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La société Applied Materials, dans la Silicon Valley, a couvert son parking de panneaux capables de fournir de l'électricité à 1.500 maisons.
© DR
''Green is good''... Sous la crise, la révolution verte [Fr]

Dominique Nora
Nouvel Obs (France)

Le 23-10-2008 (Publié sur internet le 18-11-2008)
1248 mots


De l'électricité avec de la bouse de vache, de l'huile de friture recyclée : l'utopie écolo sera peut-être l'eldorado de demain. Et la Californie d'Arnold Schwarzenegger en est le laboratoire

La Californie est en quasi-faillite, son économie bascule dans la récession, touchée de plein fouet par la crise immobilière, mais le Golden State s'accroche à sa révolution verte, dont il est le champion national. Il tient le cap des technologies propres - ces énergies renouvelables n'émettant pas ou peu de gaz à effet de serre. Ce jeudi 9 octobre, Arnold Schwarzenegger, l'ex-acteur devenu gouverneur de Californie, inaugurait l'une des plus grosses installations solaires en entreprise. La société Applied Materials, dans la Silicon Valley, a couvert son parking de panneaux capables de fournir de l'électricité à 1.500 maisons. Ce sont les green tech qui assureront notre compétitivité à long terme, stimuleront l'innovation et la création d'emplois. (...) Elles sont notre futur, a expliqué le gouverneur. Jusqu'ici, Arnold Schwarzenegger, comme l'ancien vice-président Al Gore, prêchait dans le désert. Washington et le Big Business se gaussaient; l'opinion publique n'en avait cure. Mais, depuis dix-huit mois - avec la flambée de l'essence, l'angoisse du réchauffement climatique, et le souci de ne pas alimenter en pétrodollars des nations hostiles (Venezuela, Russie, Iran) -, le vent tourne... Même si l'administration Bush continue à défendre les lobbys du carbone (compagnies pétrolières, producteurs de charbon, industries polluantes), les Américains, eux, voient l'avenir en vert. Au quotidien, les indices de changement se multiplient : pas un spot publicitaire automobile qui ne vante la frugalité de son nouveau modèle, plus un supermarché qui ne distribue des sacs en papier recyclé, pas un lycée qui n'instaure sa journée on va à l'école à pied. Même les fermes du Vermont se mettent à produire de l'électricité à base de bouse de vache, et les restaurants à vendre leur huile de friture pour recyclage énergétique !

Utopie écolo ? Poudre aux yeux marketing ? Pas seulement. Les constructeurs automobiles, par exemple, n'ont plus le choix. Neuf Américains sur dix plébiscitent des standards d'efficience automobile plus stricts, conclut une enquête du Pew Research Center. La grande majorité d'entre eux souhaite une augmentation des investissements fédéraux dans les énergies alternatives (81%) et les transports en commun (71%). Les consommateurs plébiscitent les véhicules propres comme la Toyota Prius; les ventes des 4x4 et autres SUV - modèles les plus dévoreurs d'essence, mais aussi les plus profitables pour les constructeurs - s'effondrent. Si bien que Detroit, croulant sous les pertes, doit à la fois gérer la crise et réinventer sa gamme. General Motors cravache ainsi pour sortir dès 2010 la Chevrolet Volt, son hybride rechargeable qui n'était pas, jusque-là, une priorité.

Certes, les technologies propres ne représentaient, en 2006, que 2% de la consommation mondiale d'énergie. Mais un nombre croissant d'acteurs économiques américains y voient l'eldorado de demain. Pour les grands laboratoires universitaires comme pour les capital-risqueurs, l'énergie propre est devenue le sujet chaud. Ces financiers ont déjà misé près de 2 milliards d'euros sur ces secteurs en 2007, soit 9% de leur activité. Et, si la crise le leur permet, ils continueront. Cela pourrait être la plus grosse opportunité économique du XXIe siècle, assure John Doerr, partenaire vedette de la firme Kleiner Perkins. Ce financier de Google, qui a recruté Al Gore, a déjà en portefeuille une quarantaine de jeunes pousses vertes, et a levé 360 millions d'euros pour son Green Growth Fund.

La Silicon Valley jouera-t-elle pour l'énergie propre le même rôle que pour les technologies de l'information ? L'économie des technologies propres n'est pas la Google economy. Le montant de capital à investir est plus élevé, et les cycles seront plus longs, parce qu'il s'agit d'industrie, nous répond Eric Schmidt, PDG de Google. Depuis toujours sensibles à l'environnement, les cofondateurs Sergey Brin et Larry Page ont, à travers Google et à titre personnel, investi dans une demi-douzaine de PME vertes... Les trentenaires ne sont pas les seuls. Le mythique financier Warren Buffett - 78 ans - a pris 10% de BYD, premier constructeur chinois à sortir une voiture électrique de masse. Et l'ex-aventurier de l'or noir T. Boone Pickens, qui dénonce l'addiction du pays au pétrole étranger, s'est mué en apôtre de l'éolien. Comparant l'Amérique à l'Arabie Saoudite du vent, il construit une gigantesque ferme éolienne à Pampa (Texas), et prêche pour en couvrir toutes les plaines centrales américaines. Son Pickens plan à 700 milliards d'euros raviverait selon lui l'économie rurale, et fournirait 20% des besoins électriques du pays. Déjà, on observe, ici et là, la recrudescence de micro- éoliennes. Même si leur compétitivité est loin d'être prouvée, ces étranges sculptures métalliques poussent sur les toits des buildings de Chicago ou de l'aéroport Logan de Boston. Le maire de New York, Michael Bloomberg, parle même d'en installer sur les gratte-ciel et les ponts de Manhattan !

