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Le rapport ''Emplois verts: pour un travail décent dans un monde durable, à faibles émissions de carbone'' explique comment le réchauffement de la planète peut favoriser le travail dans le monde. © PNUE / OIT / OIE |
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EconomiePour relever le défi climatique, des millions d'emplois verts seront créés dans le monde [Fr]
Marion Moussadek
Le Temps (Suisse)
Le 10-10-2008 (Publié sur internet le 23-10-2008)
Certains métiers s'adapteront, d'autres se créeront selon un rapport rédigé par des organisations internationales.
Début 2007. Sécheresse historique dans le sud-est de l'Australie. Le bassin de Murray-Darling abrite 40% des produits agricoles du pays. Incapables d'irriguer leurs terres, agriculteurs et bergers abandonnent leurs propriétés et bradent leur bétail. Ils se retrouvent sans emploi. Pour tenter d'éviter que les bouleversements climatiques n'engendrent d'autres catastrophes de ce type, plusieurs organisations internationales ont uni leurs compétences et rédigé un rapport sur les emplois verts, première étude globale de ce genre*. Le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE), l'Organisation internationale du Travail (OIT), l'Organisation internationale des employeurs (OIE), la Confédération syndicale internationale (CSI), l'Institut Worldwatch et le Global Labor Institute ont rendu leur copie le 24 septembre dernier à New York.
Leur rapport explique, sur près de 400 pages, comment le réchauffement de la planète peut favoriser le travail dans le monde. Pour y faire face, des métiers existants devront s'adapter et d'autres emplois à même d'empoigner le problème seront créés. L'enjeu est double: atténuer les changements climatiques dangereux (enjeu environnemental) et améliorer les conditions de vie en fournissant un travail décent (enjeu social).
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Selon le rapport, plus de 2300000 personnes occupaient en 2006 un emploi dans le seul secteur des énergies renouvelables (éolienne, solaire photovoltaïque, solaire thermique, biomasse, hydroélectrique, géothermique). Vingt millions de postes supplémentaires sont escomptés dans ce secteur d'ici à 2030. Et des millions d'autres emplois verront le jour dans d'autres domaines, comme les transports, le bâtiment (2 à 3,5 millions d'emplois créés aux Etats-Unis et en Europe) ou l'agriculture (12 millions).
Travail décent
Qu'est-ce qu'un emploi vert? C'est un poste qui réduit l'impact des entreprises et de l'économie sur l'environnement et répond aux critères du travail décent (digne, équitable et sécurisé, selon la définition de l'OIT). Idéalement, l'emploi vert décent doit réduire la pauvreté et protéger l'environnement.
Le rapport estime que le dérèglement climatique créera des emplois verts de manière directe et indirecte. Directe si l'on pense à la construction, par exemple, lorsque les bâtiments doivent être énergétiquement efficaces et que cela permet de créer des postes dans ce domaine. Indirecte lorsque le réchauffement climatique anéantit par exemple une activité économique qui doit ensuite se réinventer. Ainsi, une station de ski de basse altitude qui diversifie son activité en favorisant l'environnement générera des emplois verts.
Des métiers seront créés, d'autres s'adapteront. Peter Poschen, coordinateur de la question du réchauffement climatique à l'OIT, explique:
En rénovant les bâtiments existants, on pourrait réduire les gaz à effet de serre de 25 à 50% selon les cas. Mais pour cela, nous avons besoin de maçons, de charpentiers, d'électriciens et de plombiers qui connaissent les techniques pour améliorer l'efficience énergétique et d'isolation, ainsi que les nouvelles énergies. Les corps de métiers actuels ne suivent pas. Il y a une pénurie de main-d'œuvre qualifiée dans ce secteur.
