Untitled Document
© DR
Yémen : les droits des femmes entre les mains des hommes [Fr]

Isolda Agazzi
Info Sud (Suisse)

Le 05-09-2008 (Publié sur internet le 09-09-2008)
851 mots


Dans les prisons yéménites, la plupart des détenues sont condamnées pour adultère, prostitution ou ''atteinte à la morale publique''. Un Comité de l’ONU tire la sonnette d’alarme.

Le Centre d’accueil des ex-détenues et victimes de violence, à Aden, au Yémen, est le premier refuge de ce genre au Moyen-Orient. Mon père m’a chassée de la maison et obligée à mendier raconte au Yemen Times Salwa, 16 ans, l’une des neuf jeunes pensionnaires. Obligée de se prostituer pour survivre, elle est arrêtée par la police et envoyée à la prison d’Aden.

Au Yémen, la plupart des femmes qui sont en prison ont été condamnées pour prostitution, adultère, alcoolisme, ou comportement illégal ou indécent, en privé ou en public dénonce le Comité sur l’élimination de la discrimination envers les femmes. Cet organe des Nations Unies, composé de 23 experts indépendants, est chargé de surveiller la mise en œuvre de la Convention éponyme. En juillet dernier, il examinait le rapport périodique du Yémen. Et les observations finales qu’il vient de publier ne sont pas très encourageantes : Bien que le Yémen ait ratifié la Convention sur l’élimination de la discrimination envers les femmes il y a plus de 24 ans, et sans réserves, il n’a pas incorporé la plupart de ses dispositions dans la législation nationale. Sur certains points, la discrimination envers les femmes s’est même aggravée.

Mariages précoces et polygamie

La principale raison ? Le principe de l’égalité homme - femme n’est inscrit ni dans la Constitution, ni dans la loi. Si bien que la différence de droits est criante à tous les niveaux : mariage, divorce, témoignage, propriété, nationalité, garde des enfants, héritage. Et la loi ne pénalise pas la violence envers les femmes, à fortiori si elle est perpétrée dans le secret des murs domestiques.

La faute au Code pénal et à la Loi sur le statut personnel, dont l’une des dispositions les plus discriminatoires est un amendement de 1999 qui autorise le mariage d’enfants âgés de moins de 15 ans. Le Comité se déclare extrêmement préoccupé par la légalité de ces mariages précoces, qui constituent une violence envers les filles. L’Etat devrait amender la loi et mener des campagnes de sensibilisation sur les conséquences néfastes de ces unions, avec l’appui de la société civile et des autorités religieuses.

Plus facile à dire qu’à faire : selon différents observateurs, Nojoud Muhammed Nasser, la fille de huit ans qui a défrayé la chronique pour avoir osé demander - et obtenir - le divorce, doit faire face aujourd’hui au mépris de sa communauté.

Mais le Comité va encore plus loin. Brisant un tabou, il dénonce la polygamie, qui est contraire à l’égalité des sexes et peut avoir de si graves conséquences affectives et financières pour la femme et les personnes à sa charge qu’il faudrait décourager et même interdire cette forme de mariage.

Ostracisées à la sortie de prison

Pour les femmes, la sortie de prison est encore plus difficile que la détention elle-même, si bien qu’elles choisissent parfois d’y rester plus longtemps que nécessaire. Car leur tuteur ou leur famille refusent souvent de les réadmettre à la maison. L’honneur est sali.

C’est ce qui est arrivé à Salwa. Après avoir purgé sa peine à la prison d’Aden, elle est retournée chez son père, qui a refusé de la reprendre. Mais, contrairement à tant d’autres, elle a eu la chance de trouver refuge au Centre d’accueil, où elle reçoit des soins sociaux et psychologiques, prodigués grâce au soutien de la coopération allemande.

Les filles qui fuient la violence domestique, les abus ou les mariages précoces ne trouvent ni une institution pour les aider et les conseiller, ni un travail qui leur permette de gagner leur vie légalement. A leur sortie de prison, ostracisées par leur communauté, certaines viennent ici explique au Yemen Times Hafra’a Hariri, directrice du Centre d’accueil.

Une goutte d’eau dans la mer, cependant. Malgré la bonne volonté des associations, difficile de changer les lois et les mentalités dans un pays où les femmes ne représentent que 0,3% des parlementaires, 1,82% des ministres et 1,65% des magistrats.

