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L'augmentation de l'intensité des cyclones tropicaux mise en évidence [Fr]
CatNat (France)
Le 22-09-2008 (Publié sur internet le 13-10-2008)
639 mots
Trois scientifiques, James Elsner et Thomas Jagger (Florida State University) et James Kossin (University of Wisconsin) viennent de publier dans la revue Nature les résultats d'une minutieuse analyse des cyclones tropicaux depuis 25 ans (basée sur les observations de satellites) mais focalisée sur les plus puissants d'entre eux.
Selon les chercheurs, si aucune tendance à la hausse n'a été mise en évidence jusque-là, c'est parce les climatologues s'intéressaient uniquement à la vitesse moyenne des vents de tous les cyclones. L'étude conclue à une augmentation des vents en surface et à une influence significative de l'augmentation des températures de l'atmosphère et des océans.
L'idée n'est pas nouvelle. En 2005, Kerry Emanuel, du MIT (Massachusetts Institute of Technology), avait suggéré que le réchauffement climatique mondial devrait augmenter la puissance des cyclones tropicaux (appelés ouragans aux Etats-Unis et typhons en Asie). Sur le plan théorique, cette hypothèse est fondée puisque les cyclones se forment par élévation d'une colonne d'air réchauffée au-dessus de l'océan lorsque ses eaux ont une température suffisamment supérieure à celle de l'air ambiant.
Mais les observations manquent pour passer de l'hypothèse à l'affirmation. La puissance d'un cyclone n'est pas régie uniquement par les températures de l'air et de l'eau mais aussi par d'autres facteurs (vents, courants...), qui viennent réduire le développement de la colonne d'air chaud. Au rythme moyen d'environ 90 cyclones tropicaux par an sur la planète, il n'est pas facile de dégager une tendance globale des variations individuelles. Comme pour toutes les questions concernant le réchauffement global, le problème est de distinguer les évolutions à différentes échelles, et donc d'éviter de mélanger les aléas de la météo et les évolutions profondes du climat.
Les modèles théoriques utilisés pour prédire la puissance d'un cyclone font intervenir une valeur maximale, appelée IMP (intensité maximale potentielle). Elle exprime la puissance qu'atteindrait un cyclone si toutes les autres conditions environnementales étaient sans effet. Selon les modèles en vigueur, la plupart des cyclones n'atteignent pas la moitié de l'IMP. Mais en moyenne les plus puissants des cyclones sont les plus proches de leur IMP. Il ajoute que si ce modèle est correct, on devrait observer une tendance à l'augmentation de puissance des cyclones flirtant avec l'IMP.
C'est effectivement ce qui apparaît dans leur étude. Les cyclones les plus puissants semblent avoir gagné en intensité, surtout en Atlantique nord et dans l'océan Indien. Selon les résultats publiés, la vitesse moyenne des vents aurait crû de 225 km/h en 1981 à 251 km/h en 2006, soit environ 11%, tandis que la température des eaux de surface océanique au niveau de la formation de ces cyclones aurait augmenté de 28,2 à 28,5°C.
En regardant uniquement les plus forts des cyclones tropicaux, pour lesquels le lien entre les tempêtes et le climat est le plus prononcé, nous pouvons observer la tendance à l'augmentation que nous indiquent à la fois la théorie et les modèles.
Les trois chercheurs ont analysé des données sur les cyclones tropicaux, qui sont appelés ouragans en Amérique et typhons en Asie, sur une période de 25 ans allant de 1981 à 2006. La seule région qui fait exception à la règle, y compris pour les cyclones les plus forts, est le Pacifique Sud, plus chaud que les autres régions dès le début de la période analysée mais où l'élévation des températures a été moindre.
Les auteurs de l'étude précisent qu'ils n'ont pas pris en compte le rayonnement solaire ou l'impact de phénomènes climatiques comme El Nino dans leurs calculs et soulignent que les facteurs d'incertitude restent nombreux.