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Le Prix Nobel de la paix 2007, Rajendra Pachauri, président du Groupe intergouvernemental d'experts sur le climat, à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine), le 4 juillet 2008.
© Dominique Faget
''Il nous reste sept ans pour inverser la courbe des émissions de CO2'' [Fr]

Laurence Caramel & Stéphane Foucart
Le Monde (France)

Le 07-09-2008 (Publié sur internet le 16-09-2008)
1025 mots


Rajendra Pachauri préside depuis 2002 le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC) dont les rapports ont posé scientifiquement la réalité du changement climatique. Rencontre.

A ce titre, cet ingénieur et économiste indien de 67 ans a reçu le prix Nobel de la paix 2007, conjointement avec l'ancien vice-président américain Al Gore. Invité à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine) au Conseil informel des ministres de l'environnement et de l'énergie de l'Union européenne, il a appelé les Vingt-Sept, vendredi 4 juillet, à tenir l'engagement de réduire d'au moins 20% leurs émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2020. Citant Gandhi, il a exhorté les Européens à être en pointe dans la lutte contre le réchauffement : Si vous voulez que le monde change, a-t-il lancé aux ministres, vous devez incarner ce changement.

Le Monde : Six mois se sont écoulés depuis la conférence de Bali. Les négociations en vue d'aboutir à un accord international sur l'après-Kyoto avancent-elles ?

Rajendra Pachauri :
Il ne s'est pas passé grand-chose et c'est inquiétant. Il reste peu de temps avant le sommet de Copenhague en décembre 2009 même si, dans ce genre de négociations, c'est toujours un peu pareil : chacun observe l'autre et attend le dernier moment. Cela conduit à s'entendre dans le meilleur des cas sur des compromis alors que, cette fois-ci, nous avons besoin d'un accord solide et ambitieux. Pour contenir la hausse des températures en deçà de 2 °C-2,4 °C, qui est selon nos travaux la ligne à ne pas franchir pour ne pas se mettre gravement en danger, il ne nous reste que sept ans pour inverser la courbe mondiale des émissions de gaz à effet de serre. C'est très peu.

Le Monde : Quel rôle peut jouer l'Europe ?

Rajendra Pachauri :
L'Europe a un rôle essentiel à jouer, elle doit continuer à montrer le chemin comme elle a commencé de le faire. Si elle ne prend pas la décision d'être la première grande région à réduire volontairement ses rejets de dioxyde de carbone, il est vain d'espérer un accord international. Jamais les Etats-Unis ou la Chine ne monteront dans le train.

Le Monde : Peut-on voir dans la crise alimentaire qui frappe les pays pauvres une manifestation du dérèglement climatique ?

Rajendra Pachauri :
La crise actuelle a de multiples causes, en particulier l'augmentation de la population, le changement d'habitudes alimentaires dans certains pays - comme l'augmentation de la consommation de viande - ou encore le fait que les stocks de certaines denrées n'ont pas été entretenus. Mais il est sûr que si les températures continuent d'augmenter, les pénuries alimentaires s'aggraveront. Nous avons calculé que les rendements agricoles pourraient chuter de moitié dans certains pays d'Afrique d'ici à 2020.

Le Monde : Que pensez-vous des doutes exprimés par certains sur la réalité du changement climatique ?

Rajendra Pachauri :
Ils sont marginaux et reflètent le plus souvent des intérêts particuliers qui redoutent d'être pénalisés par la transition à une économie décarbonée. Mais, objectivement, il n'y a plus de place pour le doute. La science a apporté tellement de preuves. Nous n'avons plus besoin d'aucune démonstration pour savoir sur une base scientifique que le réchauffement climatique est en cours et que l'essentiel de ce réchauffement est le fait des activités humaines. Mais il restera toujours des gens pour le contester. Il existe encore une Société de la Terre plate, dont les membres continuent et continueront encore pendant des siècles de nier la rotondité de la Terre...