Le Comité demande au Yémen d’établir des quotas lors des prochaines élections parlementaires. Mais aussi de lancer des programmes de sensibilisation et d’encourager les autorités religieuses à promouvoir une image positive de la femme. Car ce n’est pas qu’une question de droit. Les pratiques culturelles négatives et les stéréotypes pèsent comme un boulet sur l’émancipation des femmes yéménites.
Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e.
Elles ne reflètent pas nécessairement les vues de Planète Urgence.
Vous aussi, réagissez à cet article!*
Pseudo
E-mail (1)
Titre (2)
Texte (3)
Suite à la multiplication des commentaires automatiquement envoyés par des robots, nous vous remercions de bien vouloir retaper le nombre ci-dessous avant de confirmer l'envoi de votre réaction à l'article.
* Les modérateurs de Planète Urgence se reservent le droit, a priori et a posteriori, de publier ou de rejeter tout ou partie de votre réaction.
1. Votre adresse e-mail ne sera pas diffusée
2. 150 caractères maximum
3. 2.000 caractères maximum
Aussi, dans la rubrique "Genre"...
La récession mondiale frappe d'abord les femmes [Fr]
Le Monde (France) - 22-10-2009
Mali : Le nouveau code de la famille accueilli par des menaces de violence [Fr] [En]
IRIN - Bureau pour la Coordination des Affaires Humanitaires (ONU) - 11-08-2009
La religion et la pauvreté forcent les filles dans des mariages précoces [Fr] [En]
IPS - Inter Press Service (Afrique du Sud) - 20-04-2009
L’UNESCO célèbre la Journée internationale de la femme – Avancer sur le chemin de l’égalité des sexes [Fr]
UNESCO - Organisation des Nations Unies pour l'Education, la Science et la Culture (ONU) - 04-03-2009
L’Afrique conjugue la banque au féminin [Fr] [En]
Africa Renewal (ONU) - 15-01-2009
Les commentaires...
Pauvre sociologue arabe
11-09-2008
09:01:06
J'ai travaillé en tant que sociologue pour l'élaboration d'un plan d'action femmes et pauvreté au Yémen en 1999! Les facteurs systémiques de la pauvreté ont été analysés par les yéménites eux mêmes: droit des enfants, mariages précoces: donc analphabétisme des femmes; santé, nombre d'enfants moyen de 9 par femmes, tribalisme et système récurent de l'esclavagisme, dans oublier la culture du qat, et sa consommation par plus de 80% de la population, enfants et femmes compris (75% des ressources en eau va à la culture du qat), Corruption généralisée et ''logique'', puisque le revenu moyen était de 280 r et que la consommation moyenne était 4 fois supérieure!!!

L'excision des filles au Sud touchant près de 40% des femmes (données UNICEF / Banque mondiale)... cela n'a pas empêché des ''projets'' bidons de lutte contre la pauvreté de reposer sur les ''mirages'' du micro crédit !!!

Je suis persuadée que le système arrange ces ''institutions'' qui ne veulent pas que l'on identifie les facteurs systémiques de cette situation incroyable encore dans le monde, appelant au secours le respect des traditions. Mais quand les traditions jettent des mères avec leurs enfants à la rue, et donc à la prostitution, ils emprisonnent les femmes victimes. Les petites filles sont ''vendues'' par les pères à des vieux...

Il faudrait que les institutions internationales arrêtent de financer des projets inutiles et coordonnent leurs financements pour que les vrais problèmes soient pris en compte par les yéménites eux mêmes: droit, dignité, enfance, qat (stratégie de l'eau)...

Il est ridicule de parler de cette honte en 2009 alors que toutes les instances savent cela...Ouvrons un forum et invitons des sociologues, juristes, femmes hommes... politiques yéménites et ils doivent eux-mêmes arrêter leurs plans d'action pour que l'humanité soit reconnue.

Merci de m'avoir permis un coup de colère.
Infos de la Planète - Abonnez-vous & invitez vos ami-e-s
Flux
AddInto
Rechercher un article
Faites un don...
Je donne :
15€
30€
50€
100€
Montant libre :
Votre don ne vous coûte réellement que après réduction fiscale
(66% à hauteur de 20% du revenu imposable)
20 eco-gestes pour les citoyens
Les différents eco labels : lequel choisir pour être sûr d’acheter vert ?
Mémoires de la Planète
Ressources
Dossiers thématiques
15 derniers articles
publicités
| Mentions légales | Recommander ce site | Ajouter à mes favoris | FAQ Missions | Nous contacter | Recrutement |
© Planète Urgence 2000-2010