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Premier producteur de pétrole d'Afrique, le Nigeria cherche cependant à diversifier ses ressources économiques. (Photo : village d'Akaraolu)
© DR
Economie
Le Nigeria veut sortir du tout pétrole

Daouda Aliyou
Le Messager (Cameroun)

Le 12-08-2008 (Publié sur internet le 26-08-2008)


Sans relâche, une vingtaine d'ouvriers chargent du charbon dans dix camions alignés sur un gisement de houille d'Enugu, un des 36 États de la fédération nigériane. Situé à environ 900 kilomètres au sud-est de Lagos, la capitale économique, ce site est mis en exploitation par Alconica, une société privée indienne.

Tout en suivant du regard les mouvements de ses hommes, Rajendra Bhargava, le directeur, lâche satisfait : On fait de bonnes affaires au Nigeria ! Oui, de très bonnes affaires ! Une fois chargés, les camions prendront la direction de Port Harcourt, au sud du pays, d'où le charbon partira ensuite pour la Chine où il servira à la production d'électricité.

La même ambiance de travail règne sur d'autres sites miniers du pays. Reprise par les opérateurs privés en 1999, l'exploitation de ces ressources s'est intensifiée depuis mai 2008, avec la promulgation de la loi sur la restructuration du secteur minier, qui bannit les mines illégales. Outre les sociétés privées locales, plusieurs multinationales étrangères (américaines, anglaises et surtout chinoises et indiennes) explorent le sous-sol nigérian riche de 34 types de ressources, dont le zinc, le bitume, le fer, l'or, selon le ministère du Développement des minerais solides et de l'acier (MDMS). Entre 1964 et 1998, aucune firme privée n'y avait accès car, en vertu du code sur les mines du Nigeria, seul le gouvernement avait le droit d'intervenir dans le secteur, rappelle l'économiste Olufemi Johnson, de l'université de Lagos. Mais les sociétés publiques agréées étaient mal gérées et la filière, envahie par des exploitants illégaux, ne représentait que 0,05% du PIB du pays !, affirme Sarafa Tunji Ishola, le ministre chargé du secteur.

Pendant la période coloniale, l'industrie minière nigériane était pourtant l'une des plus florissantes d'Afrique. Mais le code sur les mines, l'instabilité politique due à la guerre civile (1966-1970) et la série de coups d'État avaient fait fuir les investisseurs privés. En outre, après la découverte en 1956 des premiers gisements pétroliers, le Nigeria a accordé la priorité à la production de pétrole brut. L'économie nigériane est donc très vulnérable à la volatilité des cours mondiaux. Malgré des prix actuellement très élevés, le pays est en butte à la baisse de la production nationale, qui a chuté de 40% en avril 2008 du fait des violences de groupes armés dans le Delta du Niger, grande région pétrolifère. Une catastrophe pour ce pays qui tire plus de 90% de ses devises de l'or noir.

Pour réduire cette vulnérabilité, il a fallu diversifier l'économie et créer un cadre favorable aux investissements. Dès 1999, l'ex-chef d'État nigérian Olusegun Obasanjo avait promulgué The Minerals and Mining Act, une loi qui ouvre le secteur aux opérateurs privés et définit un régime fiscal bas et incitatif d'après plusieurs investisseurs. Désormais, ce n'est plus le gouvernement qui délivre les titres et les licences d'exploitation, mais le Mining Cadastre Office (MCO), une structure publique autonome, opérationnelle depuis 2006. Crédible et dynamique, elle accélère les procédures de délivrance de l'agrément d'exploration ou d'exploitation. Ces mesures incitatives sont renforcées par la promulgation de la loi sur la restructuration du secteur minier, qui exige le respect des normes environnementales par les compagnies. Interdits d'activité, les exploitants clandestins doivent se constituer en coopératives et suivre des formations pour accéder à certains gisements.

Par vagues, les demandes d'agrément affluent. Près de 900 compagnies locales et internationales opèrent actuellement dans le pays. Selon le ministère, la contribution des minerais solides au PIB est passée à 10% depuis mai 2008 grâce à la vente des licences et titres d'exploitation, puis au paiement de diverses taxes par les opérateurs privés. Les prévisions de recettes sont à la hausse, l'objectif étant de faire de la filière la poule aux œufs d'or de l'économie nationale, comme le dit Charles Soludo, gouverneur de la Banque centrale.

Tout en se réjouissant des progrès accomplis, le géologue Moses Oladeinde prévient : On ne peut pas promouvoir le secteur minier sans développer les infrastructures routières et ferroviaires par lesquelles sont acheminés les minerais. Leur état piteux risque de décourager les investisseurs si l'État fédéral ne les modernise pas.
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