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Plus développé dans les pays anglo-saxons, le concept est arrivé en France il y a une dizaine d'années. Environ 4.000 wwoofeurs auraient déjà foulé le sol français, qu'ils soient étrangers ou habitants du pays.
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Société
Le wwoofing, des vacances bio contre de l'huile de coude [Fr]

Amélia Blanchot
Rue89 (France)

Le 24-09-2008 (Publié sur internet le 13-10-2008)


Le concept : un coup de main à un agriculteur bio contre le gîte et le couvert. Gros plan sur une nouvelle façon de voyager.

C’est une petite ferme isolée, perdue parmi de grandes étendues vertes, à une trentaine de kilomètres de Nancy (Meurthe-et-Moselle). A la tête de cette exploitation de deux hectares, un couple d’agriculteurs bio, qui a préféré garder l’anonymat.

Depuis sept ans, ils sont membres du réseau international Wwoof (Worldwide opportunities on organic farms ou Willing workers on organic farms, en français aides bénévoles dans des fermes biologiques, ndlr), qui leur permet d'accueillir des voyageurs venant de tous les horizons. Contre quelques heures de travail (entre quatre et six par jour), les Wwoofeurs sont nourris et logés. Le but : un échange culturel qui permet de partager des connaissances sur l'agriculture saine, tout en voyageant autrement.

De l'entraide et non une besogne

Véronique, 30 ans, brune pétillante aux yeux bleus, vient d'arriver dans la ferme lorraine. Originaire des Pays de la Loire, cette traductrice en langue des signes s'est offert une année sabbatique :

J'en ai eu ras-le-bol, j'ai eu envie de me rapprocher de mes idées écolos.

La jeune femme s'est d'abord arrêtée à Pierry (Marne), où elle a wwoofé pour la première fois. C'était génial. J'ai rencontré des gens très intéressants et appris beaucoup de choses sur le travail à la ferme, s'enthousiasme t-elle.

Puis Véronique a enfourché son vélo pour venir jusqu'ici en Loraine, où elle doit rester quinze jours. Comme tout wwoofeur, libre à elle de partir quand elle le désire. Lors de sa première matinée, l'agricultrice en herbe prend ses repères, visite les lieux. Rapidement, elle devra prendre part aux tâches quotidiennes : nourrir les bêtes, réparer les clôtures, aller dans les champs, etc. C'est peut-être un premier pas vers une reconversion professionnelle :

J'attends de voir comment ça se passe, mais pourquoi pas se lancer dans le maraîchage.

Mais attention, il s'agit d'une entraide, et non d'une besogne. Interdiction de forcer ces touristes atypiques à pratiquer telle ou telle activité. Le wwoofeur est invité à discuter avec son hôte des conditions de séjour, en fonction de ses compétences et de ses capacités physiques.

Mouvement populaire dans quarante pays en réseau

Depuis 2001, l'hôte de Véronique a vu défiler des dizaines de wwoofeurs. Elle peut raconter des anecdotes sur chacun d'entre eux. Dans le lot, beaucoup de coups de cœur et quelques déceptions. Il a même fallu en mettre à la porte. Comme ce bellâtre californien d'une cinquantaine d'années qui passait son temps à draguer les filles, sortir faire la fête et boire de l'alcool, se souvient l'agricultrice. Aujourd'hui, elle prend garde à sélectionner ses invités, en fonction du premier contact, par mail ou par téléphone.

L'exploitation de Sylvie fait partie des 350 fermes biologiques membres de l'association de loi 1901 Wwoof France. Chaque pays adhérent a sa propre association, chargée de mettre en lien hôtes et woofeurs, moyennant une cotisation annuelle (de 15 à 25€ pour une personne, suivant les formules). Au total, une quarantaine de pays font partie du réseau.

Ce mouvement populaire ne cesse de se développer. Né dans les années 70 en Angleterre, il doit son origine à Suzanne Coppard, une citadine en quête de campagne. Plus développé dans les pays anglo-saxons (l'Australie compte 10.000 hôtes et 20.000 wwoofeurs selon les données de Wwoof France), le concept est arrivé en France il y a une dizaine d'années. Environ 4.000 wwoofeurs auraient déjà foulé le sol français, qu'ils soient étrangers ou habitants du pays.

Risque d'exploitation

La plupart des personnes qui ont tenté l'expérience n'ont qu'une seule envie : repartir. Sauf lorsque le supposé coup de main se transforme en exploitation, quand certains hôtes profitent d'une main d'œuvre quasi-gratuite. Max, 25 ans, en a fait les frais. Il est parti en Nouvelle-Zélande avec un ami, pour travailler et voir du pays. Sur place, les deux jeunes hommes entendent parler du wwoofing, et débarquent dans une ferme :

Au début on travaillait dix à douze heures par jour. On ne comptait pas nos heures, l'environnement était superbe, le travail avec les bêtes assez agréable. Puis on s'est rendus compte que l'on avait pas le retour attendu, les propriétaires n'étaient même pas sur place, ils ne nous ont rien transmis. Nous devions monter à cheval, au lieu de ça, nous avons construit un abri. Puis on a pris nos aises, et on ne travaillait que quatre heures par jour. Ensuite, on a fini par partir.

Pour Max, le wwoofing, c'est fini, même s'il avoue qu'en théorie le principe est génial.

Pas de statut légal en France

Les associations wwoof n'ont ni le temps ni les moyens d'aller contrôler chaque ferme, d'où certains débordements. Ils incitent les wwoofeurs à leur faire part des éventuels problèmes, afin de prendre les mesures nécessaires.

Le wwoofing se retrouve confronté à un autre problème. Il n'a pas de statut légal en France. Ce n'est pas considéré comme du bénévolat ni comme du volontariat associatif puisqu'il y a une rémunération en nature. Quant à l'entraide, elle n'est pas reconnue dans le secteur agricole, excepté entre agriculteurs.

Le wwoofing peut-il être considéré comme du travail illégal ? La MSA (Mutualité sociale agricole) annonce que s'il (le wwoofeur, ndlr) effectue une prestation de travail sous la subordination juridique de l'employeur et moyennant une rémunération (y compris sous formes d'avantages en nature), la personne doit être considérée comme salariée et donc être déclarée à la MSA en tant que telle.

En attendant une éventuelle proposition de loi, Wwoof France va être obligé de ruser et de reformuler le contenu du site. Nous n'avons pas d'autres choix, soupire un des responsables de l'association. Cela passe, par exemple, par enlever le type de logement ou de nourriture, habituellement précisé dans le descriptif des hôtes. Le tout est de ne pas expliquer clairement que c'est un échange de services.

Dans d'autres pays, il n'y a pas de loi à proprement parler, mais c'est largement toléré. Comme en Australie, où l'on peut renouveler son working holiday visa avec comme motif le wwoofing.

Une nouvelle forme de tourisme ?

Tout comme le couch surfing, le wwoofing est un moyen de voyager à moindre coût et de faciliter les rencontres. Ce tourisme alternatif va-t-il encore se développer ? Jean Viard, directeur de recherches à Sciences-Po Paris, a notamment travaillé sur la campagne et le tourisme :

C’est une forme de tourisme qui se développe certainement, mais qui reste à la marge. (…) Cela existait déjà en 68, avec la vie en communauté. Simplement, c’est plus structuré aujourd’hui. (…) Cela nous montre une innovation du relationnel, les gens sont en quête de rapport à la nature, de rencontres authentiques avec les gens.
Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e.
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