Le Monde : Les objectifs généralement affichés sont de conserver le niveau de dioxyde de carbone (CO2) en deçà de 450 à 550 parties par million (ppm). Mais de récents travaux indiquent qu'il faudrait demeurer en deçà de 350 ppm, un niveau qui est déjà dépassé...

Rajendra Pachauri :
Le GIEC ne donne pas de conseils, il se contente de donner une évaluation des différents scénarios. Ensuite, c'est à la communauté internationale de décider. La considération principale est que nous devons stabiliser le niveau de gaz à effet de serre à un niveau qui soit en deçà du niveau d'interférence humaine dangereuse avec le climat. Comment définir ce qui est dangereux ? Et plus important : dangereux pour qui ? Pour certains petits Etats insulaires, le niveau actuel est sans doute déjà dangereux. J'étais récemment en Nouvelle-Zélande où j'ai rencontré le président des îles Kiribati (Anote Tong), dont le pays sera submergé avant la fin du siècle. Il est bien conscient du fait que, pour les habitants de son pays, qui devront partir, le niveau de danger est déjà dépassé. La communauté internationale ne peut pas décider de ce qui est dangereux sur la foi d'une moyenne : il n'y a pas de moyenne dans le danger représenté par le changement climatique.

Le Monde : Avec un rapport tous les quatre à cinq ans, le GIEC est parfois critiqué pour sa lenteur. Pourquoi ne rend-il pas ses travaux tous les ans ou tous les deux ans, pour être le plus à jour possible ?

Rajendra Pachauri :
Produire un rapport tous les ans ou tous les deux ans serait impossible. Le GIEC n'emploie aucun chercheur : les auteurs du rapport ne lui consacrent au maximum que 20% à 25% de leur temps de travail. Mais c'est la seule manière de s'assurer la collaboration des meilleurs scientifiques. Les données de l'an passé suggèrent peut-être que l'Arctique fond plus vite que ne l'a dit le GIEC dans son dernier rapport. Mais il est possible que les mesures de l'an prochain nous disent autre chose... Nous devons prendre le temps nécessaire pour tenir compte de suffisamment de données : c'est aussi ce qui fait notre crédibilité scientifique.
Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e.
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Les commentaires...
Francois
25-09-2008
20:09:16
Il n'est plus temps de compter sur les autres, a fortiori sur nos gouvernants cela devrait être acquis par tout nourrisson de 2 jours au plus... Donc reste l'action individuelle et de la, collective (on a chacun la responsabilité de faire de la pédagogie et de la propagation d'infos, de moyens, de volontés...), mais d'initiative privée : la DECROISSANCE, savoir, reduire notre consommation, a tous les niveaux (énergetique, alimentaire -moins mais mieux- le recyclage au lieu du gaspi...etc...).

De plus, on se rend compte que cela amène à être moins dépendant de l'économie et donc faire des économies et ne plus subir autant les fluctuations du pouvoir d'achat, par exemple : faire soi-même sa nourriture, au plus, au lieu d'acheter préparé, réduire sa consommation d'eau (toilettes sèches = 50 l par jour et par personnes....), arrêter les yaourts (plastiques), lorsqu'on a du fromage (au lait cru !) qui est bien meilleur pour l'adulte, l'eau en bouteille,etc....
Giloo
17-09-2008
16:26:12
Il reste encore un homme dans le monde, prétendument scientifique (mais certainement pas climatologue) qui remet en question l'impact humain sur le réchauffement, et même le réchauffement lui-même : et c'est Claude Allègre... Comment s'en débarrasser ? A lire : une super critique de son bouquin sur le site de JM.Jancovici (Manicore)...


Jeandb
17-09-2008
16:18:48
Inverser la tendance la courbe des émissions de co2? Vous voulez dire arrêter d'augmenter mais de réduire?

Si ou donne des primes pour que nos voitures crachent moins de co2 afin d'en vendre plus, je crains que cela ne soit pas suffisant et qu'en attendant cela va relancer l'industrie de l'automobile.

