EconomieAfrique subsaharienne : l’agriculture est de retour
Ariane Poissonnier
RFI - Radio France Internationale (France)
Le
07-08-2008 (Publié sur internet le
12-08-2008)
L’ouvrage collectif ''Défis agricoles africains'' revient sur les défis majeurs qui se posent au monde rural de l’Afrique subsaharienne.
Alors qu’une initiative de la Commissaire européenne à l’Agriculture place les 27 pays membres de l’Union face à leur promesse d’aider des pays les plus touchés par la crise alimentaire, et à la veille d’une réunion de l’Organisation mondiale du commerce, le 21 juillet à Genève, où sera notamment discutée la baisse des subventions agricoles des pays riches, l’ouvrage collectif ''
Défis agricoles africains'' revient sur les défis majeurs qui se posent au monde rural de l’Afrique subsaharienne.
L’agriculture est de retour !, a lancé le ministre français de l’Agriculture Michel Barnier lors de la conférence Qui va nourrir le monde ?, organisée au Parlement européen, à Bruxelles, le 3 juillet 2008. Un retour après une longue absence, selon la commissaire à l’Agriculture Mariann Fischer Boel, qui déclarait le même jour :
L’agriculture, dans l’aide au développement, a été une sous-priorité depuis plus de vingt ans. Nous devons rattraper ça.
Mme Fischer Boel devrait proposer, à la mi-juillet, de prélever près d’un milliard d’euros non utilisés de la politique agricole commune (PAC) pour aider les pays pauvres à faire face à la crise alimentaire. Ce faisant, elle met les 27 pays membres de l’Union face à leur promesse plusieurs fois réitérée d’aider les pays qui font face à une flambée des prix des denrées de première nécessité et parfois à des émeutes de la faim. Mais sa proposition risque de se heurter à la rigueur des ministres du Budget, qui devront, comme le Parlement européen, donner leur aval. Normalement en effet, ce surplus de la PAC retourne aux budgets nationaux des 27. Quel que soit son devenir, la proposition de la Commissaire a le mérite de remettre au premier plan l’impérieuse nécessité pour les pays en développement d’améliorer leur production agricole.
La population rurale continue de croître et continuera jusqu’en 2030 au moins
Dans le même registre, la parution, début juillet à Paris, de l’ouvrage ''
Défis agricoles africains'' (1) devrait
faire prendre conscience aux décideurs que la question agricole est une question de fond et non de mode pour le siècle qui vient, a affirmé Bernard Esnouf, responsable du Développement agricole et rural à l’Agence française de développement (AFD), lors d’un débat organisé le 7 juillet à l’AFD. Soulignant que si cette parution tombe à point nommé, au vu de la crise alimentaire qui a éclaté à la fin de l’année 2007, le travail qui a permis la naissance de cet ouvrage a été engagé il y a plus de deux ans.
Ce livre est un livre de témoignages, indique Jean-Michel Debrat, directeur général adjoint de l’AFD, qui a présidé le comité de pilotage de l’ouvrage. Il témoigne des expériences acquises par la communauté formée des cadres de l’AFD, de leurs partenaires des mondes associatif et de la recherche et des Africains impliqués dans le devenir de leurs agricultures. Le constat de départ est simple : la lutte contre la pauvreté ne marche pas à coup de transferts. Il faut aussi du développement rural, de l’économie urbaine, bref il faut traiter avec le monde réel, qui peut relever de l’informel pour une bonne part…
Centré sur le devenir des agricultures subsahariennes et leur rôle dans le développement du sous-continent, il montre l’importance et la complexité des enjeux démographiques, économiques et environnementaux, mais aussi sociaux, culturels et politiques, et donc la nécessité de clarifier les défis à relever pour agir en connaissance de cause.
Trois défis principaux se posent en la matière à l’Afrique subsaharienne, indique Jean-Claude Devèze, agroéconomiste, secrétaire de l’Inter-réseaux développement rural, qui a dirigé la rédaction du livre. Comment, tout d’abord, exploiter un potentiel naturel important ? L’exemple brésilien montre que sous les Tropiques, l’agriculture peut être une force. Comment, ensuite, renforcer le capital humain dans ses deux dimensions, individuelle et collective ? On ne peut que déplorer le manque de formation des paysans, alors même que la population rurale continue de croître et que la prise en compte de la logique des acteurs est essentielle. Comment, enfin, conjuguer dans une approche à la fois politique et territoriale ce potentiel valorisé et ce capital humain renforcé ?
Sur tous ces points, ''
Défis agricoles africains'' alimente le débat. La parole est ainsi donnée non seulement aux cadres de l’AFD et experts partenaires, mais aussi aux leaders agricoles du continent : N’Diogou Fall, président du Réseau des organisations paysannes et de producteurs de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA), Philippe Kiriro, vice-président de la Fédération kényane des producteurs agricoles, François Traoré, président de l’Union nationale des producteurs de coton du Burkina, et Ibrahim Assane Mayaki, ancien Premier ministre du Niger, directeur exécutif du Hub rural de Dakar. Au total, pour Jean-Michel Debrat, l’ouvrage est
une force de proposition mise sur la table de la réorganisation de l’APD qui va intervenir dans les deux à trois prochaines années. A chacun de s’en saisir en vue de ce rendez-vous.
(1) ''
Défis agricoles africains'', sous la direction de Jean-Claude Devèze, préface de Jean-Michel Debrat, AFD-Karthala 2008.