© DR |
Pas de pénurie de matières premières pour la planète ! [Fr]
Alain Faujas
Le Monde (France)
Le 10-12-2008 (Publié sur internet le 24-12-2008)
557 mots
Les écologistes, les partisans de la décroissance et tous les héritiers du fameux Club de Rome qui pronostiquait dans les années 1970 l'apparition des pénuries vont en tomber à la renverse !
Dans son rapport annuel Global Economic Prospects 2009 publié le 10 décembre, la Banque mondiale affirme que le scénario communément admis d'une économie mondiale entrée
dans une nouvelle ère caractérisée par une quasi-pénurie de matières premières dont les prix seront plus élevés et en constante progression semble
peu probable dans les vingt ou trente prochaines années.
Car, estiment ses experts, le ralentissement de la croissance de la population mondiale et des revenus devraient entraîner une baisse de l'augmentation du produit intérieur brut et donc,
dans son sillage, de la demande de matières premières.
Pour autant, l'offre de pétrole sera-t-elle suffisante ?
La demande de pétrole devrait continuer à augmenter pour atteindre 114 millions de barils par jour d'ici à 2030 contre 87 millions aujourd'hui, mais l'offre la talonnera ce qui portera, dès 2009, le prix du baril à 75 dollars.
Ce prix devrait baisser. Parce que les réserves prouvées de pétrole demeure de façon
incroyablement constante - à environ 40 années de production. Et parce que les énergies de susbstitution (hydrogène, éolien, solaire, etc.), encouragées par un prix de 75 dollars le baril, vont se multiplier.
Et pour les denrées alimentaires ?
On ne risque pas de manquer de nourriture, sauf en Afrique où la croissance démographique se poursuit dans un contexte de faible productivité agricole, soutient Andrew Burns, économiste principal qui a supervisé les chapitres sur les matières premières. Dans le monde entier, la production agricole progressera de + 2,1% par an et la demande de + 1,5% seulement.
Mais cet optimisme se veut
conditionnel. M. Burns plaide pour
que la politique suive, c'est-à-dire que l'exploitation des matières premières prenne en compte la lutte contre le réchauffement climatique, qu'elle soit consolidée par une régulation des marchés financiers afin qu'ils ne sèment pas la pagaille et qu'elle s'appuie sur la libéralisation des échanges, car les obstacles au commerce des matières premières aggravent la volatilité de leurs prix et leur rareté.
C'est Philippe Chalmin, professeur à l'université Paris-Dauphine, qui a apporté la contradiction à ces heureuses prédictions.
J'avais brûlé un cierge à Sainte Rita, la patronne des causes perdues, en mai, en entendant Robert Zoellick, le président de la Banque mondiale, placer l'agriculture au coeur du développement, à Rome, a-t-il dit. Mais là, je vous trouve lénifiants : pour vous, il n'y a pas de pénurie de terres arables et pas de problèmes de productivité.
Dans votre rapport, vous ne dites rien de la nécessité de réhabiliter l'agriculture partout dans le monde, a-t-il poursuivi, et rien du droit des pays pauvres à l'autosuffisance alimentaire, ce droit des peuples à se nourrir eux-mêmes.
Quant au pétrole, M. Chalmin est d'accord pour un prix d'équilibre à 75 dollars le baril qui préserverait le futur et imposerait des choix de raison en matière d'énergie.
Mais, a-t-il conclu, sommes-nous raisonnables ?