Pénurie à l'échelle mondiale, probablement. Mais en Suisse, plusieurs établissements forment aux métiers du développement durable depuis belle lurette. L'un d'entre eux, le SANU à Bienne, existe depuis vingt ans. Son directeur, Peter Lehmann, est convaincu par les conclusions du rapport:
La croissance des emplois verts dépassera celle du PNB. Les années 1980 ont vu la législation sur la protection de l'environnement et les ingénieurs étaient alors très demandeurs. Dans les années 1990, les instruments économiques incitatifs se sont développés; maintenant, l'économie privée cherche des compétences en matière de développement durable.
Quitte ou double
Preuve de la progression irrésistible du secteur, le SANU forme chaque année 20% de personnes supplémentaires. Et il s'est enrichi de deux nouvelles formations: en gestion de la mobilité et en gestion d'émissions de CO2. Ses clients? Des responsables environnement de collectivités publiques ou des gestionnaires techniques du secteur privé.
On sent que cela commence à peser sur le budget. Les entreprises tiennent à soigner leur image.
Si, dans les pays industrialisés, la motivation peut être avant tout celle de l'image, le Sud joue quitte ou double. Le rapport prévient:
Nombre des nouveaux emplois risquent d'être rebutants, dangereux et difficiles. Les secteurs préoccupants à cet égard, dans les économies en développement, incluent l'agriculture et le recyclage où les contrats précaires, les faibles rémunérations et l'exposition à des matériaux dangereux pour la santé sont fréquents et sont autant de secteurs qui doivent évoluer rapidement.
Pour Yash Tandon, directeur de l'organisation intergouvernementale Centre Sud à Genève, qui œuvre en faveur de la coopération Sud-Sud, cet avertissement est loin d'être suffisant. Pour lui, le concept du rapport est trop étroit.
Le rapport se base surtout sur une agriculture à grande échelle. Or, dans la plupart des zones rurales du Sud, le travail agricole repose sur des petits exploitants. On parle de deux modes de production différents. Le rapport se concentre trop sur l'aspect commercial. Des emplois verts seront créés, certes. Mais pour l'agriculture à grande échelle. Pour le Sud, toute l'approche est fausse.
Le rapport répond à ces critiques en mettant en avant les avancées et les possibilités au Sud. Ainsi, le Brésil, leader mondial du recyclage des boîtes en aluminium, économise au pays 1976 GWh annuels d'électricité, soit la quantité d'électricité annuelle pour une ville d'un million d'habitants. Dans son ensemble, le recyclage emploie un demi-million de personnes au Brésil qui, tous matériaux confondus, recycle près de 30% mieux que l'Europe de l'Ouest.
L'avenir
Une Europe de l'Ouest qui incarne néanmoins très bien le développement desdits emplois verts. En France, à Ségny, aux portes de Genève, Mathilde et Guy Esteves, spécialisés dans l'installation de panneaux solaires depuis trente ans, ont vu leur chiffre d'affaires quadrupler en cinq ans**. Et les éventuels futurs éco-quartiers de Genève ou Lausanne seront autant de générateurs d'emplois verts dans les prochaines années.
Le fossé persistant entre Nord et Sud se vérifiera sans doute une fois de plus dans le domaine des emplois verts. Le rapport reconnaît:
Ces conséquences sont à la fois porteuses de risques et de promesses pour les populations actives de tous les pays, mais particulièrement pour les populations les plus vulnérables dans les pays les moins avancés. Interrogé, Peter Poschen répond:
Les pays industrialisés et le Sud ne sont pas à mettre dans le même panier en ce qui concerne les solutions concrètes. L'Europe, par exemple, fait la démonstration de ces emplois verts, avec la mise en place des transports publics, des énergies renouvelables, des programmes de rénovation des bâtiments et de plus en plus d'une agriculture moderne et plus durable basée sur la production organique. Le rapport montre ce qu'il est possible de faire, pas ce qui sera nécessairement fait. Tout dépend de la volonté politique. Nous attendons le sommet de Copenhague en 2009 pour que la dynamique créée par ce rapport soit suivie.
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Emplois verts: pour un travail décent dans un monde durable, à faibles émissions de carbone [En]
** Exemple extrait du magazine de l'OIT
Travail, août 2007.