avait en son temps proposé un rapport maximal de 1 à 4. Les universités, les services publics et l’armée ont toujours fonctionné avec une échelle de 1 à 10 ou 20, mais celle-ci est montée jusqu’à plus de 500 dans le secteur privé américain au début du XXIe siècle, avant que nous ne commencions cette expérience. Notre premier objectif a été de réduire l’écart général à un rapport de 1 à 100 : par exemple, si, dans une entreprise, le salaire le plus bas est de 10.000 dollars, un dirigeant ne pourra pas toucher plus de 1 million de dollars. Nous essaierons par la suite d’arriver à un éventail de 1 à 30.

Mais que devient la croissance, me demanderez-vous ? Elle reste autorisée tant qu’elle ne dépasse pas les limites fixées par les écologistes. Les taux d’intérêt sont donc très faibles, mais ils restent supérieurs à zéro. Les progrès de la technologie et une meilleure efficacité nous permettent d’exploiter les ressources naturelles de façon de plus en plus optimale, ce qui renforce notre économie. Lorsque nous avons entamé cette transition, nous avons imposé une taxe carbone qui a rendu les transports fonctionnant au pétrole hors de prix. Cela a limité les déplacements en voiture, mais aussi suscité une vague d’investissements massifs dans les transports publics et dans les technologies requises pour faire fonctionner les véhicules avec des énergies renouvelables. Les recherches ont payé, et ces véhicules deviennent de plus en plus abordables. La réalité virtuelle est un autre secteur florissant : le transport aérien est aujourd’hui beaucoup plus limité, mais nous pouvons nous rendre dans des lieux exotiques d’un simple clic.

''Nous ne fabriquons désormais que ce dont nous avons besoin''

Un autre secteur a énormément changé : celui de la finance. Notre économie équilibrée serait incapable de supporter l’énorme superstructure financière qui reposait autrefois sur les perspectives de croissance. Les investissements sont principalement destinés à remplacer les objets et à améliorer la qualité, et l’énorme fardeau de la dette qui pesait sur notre économie s’est allégé. Nous augmentons progressivement la part des dépôts que les banques doivent garder en réserve. En conséquence, de moins en moins de prêts commerciaux sont accordés – ce sont désormais l’intermédiation financière et les commissions qui rapportent de l’argent aux banques –, et nous entrons dans une culture où il faut d’abord épargner de l’argent avant de pouvoir le prêter ou l’investir.

Les objets que nous produisons sont également d’un type différent. Maintenant que nous payons le coût environnemental de ce que nous utilisons, il n’est plus intéressant d’un point de vue économique de fabriquer des marchandises jetables ou à courte durée de vie. Nous ne fabriquons que ce dont nous avons besoin, et les choses sont faites pour durer : plus de gadgets de haute technologie périmés au bout de six mois.

Nous développons également de nouveaux modes de propriété : on peut maintenant louer une voiture ou un tapis à un propriétaire qui sera responsable de leur entretien puis de leur recyclage – au lieu de les acheter. L’entretien et la réparation sont devenus – à l’inverse de la production – des sources d’emploi bien plus importantes qu’auparavant. Il en va de même de la science et de la technologie. Ces secteurs offrent toutes sortes de possibilités de carrière, tant pour des scientifiques subventionnés par le gouvernement pour chiffrer différents concepts (par exemple, la capacité de peuplement de la planète) ou pour modéliser les effets de la montée du niveau des océans, que pour des entrepreneurs qui développent des technologies renouvelables.

''Nous sommes peut-être tous un peu plus heureux ''

La croissance économique étant moins forte, nous ne pouvons pas assurer le plein-emploi – il est vrai que notre ancienne économie n’y parvenait pas non plus. Nous travaillons à temps partiel, généralement en tant que copropriétaires d’une entreprise plutôt que comme employés. Le rythme de vie est plus détendu. Les revenus sont plus bas, mais nous sommes riches d’une chose que beaucoup d’entre nous ne connaissaient pas avant : le temps. Bien entendu, la liberté totale du commerce n’est plus possible, puisque nous devons prendre en compte des coûts environnementaux que les entreprises des pays restés dans une économie de croissance peuvent se permettre d’ignorer. Nous autorisons les échanges internationaux réglementés par des lois qui corrigent ces différences. Mais, comme de plus en plus de pays s’engagent dans la durabilité, le club au sein duquel nous pouvons commercer librement s’agrandit vite. Nous espérons qu’il englobera un jour le monde entier. Au bout de dix ans, nous pouvons dire que les sacrifices consentis ont été moins durs que nous ne le craignions. Nous sommes sortis du modèle de la croissance économique – qui est condamné – et personne n’est moins bien loti qu’avant. Nous sommes peut-être même tous un peu plus heureux. Et il est bon de savoir que nos petits-enfants ont désormais une chance d’avoir une vie meilleure.

* Ce scénario s’inspire d’un entretien avec Herman Daly, un économiste américain spécialiste du développement durable, qui enseigne à la School of Public Policy de l’université du Maryland.
Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e.
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Les commentaires...
Mayla
14-01-2009
04:35:02
Théories que tout cela. Nous sommes en 2009 et grâce au renoncement des pays européens face aux lobbies de la chimie, de la médecine, de la pharmacie et de l'agro-business, nous allons être encore plus ''empoisonnés'' sans même pouvoir acquérir bientôt les nutriments nécessaires à une santé ''normale'' (voir la vidéo du Codex Alimentarius).

Cette vue simpliste sera possible malheureusement avec une population mondiale qui aura drastiquement diminuée (tout est fait dans ce sens!..) et devenue totalement soumise par incapacité physique et intellectuelle de se révolter.

Quant à être dirigés par des scientifiques, on constate où leur folie nous a amené.
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