L'acacia australien (Acacia holosericea) risque de créer un nouvel écosystème dont les caractéristiques physiques, chimiques et biologiques ne seront pas nécessairement favorables à la recolonisation du milieu par les espèces natives. © DR |
Les limites du reboisement [Fr]
Robin.Duponnois
IRD - Institut de Recherche pour le Développement (France)
Le 01-10-2008 (Publié sur internet le 29-01-2009)
535 mots
L’utilisation d’essences forestières exotiques pour lutter contre la désertification affecterait dans certains cas la fertilité des sols tropicaux.
C’est un lieu commun, la pression exercée par l’homme sur son environnement s’est considérablement accrue au cours du siècle passé. Dans certaines régions, la poussée démographique et le développement de l’agriculture, conjugués aux modifications climatiques induites par le réchauffement global, ont contribué à l’accélération du phénomène de désertification.
Pour en limiter les effets, qui touchent particulièrement les zones intertropicales et méditerranéennes, des programmes de reboisement, basés sur des essences forestières à croissance rapide (1), ont été mis en place dès les années 1970. Ces arbres, qui établissent des symbioses bactériennes et mycorhiziennes, sont particulièrement adaptés aux milieux très ingrats et appauvris en minéraux. Ces initiatives de reboisement se sont révélées très efficaces en terme de production de biomasse et sont donc utiles pour lutter contre l’érosion. Mais leur impact sur les caractéristiques microbiennes du sol, lesquelles conditionnent la fertilité, n’avait pas été évalué.
Des travaux, menés depuis 2005 par une équipe de l’IRD (2) au Sénégal et au Burkina Faso, ont précisé l’influence de plantes exotiques sur la structure et la biodiversité des communautés de champignons et de bactéries du sol. Ils révèlent que E. camaldulensis, l’espèce d’eucalyptus la plus plantée dans le monde, en dehors de son aire d’origine, réduit significativement la diversité des communautés de champignons mycorhiziens indispensables au bon fonctionnement de l’écosystème.
Cet effet négatif a également été mis en évidence dans le sol d’une plantation sénégalaise d’Acacia holosericea. Quelques mois à peine après son introduction, cette essence à croissance rapide a en effet sélectionné certaines espèces de champignons mycorhiziens et de bactéries du genre Rhizobium, aboutissant à une réduction de la diversité spécifique des peuplements d’organismes symbiotiques.
Ainsi, l’acacia australien risque de créer un nouvel écosystème dont les caractéristiques physiques, chimiques et biologiques ne seront pas nécessairement favorables à la recolonisation du milieu par les espèces natives. De plus, il s’est avéré que les milieux conditionnés par cette essence étaient peu résistants aux stress hydrique et thermique ; ce qui pourrait obérer son potentiel de reboisement, dans le contexte de changement climatique global. Cependant, ces résultats doivent être pondérés à la lumière de constatations contradictoires, relevées avec la même essence, lors de cette même étude au Burkina Faso.
Cela signifie en réalité que les situations sont très diverses et que les entreprises de reboisement ne peuvent plus s’affranchir d’études préalables, confrontant au cas par cas le type de sol et les espèces utilisées.
Note :
- Eucalyptus, pins exotiques, acacias australiens…
- Laboratoire commun de microbiologie IRD-Isra-Ucad (Sénégal), et en collaboration avec l’Inera (Burkina Faso).