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Tout autour de la Méditerranée, le problème se répète. Les touristes arrivent en été, au moment où l'eau se fait rare, dans des pays où la ressource est déjà limitée. © DR |
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EnvironnementLe tourisme épuise le bassin méditerranéen
Gaëlle Dupont
Le Monde (France)
Le
28-07-2008 (Publié sur internet le
07-08-2008)
Plein été dans les Cyclades, en Grèce. La consommation d'eau y est de cinq à dix fois plus élevée qu'en hiver. Cette demande conduit à une surexploitation des nappes souterraines qui entraîne une salinisation des eaux douces. L'afflux de population contribue également à la pollution de celles-ci.
Tout autour de la Méditerranée, le problème se répète. Les touristes arrivent en été, au moment où l'eau se fait rare, dans des pays où la ressource est déjà limitée. La concentration des visites, à la fois dans le temps et dans l'espace, aggrave les situations. Chaque touriste consomme environ 300 litres d'eau par jour, soit le double des populations locales - et jusqu'à 880 litres pour le tourisme de luxe. Le remplissage des piscines, l'arrosage des golfs et des espaces verts réclament beaucoup d'eau.
L'augmentation conjointe de la population locale et de la fréquentation touristique à venir fait craindre des conflits. Si la demande en eau est stabilisée, voire en baisse sur une partie de la rive nord de la Méditerranée, elle devrait doubler en vingt ans en Turquie, en Syrie, en Libye, au Maroc et en Algérie. La concurrence avec le secteur agricole, principal consommateur d'eau (63% des volumes), est redoutée.
L'Espagne ou la Tunisie doivent déjà arbitrer entre les différents usages, ce qui sera de plus en plus fréquent. Les gains liés au tourisme sont évidents, mais on ne calcule pas ce qu'on perd en sécurité alimentaire, par exemple, explique Pierre Icard, du Plan Bleu, organisation dépendante du Programme des Nations unies pour l'environnement chargé de la Méditerranée.
Certaines solutions sont déjà mises en œuvre. La Tunisie, par exemple, qui accueille 7 millions de touristes par an, veut ramener la consommation de 560 litres par lit occupé et par jour à 300 litres.
Si nous ne maîtrisons pas la consommation, nous aurons des problèmes d'ici à une quinzaine d'années, affirme Jean Mehdi Chapoutot, expert en développement touristique dans ce pays.
Economiseurs d'eau
La modernisation des réseaux de distribution, où les fuites entraînent le gaspillage de 30% à 40%, est encouragée par l'Etat. Les eaux issues de 45 des 75 stations de traitement du pays sont réutilisées pour l'arrosage des golfs et des jardins ou la recharge des nappes souterraines. La réutilisation est aussi développée en Egypte et en Israël, et elle a commencé à Chypre, en Syrie, à Malte, en Libye et en Espagne.
La généralisation d'appareils économiseurs d'eau pourrait diminuer de moitié la consommation. Relever les tarifs est un autre levier. Mais cela peut conduire les hôteliers à pomper sans contrôle dans les nappes.
Il existe plusieurs niveaux d'action: les Etats, les collectivités, les entreprises, note Pierre Icard. Mais dans un contexte très concurrentiel, où l'on peut changer de destination facilement, le pouvoir des politiques publiques est assez faible.
Pour Paolo Lombardi, directeur du bureau méditerranéen du WWF, il revient aux Etats de
fixer un cadre qui permettra de mieux équilibrer les différents usages du territoire. Mais les entreprises ont un grand rôle à jouer; certaines avancent.
Le Clud Med, par exemple, dont une trentaine de villages sont implantés en Méditerranée, utilise des économiseurs d'eau, des détecteurs de fuites, et réutilise les eaux. Selon Agnès Weil, responsable du développement durable de l'entreprise, la sensibilisation des touristes est importante.
C'est un travail sur le long terme: les statistiques ne vont pas bouger d'un coup, mais c'est un discours que les gens sont prêts à entendre aujourd'hui, et qui est même attendu.