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Christina Kirchner et Hugo Chavez, respectivement présidente argentine et président vénézuelien. © DR |
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EconomieArgentine : du FMI à Chavez [Fr]
Pierre Bratschi
Info Sud (Suisse)
Le 09-10-2008 (Publié sur internet le 23-10-2008)
Le gouvernement argentin n’ayant plus accès au marché international des crédits, il se voit contraint d’emprunter de l’argent au Venezuela à des taux exorbitants de 15%. Hugo Chavez est cher mais possède un énorme avantage sur le FMI : il ne pose pas de question et n’impose aucun programme économique.
Christina Kirchner aurait-elle l’intention de redessiner les livres de géographie et d’économie ? Il semble en effet que pour la présidente de l’Argentine Washington se trouve désormais à Caracas, et qu’un président latino-américain ait pris la place de Dominique Strauss Kahn, le directeur du FMI.
Las des injonctions du FMI et de ses programmes d’austérité, le gouvernement de Nestor Kirchner décide en 2005 de solder la dette avec l’organisme multilatéral et de payer cash les 9 milliards et demi de dollars qu’il lui devait. Le geste est relayé par toute la presse mondiale, l’Argentine en plein redressement économique espère donner un signe fort aux investisseurs.
Mais si l’Argentine a soldé sa dette vis-à-vis du FMI, elle est toujours en cessation partielle de paiement en ce qui concerne sa dette privée. Elle ne peut donc pas émettre d’emprunts sur le marché international au risque de voir son argent saisi par les créanciers. Ces créanciers, souvent de petits porteurs italiens et suisses, ont en effet refusé l’
offre du président Nestor Kirchner de solder la dette au deux tiers de sa valeur. Les investisseurs ne reviennent pas aussi facilement et le président de l’époque décide de faire appel à son allié Hugo Chavez.
Hugo Chavez est cher, très cher, mais ne pose pas de question
Et tout devient plus simple, il suffit de passer un coup de fil à Caracas pour que la somme soit immédiatement avancée par Hugo Chavez. Le président du Venezuela prête volontiers, mais il est cher, très cher : les derniers prêts octroyés à l’Argentine l’ont été au taux mirobolant de 15%. Malgré ce prix frisant l’usure, Hugo Chavez reste incontournable, il ne pose aucune question, n’impose aucun programme économique, et n’exige aucun terme de remboursement. En achetant des bons du trésor il agit comme n’importe quel investisseur intéressé par un bon rendement. Les gouvernements de Nestor et Christina Kirchner sont alors totalement libres d’appliquer la politique budgétaire mise en place depuis 2002 : contrôle des prix, contrôle du taux de change, et subvention aux industries et services de première nécessité – une politique inadmissible pour les dirigeants du FMI.
Le président vénézuélien s’empresse de revendre les bons argentins
La recette est tellement confortable qu’en trois ans le gouvernement argentin a emprunté 9,3 milliards de dollars au Venezuela, soit environ la somme qu’il a remboursée au FMI. Mais Hugo Chavez n’est pas un philanthrope : en plus des intérêts exorbitants qu’il réclame, il effectue une opération financière des plus juteuses. Le président vénézuélien ne garde pas ses bons en dollars dans ses coffres, mais il s’empresse de les vendre à des banques au cours officiel (1 dollar = 2,2 bolivars). Ces banques, en général proches du pouvoir, revendent les bons au marché parallèle (1 dollar = 4,5 bolivars), engrangeant ainsi de juteux bénéfices. Lors de la dernière émission, fin août, les bons argentins ont été vendus en moins de deux heures, faisant évidemment chuter leur cours de manière spectaculaire.
La situation financière du pays devenant de plus en plus instable, le gouvernement argentin a essayé une nouvelle fois de rassurer et d’attirer les investisseurs en payant intégralement la dette de six milliards et demi que le pays avait envers le Club de Paris. Si cette annonce a pu redonné le sourire au Club, personne n’est dupe et la bourse de Buenos Aires a poursuivi sa plongée (moins 25% cette année).
Le paiement de cette dette ne changera en rien l’accès aux marchés internationaux du crédit, et fragilise un peu plus la solidité monétaire du pays. Les économistes parlent déjà de cessation de paiement pour 2009, tant le service de la dette, le déficit public et la politique économique expansive semblent impossible à payer. Et si le prix du pétrole continue sa dégringolade, Caracas pourrait bien ne plus répondre au téléphone.