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Le 9 septembre dernier, la Banque mondiale s'est retirée du projet d'oléoduc construit entre le Tchad et le Cameroun, qu'elle avait financé à hauteur de 500 millions de dollars en 2001. © DR |
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EconomieLe Tchad ne fera pas mentir ''la malédiction du pétrole'' [Fr]
Simon Petite
Le Courrier (Suisse)
Le 23-09-2008 (Publié sur internet le 04-11-2008)
La Banque mondiale voulait faire du Tchad un modèle en matière d'utilisation des fonds pétroliers. Aujourd'hui, elle préfère jeter l'éponge.
La nouvelle est presque passée inaperçue. Le 9 septembre dernier, la Banque mondiale s'est retirée du projet d'oléoduc construit entre le Tchad et le Cameroun, qu'elle avait financé à hauteur de 500 millions de dollars en 2001. Dans son communiqué, la Banque mondiale explique son revirement en accusant le Tchad de ne pas avoir respecté ses engagements de lutte contre la pauvreté. Le pays africain, l'un des plus pauvres du monde, a vendu son premier baril de brut en 2004. En 2008, il devrait toucher 1,4 milliards de dollars grâce à l'or noir. Les champs pétrolifères de Doba au Sud du Tchad sont exploités par un consortium comprenant les compagnies étasuniennes ExxonMobile et Chevron ainsi que Petronas (Malaisie).
Le prêt de 500 millions était l'un des plus gros investissements de la Banque mondiale sur le continent africain. A peine dévoilé, le projet d'oléoduc – 1070 kilomètres jusqu'au port camerounais de Kribi – avait suscité la controverse en raison des destructions de forêts et des déplacements de population qu'il impliquait.
Pour désamorcer les critiques, la Banque mondiale avait conclu un accord avec le gouvernement d'Idriss Déby l'obligeant à affecter l'argent du pétrole à des secteurs prioritaires comme l'éducation, la santé ou les infrastructures. La société civile tchadienne se voyait confier la mission de surveiller l'utilisation des fonds. Une partie des revenus était même bloquée à la Citibank
pour les générations futures en prévision du tarissement de l'or noir.
L'armée plutôt que l'école
Cet arrangement novateur a été salué jusqu'en Suisse. L'ONG Swissaid s'est engagée pour soutenir le travail des activistes tchadiens. Pour une fois en Afrique, le pétrole allait être synonyme de développement et non de pillage et de corruption. Mais c'était sans compter les raids répétés des rebelles tchadiens dirigés contre la capitale N'Djamena. En décembre 2005, le régime autoritaire du président Déby change précipitamment la loi fixant la répartition des revenus pétroliers et dissout le fonds
pour les générations futures afin d'acheter des armes, tout de suite...
La Banque mondiale savait exactement à quoi s'attendre mais elle a réagi trop tard, juge a posteriori l'activiste tchadien Soumaine Adoum, qui a participé à la supervision des pétrodollars quand la société civile avait encore son mot à dire.
Mis devant le fait accompli, l'ancien président de la Banque mondiale Paul Wolfowitz avait d'abord annoncé des mesures de rétorsion avant d'accepter de renégocier le
modèle tchadien. Mais même révisé à la baisse avec 70% des pétrodollars affectés à des buts sociaux, le nouvel accord de 2006 a été bafoué par le régime tchadien, regrette aujourd'hui la Banque mondiale. Laquelle
est arrivée à la conclusion qu'elle ne pourrait plus continuer à soutenir le projet d'oléoduc.
Plus de comptes à rendre
Le Tchad n'a plus de comptes à rendre, puisqu'il vient de rembourser la dernière tranche du prêt pour l'oléoduc.
Dans toute cette histoire, j'ai la très nette impression que la Banque mondiale a privilégié les investissements des compagnies pétrolières par rapport à la lutte contre la pauvreté. Quand, en 2006, le Tchad a menacé de stopper ses exportations pour protester contre les mesures de rétorsion de la Banque mondiale, un arrangement a rapidement été trouvé, commente M. Adoum.
Dans les milieux de l'aide au développement, à l'instar d'Oxfam, certains estiment que le retrait de la Banque mondial justifie leurs craintes initiales à l'égard de l'oléoduc. A l'avenir, l'institution bancaire devrait réfléchir à deux fois avant de se lancer dans ce type de méga projet.
De son côté, Swissaid avait
espéré que l'exemple du Tchad permettrait d'échapper à la malédiction du pétrole. Mais
il faut désormais se rendre à l'évidence: l'argent du pétrole ne servira pas à améliorer les conditions de vie de la population tchadienne, écrit l'ONG dans un communiqué.