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Un enfant kényan souffrant du paludisme est soigné à l'hôpital de Kisii, à 400 km de Nairobi. Cette maladie affecte la moitié de la population mondiale. © DR |
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SantéL'OMS dénonce des progrès ''profondément inégaux'' [Fr]
Paul Benkimoun
Le Monde (France)
Le 14-10-2008 (Publié sur internet le 23-10-2008)
Trente ans après la conférence d'Alma-Ata, où fut adoptée une déclaration sur les soins de santé primaires et affiché l'objectif de ''La santé pour tous en l'an 2000'', l'Organisation mondiale de la santé (OMS) est revenue, mardi 14 octobre, dans la ville du Kazakhstan - rebaptisée entretemps Almaty - pour y présenter son ''Rapport sur la santé dans le monde 2008''.
Directrice générale de l'OMS, Margaret Chan réaffirme la pertinence des valeurs d'Alma-Ata et trace quatre voies de réforme pour
combler le fossé intolérable qui sépare les aspirations de la réalité. Difficile, en effet, de renier des valeurs comme
justice sociale et droit à une meilleure santé pour tous, participation et solidarité. Mais force est de constater, comme le fait - non sans euphémisme - le rapport 2008, que
la traduction de ces valeurs en réformes concrètes s'est faite de manière inégale.
Le texte souligne les avancées significatives accomplies depuis la déclaration d'Alma-Ata :
Dans l'ensemble, les populations sont en meilleure santé, plus prospères et vivent plus longtemps qu'il y a trente ans. A l'appui de ce jugement, l'exemple de la mortalité infantile :
Si les enfants continuaient à mourir au même rythme qu'en 1978, on aurait enregistré 16,2 millions de décès d'enfants dans le monde en 2006. Or il n'y en a eu que 9,5 millions. Cette différence de 6,7 millions représente 18 329 vies d'enfant sauvées chaque jour. Dans le même sens, le rapport souligne
la croissance de 35% des dépenses mondiales pour la santé sur une période de cinq ans.
Cependant, l'OMS se fait plus sévère en pointant d'autres tendances. Les progrès réalisés au cours des dernières décennies
ont été profondément inégaux, laissant
un nombre considérable de pays à la traîne ou même en régression. Ces inégalités peuvent d'ailleurs être
considérables et souvent croissantes à l'intérieur des pays.
Le vieillissement, les effets d'une
urbanisation et d'une mondialisation mal gérées ou encore le changement climatique renforcent les maladies contagieuses comme les pathologies chroniques non transmissibles. A cela s'ajoutent les effets de la mondialisation sur les systèmes de santé, notamment la ponction des ressources humaines du secteur au détriment des pays en développement.
Les réponses à ces défis sont tardives et inappropriées, estime le rapport, d'autant que
le secteur de la santé reste massivement sous-financé dans beaucoup trop de pays. Les politiques mondiales et nationales
se concentrent sur quelques questions particulières, tandis que
les systèmes de santé semblent dériver d'une priorité à court terme à une autre.
Quatre types de réforme
Le texte fustige trois tendances : les systèmes de santé
qui mettent l'accent de manière disproportionnée sur une offre étroite de soins curatifs spécialisés, ceux
dans lesquels la lutte contre la maladie, axée sur des résultats à court terme, fragmente la prestation des services, et enfin ceux où
un certain laisser-faire en matière de gouvernance a permis l'éclosion d'une marchandisation incontrôlée de la santé.
Pour répondre aux défis posés, l'OMS définit quatre types de réforme. La première vise à
réduire l'exclusion et les disparités sociales en matière de santé par la
couverture universelle, combinant accès universel aux soins et à la Sécurité sociale. La deuxième concerne les
prestations de services, par la réorganisation des services de santé
sous forme de soins de santé primaires, c'est-à-dire autour des besoins et des attentes de la population.
La troisième a trait aux réformes des politiques publiques. Elles ont pour objet de rendre
les collectivités plus saines, en coordonnant les actions de santé publique avec les soins de santé primaires et en menant des politiques publiques saines dans tous les secteurs. Le rapport insiste sur le fait que la santé ne concerne pas le seul ministère de la santé, mais aussi ceux de l'éducation, du commerce, des transports.
Enfin, les
réformes de leadership combinent l'implication des pouvoirs publics, la participation de tous les secteurs de la société et l'accroissement de la recherche sur les systèmes de santé.
Le rapport invite à
saisir les occasions, notamment dans
un grand nombre de pays dont l'économie de la santé connaît une croissance rapide - où vivent 3 milliards de personnes. Il reconnaît que
le défi paraît plus difficile à relever pour les 2 milliards d'habitants des pays d'Afrique et d'Asie du Sud-Est dont l'économie de la santé connaît une croissance faible. Reste à savoir si cette volonté ne se heurtera pas aux effets de la crise économique.