Barack Obama fut l'un des tout premiers élus démocrates à soutenir le projet de loi McCain-Lieberman et s'est rallié à la loi Sanders-Boxer,dont l'objectif est de réduire de 80% les gaz à effet de serre par rapport aux niveaux de 1990 © DR |
Climat: ce qu'il faut attendre de Barack Obama ou de John McCain [Fr]
Pierre Veya
Le Temps (Suisse)
Le 29-08-2008 (Publié sur internet le 02-09-2008)
962 mots
Le nouveau président américain mettra fin à la politique de la chaise vide pratiquée par les Etats-Unis. Les deux candidats, Barack Obama et John McCain, affirment clairement leur volonté de lutter contre les émissions de gaz à effet de serre.
Au plan intérieur, ils seront toutefois prisonniers des puissants lobbies énergétiques. Et surtout, ils devront gérer la phobie des Américains envers toute forme de taxes. Aux yeux de beaucoup, ils seront jugés sur leur capacité à faire baisser les prix des carburants qui, tout autant que la crise de l'immobilier, alimentent une profonde rancœur citoyenne.
Pour l'Europe, et par osmose la Suisse, l'élection de Barack Obama ou de John McCain ne signifie pas que les discussions sur le climat seront forcément plus faciles selon qui est élu. Un président démocrate aura énormément de peine à forger un consensus bipartisan, alors qu'un président républicain proposera une loi qui, si elle est en rupture avec les années Bush, ne sera pas en mesure d'atteindre les objectifs définis comme nécessaires par les scientifiques (et l'Europe) pour stabiliser la hausse des températures.
Une bonne nouvelle quand même: les deux candidats sont crédibles, du moins quand ils affirment vouloir lutter contre le réchauffement climatique. Le sénateur John McCain est cosignataire, avec Joe Lieberman (démocrate), du premier projet de loi de l'histoire du Congrès sur le changement climatique. C'était en 2003. Même si ce projet n'a pas passé la rampe, les deux membres du Congrès ont récidivé en 2005 et 2007 (leur projet exige une baisse de 15% des émissions de gaz à effet de serre d'ici 2020 et de 65% d'ici 2050 par rapport aux niveaux de 1990). Le sénateur de l'Arizona a fait preuve d'audace en votant contre les forages pétroliers et gaziers dans l'Arctic National Wildlife Refuge, affrontant la colère des compagnies pétrolières. Comme le relève Stephen Boucher, responsable des questions énergétiques au sein du think thank Notre Europe, ses actes étaient courageux car impopulaires et contraires aux convictions de la majorité des Américains. Pour le candidat John McCain, c'est un acquis, mais qui masque aussi de réelles faiblesses. Selon la Ligue des électeurs pour la protection de la nature, le même sénateur a été absent de tous les votes de lois relatives à l'environnement. De plus, en 2005, il a voté contre une disposition qui aurait obligé les centrales électriques à produire 10% de leur électricité à partir d'énergies renouvelables d'ici 2020. Il y a peu, le même John McCain s'est déclaré favorable à de nouveaux forages aux larges des côtes américaines, proposition qui séduit les électeurs même si les experts savent qu'elle n'aura en réalité aucun impact important sur la sécurité et le prix des carburants à la pompe. Mais dans les sondages, tout montre que John McCain a marqué des points face à Barack Obama, contraint de répliquer sur le ton du
non, mais peut-être... Enfin, John McCain, qui se veut libéral et combat les subventions accordées aux biocarburants, est en faveur d'un plan de relance du secteur nucléaire à coups de... subsides massifs.
Barack Obama est jugé à juste titre plus
vert qu'Hillary Clinton, dont les positions sur l'énergie sont pourtant mieux connues. Il fut l'un des tout premiers élus démocrates à soutenir le projet de loi McCain-Lieberman et s'est rallié à la loi Sanders-Boxer,dont l'objectif est de réduire de 80% les gaz à effet de serre par rapport aux niveaux de 1990. Le candidat démocrate veut remettre l'ONU au centre des discussions sur le climat. Il se montre audacieux en matière d'énergies renouvelables et veut contraindre les compagnies électriques à produire 20% d'électricité verte d'ici à 2020. Il promet de doubler les budgets de la recherche et met sur la table une enveloppe de 150 milliards de dollars sur 10 ans pour faire avancer la prochaine génération de biocarburants. Rien d'étonnant à cet engagement: le sénateur de l'Illinois est très sensible aux intérêts des agriculteurs du Midwest. Le même candidat démocrate est proche de l'industrie du charbon et n'a admis que récemment les graves problèmes environnementaux de cette forme d'énergie. Contrairement à Hillary Clinton, il entre en matière sur l'énergie nucléaire mais lui refuse les privilèges que lui accorde John McCain.
Pour beaucoup d'observateurs, le plus important se jouera dans la capacité du président des Etats-Unis à trouver des majorités pour sortir le pays de l'impasse énergétique dans laquelle l'administration de George Bush l'a embourbé. L'harmonisation des lois avec la quinzaine d'Etats très progressifs en matière d' environnement exigera des votes par consensus qui sont autrement plus difficiles à obtenir pour un président américain qu'ils ne le sont en comparaison pour un gouvernement européen. On l'oublie souvent: même s'il l'avait demandé, George Bush n'aurait pas obtenu de feu vert pour ratifier le Protocole de Kyoto.
Si l'opinion américaine a beaucoup évolué sur les questions climatiques, si de grandes entreprises américaines ont formé le Partenariat américain d'action pour le climat, qui demande une
approche obligatoire, couvrant l'ensemble de l'économie et dictée par le marché, la crainte sur la compétitivité des Etats-Unis reste très présente dans les discours.
L'élection présidentielle passée, l'Europe pourrait bien se retrouver face à un président démocrate contraint à réduire ses ambitions, ou dans le bureau d'un président républicain à qui l'Europe demandera davantage pour tenter d'arracher un accord avec l'Inde et la Chine, en décembre 2009 à Copenhague.