Si le co2 augmente dans l'atmosphère c'est bien sûr parce que l'activité humaine émet du CO2,mais aussi parce que la machine à le recycler est détraquée. Les stocks avant recyclage s'accumulent...

On veut passer sous silence le fait que certaines activités lucratives ne font pas que de détruire la planète (les singes, les abeilles, les requins, etc, etc) mais qu'en plus elles sont les vraies raisons du dérèglements climatiques qu'on cherche à mettre sur le compte du CO2 parce que cela fait rebondir les marchés de l'énergie, de l'eau,des bagnoles etc.

Les déserts et les zones arides de la planète augmentent. La végétation diminue et recycle de moins en moins de co2 qui d'autre part augmente.

Les sols secs chauffent au soleil au lieu de faire pousser de la verdure. Cette chaleur s'ajoute à l'effet de serre.

A force de nous faire croire que le co2 est responsable, tout le monde le croit et les décisions qui engagent l'avenir se mettent en place en oubliant de remettre en cause les hypothèses donc en laissant s'aggraver le problème climatique, énergétique et eau.

Pour inverser la courbe du CO2, il faut revoir la notion de gestion de l'eau.

Non pas gérer les besoins en eau en envoyant des factures à ceux qui sont ''branchés'' et en éliminant les pauvres par la maladie ou faisant payer les capteurs solaire et autres éoliennes par des NGO qui touchent leur argent par les sociétés qui vendent ces techniques et qui sont organiser pour récolter ces fonds à Lausanne...

Gérer l'eau correctement cela consiste à gérer les ressources en eau en rémunérant des exclus des sociétés qui licencient grâce au progrès technique pour faire un travail de réparation des gestions à cours terme du passé mais en construisant une société à développement durable grâce à l'eau, la terre et le soleil.
Chichou
17-09-2008
09:55:19
En 1972, Aurelio Peccei et Alexander King ont conduit au rapport Meadows qui mettait en garde les dirigeants contre la poursuite d'une croissance nuisible a l'homme et a l'environnement. Les travaux des scientifiques ont été ignorés.

En 1987, Me Brundland édite ''Our common futur'' fruit du travail d'un millier de scientifiques, professeurs, économistes.... qui conduit aujourd'hui au concept de développement durable (20 ans après) et qui conseille vivement de repenser sans délai toutes les institutions financières, les modes d'économie et de croissance qui nous conduisent irrémédiablement vers le chaos (L. Brown, J. Diamond...)

Le Giec (institution mise en place sur préconisation du G7 en 1987) indique qu'il reste 7 ans pour inverser la tendance, alors que le G8 préconise de façon irresponsable et totalement irréaliste ce retournement a échéance 2050, méprisant de ce fait la structure qu'il a lui même installée il y a 20 ans.

Si il n'y a pas de foyers émergeants dans le monde entier pour secouer la réflexion des ''nouveaux seigneurs féodaux'' (ainsi que les nomme Jean Ziegler) il va falloir, à très court terme, se préparer à écrire l'oraison funèbre de l'humanité pour préparer la prochaine extinction de masse.
Flomazzo
17-09-2008
09:01:31
Oui, le changement climatique est une réalité qui dérange et il est très difficile de faire en sorte que les Etats prennent les décisions adéquates et les mettent en application. De plus, avec la mode du REDD, cela n'insite pas trop les Etats pollueurs à changer leurs habitudes ou [à] réellement investir dans les énergies nouvelles renouvelables.... Les mentalités, à travers le monde, commencent à changer mais, ce qui nous manque, c'est le temps...
Melleh
16-09-2008
22:38:23
▼ 2°c
▲ 2°c
Bonjour, si je comprend bien, nous sommes très proches des 2°c qui pourrait modifier la face du monde et provoquer l'irréparable. Je suis (comme beaucoup d'individus) inquiète de voir que les gouvernements ne prennent aucunes véritables mesures d'urgence. Faut il parler de crime contre l'humanité de demain! Comment agir pour éviter le pire? Doit on aller vers une décroissance constructive. Tout est à réinventer. Mais le temps nous est compté...
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