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Ishmael Beah, ancien enfant soldat, aujourd'hui ambassadeur pour l'Unicef en tant que défenseur des enfants affectés par la guerre. © Human Rights Watch |
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MondeEnfants vulnérables en situation de crise, que font les institutions internationales ?
Claire Lecouteux
Planète Urgence (France)
Le
30-07-2008 (Publié sur internet le
05-08-2008)
L’adoption internationale est apparue au cours des années 60 sous l’effet principal des préoccupations humanitaires dans les pays frappés par la pauvreté ou la guerre.
Suite au premier article publié dans notre précédente édition d'"Infos de la Planète", Planète Urgence apporte un second éclairage sur l'adoption internationale orienté cette fois sur le sujet des institutions internationales.
Enfants soldats, enfants des rues, enfants réfugiés, orphelins… Au regard de cette situation dans les zones de crise, les déplacements de population, conflits, catastrophes naturelles… voient de nombreux enfants séparés de leur famille. De vastes territoires dans le monde sont touchés par ce problème : région des Grands Lacs en Afrique, Darfour, Haïti, Angola, Cambodge… Le rôle des organisations internationales à ce niveau s’avère essentiel.
Le statut de l’enfant
Il ne s’agit pas de classer dans
la catégorie orphelin tout enfant retrouvé seul, plus particulièrement au sein d’une population réfugiée. Une distinction nécessaire est essentielle avant toute décision de prise en charge de l’enfant.
Lors des conflits armés ou d’autres catastrophes, de nombreux enfants se trouvent séparés de leurs parents ou des personnes qui s’occupaient d’eux. Leur statut pouvant rarement être immédiatement confirmé, ces enfants sont appelés non pas orphelins
mais enfants séparés de leur famille
ou enfants non accompagnés (1)
Donc, pas de placement des enfants en institutions (hôpital, orphelinat, maternité, institution de garde temporaire ou permanente…) sans recherches au préalable sur leur situation familiale et personnelle, encore moins d’adoption. En théorie… Il revient en effet au pays d’origine de décider en premier lieu de l’adoptabilité d’un enfant ou non. Or, lors d’une crise majeure,
l’effondrement des infrastructures et des services sociaux place parfois les communautés et les Etats eux-mêmes dans l’incapacité d’assurer la protection et l’assistance que réclament les enfants séparés de leur famille (1). Difficile dans ce cas de mettre à bien tous les principes qui régissent les droits de l’enfant. Le rôle des institutions internationales prend alors ici tout son sens.
Un cadre juridique qui contrôle tout ?
Les enfants séparés de leur famille en situation de crise sont victimes d’une extrême vulnérabilité, pour assurer leur protection et respecter le principe de
l’intérêt supérieur de l’enfant , la Convention relative aux droits de l’enfant (1989), et la Convention de La Haye sur la protection des enfants et la coopération en matière d’adoption internationale (1993) ont été mis en place par l’ONU, cette dernière ratifiée par seulement 40 pays dans le monde.
Mais au-delà du droit international qui encadre l’adoption et les décisions prises au sujet d’un enfant séparé de sa famille, Gérard Gouzes souligne à juste titre dans son rapport au Premier Ministre (2) l’existence d’une éthique morale partagée par les différentes organisations qu’elles soient nationales, internationales ou non gouvernementales. Cette éthique découle naturellement des principes fondamentaux des droits de l’enfant et doit transcender toute action menée à l’égard du placement de l’enfant. Mais dans les situations de crise, ces principes peuvent échapper aux mailles du filet, une deuxième barrière de protection doit alors prendre le relais : le droit humanitaire (Conventions de Genève sur la protection des personnes civiles - 1949). Le problème reste malheureusement intact pour les pays non-signataires. Dans le cas des réfugiés birmans par exemple, la Thaïlande n’ayant pas ratifié la Convention de Genève de 1951 relative aux réfugiés, les populations civiles birmanes ne bénéficient d’aucun statut si ce n’est celui de
déplacé …
La communauté internationale, quelle légitimité d’action ?
Prenons le cas des enfants réfugiés, deux acteurs majeurs interviennent : l’UNICEF (Fonds des Nations Unies pour l’Enfance) et le HCR (Haut Commissariat pour les Réfugiés des Nations Unies). A côté d’eux, les grandes ONG internationales jouent également un rôle fondamental : le CICR (Comité International de la Croix Rouge), Save the Children, Médecins Sans Frontières, Amnesty International etc. Mais quelle est leur légitimité d’agir ou non envers le placement de ces enfants ?
L’aide internationale doit avoir pour rôle premier la sensibilisation et
la formation de professionnels en matière de protection de l’enfant souligne Gérard Gouzes (2). Il est clairement inscrit dans leurs principes que
l’UNICEF et le HCR ont un devoir fondamental d’aider les gouvernements à assumer leurs responsabilités (…) afin de les sensibiliser aux droits de l’enfant (1). Mais ce n’est qu’une action coordonnée de tous les acteurs internationaux présents qui peut permettre à un enfant de retrouver sa famille. Leur rôle ? Un relais pour les Etats en crise afin de retracer l’origine, l’histoire, l’identité de l’enfant. Au Rwanda par exemple, la collaboration des différents intervenants internationaux a permis la réunification de dizaine de milliers d’enfants rwandais avec leur famille suite à la crise dans la région des Grands Lacs en Afrique dans les années 90. Ce n’est qu’après identification définitive d’un enfant comme étant orphelin que celui-ci pourra alors être amené à bénéficier d’une solution durable comme l’adoption internationale.
Ishmael Beah, recruté de force comme enfant soldat en Sierra Leone à l’âge de treize ans, témoigne :
Pour beaucoup d'observateurs, un enfant qui n'a jamais connu que la guerre, un enfant qui n'a qu'une Kalachnikov pour gagner sa vie et pour qui la brousse est ce qu'il y a de plus accueillant comme communauté est une cause perdue à jamais pour la paix et le développement. Je conteste cette façon de penser. Pour ces enfants, il est essentiel de prouver qu'une autre vie est possible . Ishmael fut aidé par L’Unicef pour échapper à ce conflit, il est devenu aujourd’hui leur ambassadeur en tant que défenseur des enfants affectés par la guerre.
Sources :- Principes directeurs inter-agences relatifs aux enfants non accompagnés ou séparés de leur famille, Comité International de la Croix-Rouge (CICR), Division de l’Agence centrale de recherches et des activités de protection, juillet 2004
- Gouzes Gérard, Pour une éthique de l’adoption internationale, Ed. La Documentation Française, coll. Rapports Officiels, 2001
- Site de l’UNICEF : www.unicef.org
- Site de l’UNHCR : www.unhcr.fr