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Martin Price : ''Tous les glaciers sont déjà affectés par le changement climatique'' [Fr] [En]
Agnès Bardon
UNESCO - Organisation des Nations Unies pour l'Education, la Science et la Culture (ONU)
Le 14-11-2008 (Publié sur internet le 11-12-2008)
866 mots
A la veille d’un atelier international organisé par l’UNESCO (Programme L’homme et la biosphère) le 19 novembre à Katmandou (Népal), le Pr. Martin Price, Directeur du Centre d’études sur les montagnes de Perth College, University of the Highlands and Islands (Royaume-Uni) analyse les conséquences du changement climatique sur les écosystèmes montagneux.
UNESCO : L’impact du changement climatique est-il dores-et-déjà clairement visible sur les écosystèmes montagneux ?
Martin Price : Il l’est à différent niveaux. Les montagnes sont en effet des sites privilégiés pour observer l’impact du changement climatique sur l’environnement. Le premier indicateur tangible est la fonte des glaciers. Ce phénomène est déjà clairement à l’œuvre dans des sites comme le Parc national de Glacier, situé dans les Rocheuses (Etats-Unis), qui est aussi une réserve de biosphère, ou sur le sommet du Kilimandjaro (Tanzanie), inscrit sur la Liste du patrimoine mondial. Mais d’une manière générale, tous les glaciers sont affectés et leur taille s’est réduite depuis quelques années.
Le deuxième phénomène observable s’est amorcé au début du 20ème siècle et se poursuit aujourd’hui. Il se manifeste notamment dans les Alpes et concerne la migration de certaines espèces végétales que l’on trouve désormais à des altitudes où elles ne poussaient autrefois en raison de la rigueur du climat.
Enfin, certaines espèces végétales et animales sont menacées d’extinction tandis que d’autres sont déjà éteintes comme le crapaud doré, qui vivait autrefois dans les forêts tropicales de haute altitude du Costa Rica. Le WWF et l’ONG américaine Conservation International indiquent que les espèces vivant en montagne sont parmi les plus menacées. Ce sont des exemples concrets de l’impact du changement climatique sur l’environnement montagneux.
UNESCO : Comment la situation peut-elle évoluer à l’avenir ?
Martin Price : Il est toujours difficile d’établir de telles prévisions. C’est d’autant plus difficile en l’occurrence que l’on dispose de peu de données sur l’évolution des températures sur les sommets parce que de tels paramètres sont généralement mesurés dans les vallées et non en altitude. Malgré tout, on peut prévoir une poursuite du réchauffement et de la fonte des glaciers. Certes dans un premier temps, cette fonte des glaciers se traduira par des réserves accrues en eau mais à terme, cela peut signifier un tarissement de l’eau potable pour les populations vivant à proximité. On peut aussi prévoir que le nombre d’événements extrêmes, comme les inondations de lacs de glaciers, les glissements de terrain ou les avalanches, augmentera. Il est à craindre aussi de voir certaines maladies se diffuser sur une large échelle et des maladies comme le paludisme se propager dans des zones en altitude où elles étaient absentes.
UNESCO : Quelles sont les zones les plus menacées ? Existe-t-il déjà des dispositifs de prévention ?
Martin Price : Ce sont certainement les montagnes situées en zone tropicale et subtropicale parce qu’on y vit mieux que dans les vallées adjacentes et qu’elles disposent généralement de sols fertiles. Elles sont de ce fait densément peuplées. Tout événement affectant ces zones sera donc lourd de conséquences. Il existe en effet des dispositifs visant à mesurer régulièrement le niveau des lacs de glacier pour prévenir les inondations. Dans certaines zones, les forestiers ont aussi commencé à planter des espèces d’arbres capables de survivre et de se reproduire dans un environnement plus clément. Comme il n’est pas possible de prévenir les changements climatiques, il est important que les populations vivant dans les montagnes aient la capacité de s’adapter à de nouveaux contextes.
UNESCO : Dans quelle mesure les réserves de biosphère peuvent-elles jouer un rôle dans l’évaluation de l’impact ?
Martin Price : Elles constituent un réseau unique de sites présentant une grande diversité d’écosystèmes montagneux répartis sur différentes latitudes et soumis à des climats variés allant du maritime humide au continental sec. L’aire centrale de ces sites est peu affectée par les activités humaines et à ce titre, ils constituent des lieux d’observation privilégiés. La stratégie de recherche GLOCHAMORE, développée par une centaine de scientifiques et de gestionnaires de réserves de biosphère et lancée en 2005, apparaît comme un outil supplémentaire pour comprendre les phénomènes qui affectent les zones montagneuses. Elle vise à planifier et mettre en œuvre la recherche. Elle couvre des domaines aussi variés que le climat, la biodiversité, la prévention des risques, l’économie de montagne ou les changements dans l’utilisation des terres.