Dans les déserts du Nevada et de la Californie du Sud, en revanche, la dernière folie c'est... le miroir solaire. Cette technologie peu coûteuse - dite thermique par opposition aux cellules photovoltaïques - consiste à installer des immenses champs de miroirs, qui concentrent les rayons du soleil sur des tuyaux remplis d'eau. La vapeur produite fait ensuite tourner des turbines. Ce qui permet une production massive d'électricité (200 à 300 mégawatts), l'équivalent d'une centrale thermique. Parallèlement, le solaire photovoltaïque continue de se développer à un rythme soutenu. Grâce au programme californien Un million de toits solaires, les panneaux individuels sont maintenant tellement répandus sur les toits des maisons et des entreprises... qu'ils font fréquemment l'objet de vols. Ils réapparaissent quelques jours plus tard sur les sites de vente Craigslist ou eBay. Selon le consultant Ron Pernick, de Clean Edge, en combinant les deux technologies, le solaire pourrait représenter 10% de la production américaine d'électricité à l'horizon 2025. Dans le secteur dévasté du bâtiment, seuls les architectes, promoteurs ou équipementiers spécialisés dans l'habitat vert s'en sortent.

Evidemment, les technologies propres ne connaîtront pas d'essor fulgurant sans l'aide de Washington. Une politique énergétique d'avenir supposerait la poursuite d'incitations fiscales temporaires aux investissements verts, le renchérissement des énergies polluantes et une importante infusion de capitaux publics dans la recherche et développement (seulement 700 millions d'euros par an actuellement, contre 19 milliards pour la médecine). Les Etats-Unis pourraient avantageusement remplacer l'impopulaire Greed is good (la cupidité est une bonne chose) de Wall Street par le plus vertueux Green is good de la Silicon Valley. Les promesses du démocrate Barack Obama sont, à cet égard, beaucoup plus fermes que celles de son rival républicain John McCain... Dans son livre Hot, Flat and Crowded, Thomas Friedman explique qu'en substituant au système du pétrole sale, à bout de souffle, un nouveau système énergétique vert, l'Amérique pourrait résoudre les problèmes de la planète, tout en recouvrant son leadership technologique, économique et moral. Un programme rêvé pour le prochain président... s'il survit à la crise.
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Les commentaires...
Quick
23-11-2008
20:46:39
Ça donne l'illusion que le libéralisme peut offrir une conversion rapide au tout carbone. Pour la France, toute nouvelle technologie produisant de l'électricité doit passer par un accord avec EDF ! Quel frein puissant à ces développements.
Mysterieux
19-11-2008
12:18:29
Bien-sûr cela fait rêver, mais trop c'est trop, l'espoir déborde, ''les gouttes s'échappent et se perdent hors du récipient''.

Ne pas négliger que le pouvoir aux U.SA. est et restera entre les mains des mauvais matérialistes sans scrupules avides de fric et pouvoir mondial. Ce pays est effroyablement privatisé partout jusque dans l'armé. L'Etat ne tient plus aucun pouvoir réel, Obama n'est qu'un ''messie'' symbolique intensivement glorifié qui ne changera rien. Ses promesses ne sont que des outils publicitaires pour sa campagne présidentielle qui ne se tiendront pas. Comme tout président, ce ne sera pas lui qui décidera mais il ne sera que forcé d'obéir aux vrais maîtres,patrons de multinationales, conservateurs ainsi que cette caste sioniste qui force les U.S.A. à chouchouter Israël.

Les choses vont empirer. Déjà il a déclaré poursuivre cette ''guerre anti-terroriste'', donné son soutien aux guerres d'Irak (qui déjà a coûté plus de 3000 miliards de $ !!!) et Afghanistan... L'Iran est au bord de se faire agresser (2 flottes US dans le golfe persique tout comme l'armée israélienne prête à l'offensive dans l'autre côté du pays).

La révolution verte ne tient qu'une trop minime importance, pour progresser dans le sens national. Le pétrole n'est en rien manquant, on se sert de ce prétexte de réserves presque vides pour enrichir ces multinationales pétrolifères, enrichir ces émirats arabes en vue d'obtenir encore plus de faveurs comme encore plus de bases militaires US sur leur territoire ou encore les inciter à consommer plus de produits occidentaux.

Seule une minorité, trop petite, tient ces bonnes idées, la plupart du peuple n'en sait rien. Les médias ne font que désinformer. Schwarzenegger est du côté républIcain, les néoconservateurs, possible qu'il se sert de ces ''idées vertes'' pour sa publicité. Le privé, c'est le profit avant tout, il ne faut pas rêver...!
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