Même si projet de budget 2009 affiche une croissance de 2,9%, il s'agit d'une ''hausse en trompe l'oeil''. Ainsi l'annulation de dettes par la France est-elle considérée comme de l'aide au développement alors même qu'il s'agit en réalité d'un jeu d'écritures comptables. © ACDI - CIDA |
Polémique sur l'évolution de l'aide française en faveur de l'Afrique subsaharienne [Fr]
Jean-Pierre Tuquoi
Le Monde (France)
Le 08-11-2008 (Publié sur internet le 17-11-2008)
392 mots
La France est-elle en passe de sacrifier l'aide au développement versée aux pays d'Afrique subsaharienne ?
Récurrente, la question a viré cette année à la polémique avec la publication par Oxfam France, une ONG de premier plan, de projets de courriers officiels qui augurent que
le gouvernement envisage de couper les financements d'au moins 50 projets en Afrique subsaharienne. Cette décision, selon un communiqué d'Oxfams
se traduira par l'arrêt immédiat d'une série de financements destinée aux secteurs vitaux de ces pays, parmi les plus pauvres de la planète.
Devant le tollé, le gouvernement a fait machine arrière. Le secrétaire d'Etat à la coopération, Alain Joyandet, est intervenu, jeudi 6 novembre, à l'Assemblée nationale. Il a affirmé que la liste des projets passés à la trappe
n'avait pas été arbitrée.
Il n'y a pas et il n'y aura pas d'abandon de projets importants en 2009, a assuré le secrétaire d'Etat.
Les ONG nourrissent d'autres inquiétudes. Même si projet de budget 2009 affiche une croissance de 2,9%, font-elles observer, il s'agit d'une
hausse en trompe l'oeil. Ainsi l'annulation de dettes par la France est-elle considérée comme de l'aide au développement alors même qu'il s'agit en réalité d'un jeu d'écritures comptables.
Or les montants en jeu ne sont pas minces. La Côte d'Ivoire, qui devrait en bénéficier en 2009 (comme le Nigeria et l'Irak les années précédentes), doit plus d'1 milliard d'euros à l'Agence française du développement, le bras armé de la France en matière de développement. La République démocratique du Congo (RDC) est également sur la liste des pays dont la dette va être supprimée.
Autre reproche adressé au budget de la coopération : il inclut de plus en plus de prêts bancaires consentis à des taux à peine inférieurs à ceux accordés par les organismes bancaires traditionnels.
Ils sont à la limite des prêts classiques, assure Sébastien Fourmy d'Oxfam. La France n'a plus de politique en matière de coopération. Elle agit au gré de ses intérêts de l'heure. Un reproche également entendu à l'Assemblée nationale.