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''A part la lumière du jour'' est un livre écrit très simplement, à la première personne, qui invite le lecteur à la découverte du Mali, de sa vie sociale et culturelle.
© DR
Culture
Amadou et Mariam en pleine lumière [Fr]

Ariane Poissonnier
RFI - Radio France Internationale (France)

Le 29-07-2008 (Publié sur internet le 02-09-2008)


''A part la lumière du jour'' est la biographie d’Amadou et Mariam, le célèbre couple de musiciens maliens. Un livre écrit très simplement, à la première personne, qui invite, à travers la voix d’un petit garçon aveugle qui devient un grand guitariste, le lecteur à la rencontre du Mali.

Même si elle signée Amadou et Mariam – car c’est ainsi que le couple de musiciens maliens est désormais connu dans le monde entier –, A part la lumière du jour est surtout la biographie d’Amadou. Un livre écrit très simplement, à la première personne, qui invite le lecteur à la découverte du Mali, de sa vie sociale et culturelle. C’est à partir de cassettes enregistrées que le musicien-écrivain Idrissa Keïta a mis en forme le récit de son compatriote : il retrace le parcours d’un petit Malien, né en 1954 à Bamako, avec des yeux blanchâtres. Amadou Bagayogo naît dans une famille modeste ; son père est instructeur maçon, sa mère, ménagère plénipotentiaire, éduque la tribu des 14 enfants qu’elle a mis au monde.

La musique, ''comme une piscine dans laquelle on pouvait diluer ses malheurs''

Au début, la cataracte congénitale qui voile de blanc le cristallin de ses yeux n’empêche pas le petit garçon de voir ; il va donc à l’école : Il me fallait seulement être assis au premier rang pour bien voir le tableau noir. Mais peu à peu la vue baisse, et lorsque finalement l’enfant est examiné, on découvre qu’il souffre également d’un trachome. – Père, cela veut dire que je serai aveugle ? – Non, pas forcément, mais c’est l’une des éventualités et il faut toutes les envisager. Le Dr Bah a dit qu’il avait sauvé les yeux de beaucoup de ses patients qui avaient la cataracte, mais contre le trachome il est impuissant.

Heureusement, Amadou a déjà rencontré la musique – tam-tam, flûte, harmonica, qu’il pratique dès qu’il peut, y compris pendant les récréations – et découvert, à l’annonce du trachome, son pouvoir de réconfort : A partir de ce jour, j’ai compris que la musique était comme une piscine dans laquelle on pouvait diluer ses malheurs. Malgré une opération de la cataracte en 1967, Amadou ne recouvrera pas la vue : n’ayant pas été traitée à temps, l’infection a abîmé les deux cornées.

Quand il rencontre Mariam Doumbia, le coup de foudre est immédiat

Peu à peu cependant, l’idée de gagner un jour sa vie grâce à la musique fait son chemin. Avec l’aide de son oncle maternel, l’adolescent découvre la guitare et fait connaissance des musiciens professionnels de Bamako. C’est avec le guitariste d’origine guinéenne Kanté Manfila et le saxophoniste Tidiani Koné qu’il chante pour la première fois lors d’un concert public ; il interprète El Manisero de Laba Sosseh. Il faut bisser le morceau… Revenu dans la loge, Amadou entend l’un de ses aînés, Zani Diabaté, lui déclarer : Amadou, je pense qu’avec la musique tu pourras prendre ta revanche sur la vie. Tu sais, tu ne pouvais pas le voir, mais sache que beaucoup de gens ont pleuré tellement ils étaient émus de t’entendre…

Le jeune musicien continue son apprentissage à Bamako jusqu’en 1970, année de la mutation de son père à Koutiala, dans la région de Sikasso. Là, il intègre l’orchestre de la ville et commence à toucher une petite rémunération… Trois ans plus tard, il revient à Bamako auréolé de prix gagnés aussi bien avec le Koulistar qu’en tant que guitariste. Il rejoint l’orchestre des Ambassadeurs du Motel et entre parallèlement à l’Institut des Jeunes aveugles (IJA), tout juste créé. C’est là qu’il rencontre Mariam Doumbia. Le coup de foudre est immédiat.

Bientôt un cinquième album et un concert dans le noir en 2009

J’ai beaucoup aimé toutes ses chansons. Ses textes me touchaient car ils parlaient de sa tristesse et de l’hypocrisie dont fait souvent preuve la société vis-à-vis des handicapés. Je comprenais qu’elle avait beaucoup souffert de son infirmité. A cause d’une maladie infantile, la rougeole, qu’elle avait contractée à l’âge de 5 ans, elle avait perdu progressivement la vue jusqu’à devenir complètement aveugle.(…) Je me rendais compte que j’avais eu de la chance d’avoir des parents qui m’avaient aidé. La collaboration artistique, fructueuse, fait peu à peu grandir un amour certain entre les deux jeunes gens qui finissent par se marier. Devenus enseignants à l’IJA, ils mènent de front leur carrière de musiciens et leur duo acquiert une notoriété qui débordera bientôt les frontières… Une rencontre décisive pour l’internationalisation de leur succès a été celle du Français Marc-Antoine Moreau. Mariam et moi avions la conviction que le travail avec lui nous mènerait loin et que nous pourrions faire un long chemin ensemble. Cela fait douze ans que cela dure.

Aujourd’hui, Amadou et Mariam préparent un cinquième album ainsi qu’un concert dans le noir, une fête des quatre sens, qui doit se tenir à Manchester à la mi-2009. Au début, Mariam et moi étions inquiets à cause de notre handicap. Mais avec le temps nous sommes arrivés à la ferme conviction que le bon Dieu ne donne pas tout. S’il te fait très grand, tu envieras ceux qui sont plus petits que toi. S’il (…) Ce même bon Dieu nous a prêté beaucoup de choses ici-bas auxquelles nous n’avions jamais osé rêver d’accéder. Et il nous a aussi privés de la lumière du jour. Mais si nous ne voyons pas nos fans, nous sentons leur sympathie. C’est sur cette sympathie que nous comptons pour dire à tout handicapé, quel que soit son handicap, qu’il ne faut pas s’empêcher de faire quoi que ce soit. Un conseil qui vaut pour chacun d’entre nous.

''A part la lumière du jour'', Amadou et Mariam, entretiens avec Idrissa Keïta, 230 p., éditions Michel Lafon, 2008, 18 euros
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