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Michel Baumann déplore que ce lien entre environnement et droit humain soit encore si peu reconnu. En photo, Almir Narayamoga Surui, lauréat 2008 du prix IGFM de la Société internationale des droits de l’homme.
© DR
Terre
Protéger l’environnement avec les droits humains [Fr]

Carole Vann
Tribune des Droits Humains (Suisse)

Le 24-10-2008 (Publié sur internet le 18-11-2008)


Quel rapport entre Dick Marty et un chef Surui des forêts amazoniennes ? Le premier a été lauréat du prix de la Société internationale des droits de l’homme en 2007 pour sa lutte contre les abus de la lutte antiterroriste. Le second est primé cette année pour les arbres qu’il sauve.

Le saccage des forêts peut-il être dénoncé comme une violation des droits humains ? La Société internationale des droits de l’homme en fait le pari en remettant cette année le prix IGFM ad-hoc à Almir Narayamoga Surui, un chef indien d’Amazonie. La cérémonie aura lieu samedi 25 octobre au Victoria Hall à Genève, en présence du guitariste brésilien José-Barrense Dias. La soirée promet de swinguer !

Le choix d’attribuer ce prix à un indien qui se bat pour sauver son milieu de vie n’est pas anodin. Il l’est d’autant moins que les précédents lauréats IGFM étaient tous clairement labellisés droits de l’homme : parmi eux, le Dalaï Lama, Cornélio Somaruga, Tim Guldimann. En 2007, le sénateur suisse Dick Marty, parlementaire au Conseil de l’Europe, a été primé pour avoir dévoilé le réseau de transferts et de détentions secrètes de la CIA dans le cadre de la lutte antiterroriste.

J’ai été étonné des vives réactions, même dans les couloirs de l’ONU, lorsque nous avons fait savoir que notre prix 2008 était attribué à un Indien ''gardien de la forêt'', commente Michel Baumann, vice-président de la section suisse de IGFM. On me disait : Pourquoi tu t’occupes de planter des arbres alors que tu es aux droits de l’homme ? ou alors : Tu es dans les droits de l’homme ou dans l’environnement ? Comme si l’un ne pouvait aller avec l’autre. Il y a une forme de protectionnisme chez les ONG qui s’occupent de droits de l’homme. Certaines raisons sont compréhensibles. Elles ont souvent de petits budgets et ne veulent pas élargir leur champ d’action. Michel Baumann constate toutefois que le lien entre environnement et droits de l’homme reste peu évident pour beaucoup de gens.

Certes, à l’ONU, le concept fait son chemin. Mais il reste axé sur des problèmes spécifiques. Ainsi, un mandat a été créé au sein du Conseil des droits de l’homme à Genève pour un rapporteur spécial chargé d’enquêter sur la responsabilité sociale des mutinationales, un autre sur les déchets toxiques. Lancé en 1999 par l’ancien Secrétaire général de l’ONU Kofi Annan, le Pacte mondial (Global Compact) rassemble des entreprises qui s’engagent à respecter un certain nombre de principes citoyens dont les droits de l’homme et l’environnement.

Mais au sein même de cette initiative, les opinions divergent, avec une question en toile de fond : faut-il hiérarchiser les atteintes aux libertés ? En d’autres termes, les exécutions arbitraires ou les tortures doivent-elles être considérées au même niveau qu’une déforestation massive menaçant à terme la vie et l’équilibre mental de communautés entières ?

Pour Christiane Gradis, fondatrice avec son époux Diego de Traditions pour demain, les problèmes sont saucissonnés, alors que le monde doit être abordé dans sa totalité. L’ONG, présente dans une dizaine de pays d’Amérique latine, agit comme partenaire des communautés amérindiennes dans des projets d’affirmation culturelle. Mais ses fondateurs tiennent à ne pas être étiquetés comme militants. Notre démarche s’inscrit dans une perspective de développement et non de droits de l’homme.

Car il est difficile de soutenir des actions militantes sans être catalogués dans des pays à problèmes. Ce qui engendrerait des situations dangereuses pour nos partenaires. Or notre but n’est pas de fragiliser les groupes que nous soutenons.
Christiane Gradis admet que la frontière est floue : Nous nous définissons comme apolitiques, tout en sachant que lorsque nous soutenons des actions qui visent à renforcer l’identité culturelle d’un groupe, il est difficile de se dire apolitique.

La Suissesse rappelle que le développement, reconnu maintenant comme un droit de l’homme à l’ONU, n’est pas un droit de première génération, comme la torture, la violation des libertés, etc. Mais, admet-elle, la frontière s’estompe de plus en plus, tout particulièrement en ce qui concerne les peuples autochtones, chez qui le respect de l’identité est indissociable de celui de l’environnement.

Si l’homme n’est pas le gardien de la forêt, elle va dépérir et le Surui va mourir ou finir alcoolique dans une réserve, ce qui revient au même, renchérit Michel Baumann. Ce dernier déplore que ce lien entre environnement et droit humain soit encore si peu reconnu. On commence à peine à en parler dans les écoles, regrette-t-il. Or le temps presse.

Qui sont les indiens Surui ?

Les Indiens Surui reviennent d’une presque extinction. En 1968, c’est la première rencontre avec les hommes blancs lors de la construction de la route transamazonienne. Ils sont 5’000. Quatre ans plus tard, ils ne sont plus que 300. Les autres ont été fauchés par les maladies ou tués lors des affrontements avec les blancs.

Les survivants – de féroces guerriers - se sont retranchés dans les forêts et ont lutté pour récupérer leurs terres. L’Etat leur a rendu une portion infime : 250’000 hectares (les cantons de Genève et Vaud réunis). De ce territoire, 3% de la superficie est sont déboisées, ce qui équivaut à un million d’arbres à replanter. Aujourd’hui, les Surui sont au nombre de 1’200. Mais la tête de leur chef Almir Narayamoga Surui est mise à prix au Brésil : il est dans le collimateur des propriétaires de troupeaux de bovins qui dévastent les forêts.

L’intégralité de la recette de la soirée au Victoria Hall sera remis à Aquaverde. L’association à but non-lucratif, fondée en 2002 à Genève, soutient des projets alliant la reforestation à une économie de développement durable pour les populations locales en proposant une alternative économique à la déforestation. Aquaverde soutient depuis 2006 les Surui dans leurs efforts pour sauver la forêt amazonienne.
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