|
|
Pour Rajendra Pachauri, ''ce n’est que quand l’inde sera sortie de la pauvreté que nous pourrons établir un plan concret de réduction des gaz polluants''. © DR |
|
DéveloppementL’Inde refuse tout engagement de réduction des émissions de gaz à effet de serre
Thomas Pekish
Aujourd'hui l'Inde (France)
Le
08-07-2008 (Publié sur internet le
05-08-2008)
A l’heure où les pays du G8 viennent de trouver un consensus sur une réduction de 50% de l’émission des gaz à effet de serre d’ici 2050, y compris pour les ''principales économies émergentes'', le Dr Pachauri, prix Nobel de la paix, répète que la priorité indienne reste le développement économique.
Il faut que les pays du G8 arrêtent d'exiger que les pays émergents partagent le fardeau de la réduction des gaz à effet de serre. L'Inde est une économie en pleine expansion, comment peut-on vouloir nous imposer cet effort quand des millions de personnes vivent encore dans la pauvreté absolue ?. C'est ce qu'a déclaré Rajendra Pachauri hier dans une conférence de presse à New Delhi. Un avis de poids, puisque cet économiste indien préside depuis 2002 le Groupe Intergouvernemental d'Experts sur l'évolution du Climat (GIEC), et a reçu à ce titre le prix Nobel de la paix en 2007, avec l'ancien vice-président américain Al Gore.
Au même moment à Tokayo, au Japon, se tenait la seconde journée du sommet annuel du G8, qui a pour thème central la lutte contre le réchauffement climatique. Hier matin, les chefs d'Etats des pays les plus industrialisés du monde se sont engagés à ce que les émissions mondiales de gaz à effet de serre soient réduites de moitié d'ici 2050. Sous l'impulsion du gouvernement américain, la formulation finale de l'accord, qui devrait ouvrir la voie au futur traité international devant remplacer le protocole de Kyoto en 2012, vise à enrôler les grands pays émergents dans ces efforts, en faisant appel à la
contribution de toutes les principales économies, y compris l'Inde et la Chine.
Un accord inacceptable pour l'Inde, et pour ses confrères du
G5, groupe qui rassemble les principales économies émergentes (Afrique du sud, Brésil, Chine, Inde et Mexique). Invités au sommet, ces pays ont participé aujourd'hui aux discussions afin de parvenir à un consensus, qui semble pourtant introuvable. Les pays en voie de développement exigent en effet que les pays occidentaux assument la plus grande part de la réduction des émissions de gaz polluants. La rencontre a abouti à un accord a minima: les pays émergents ont accepté une réduction à long terme des émissions polluantes, sans autre précision.
Aucun accord international significatif sur la lutte contre le réchauffement climatique ne pourra être conclu si l'on ne tient pas compte de la sécurité alimentaire et énergétique. Notre première priorité est l'éradication de la pauvreté, qui requiert une croissance économique rapide, a déclaré le Premier ministre indien, Manhoman Singh, justifiant de facto la croissance des émissions. L'Inde est en effet le quatrième pollueur de la planète et n'envisage au mieux qu'une réduction des émissions de gaz polluants par tête d'habitants.
Dans le Plan d'Action National contre le changement climatique, dévoilé le 1er juillet dernier, il n'est ainsi pas question de s'attaquer à la réduction des émissions, mais de développer parallèlement les énergies renouvelables. Le Dr Pachauri, qui a participé à sa rédaction, explique :
Ce n'est que quand l'Inde sera sortie de la pauvreté que nous pourrons établir un plan concret de réduction. La lutte contre le réchauffement climatique ne doit donc pas empiéter sur le développement économique, mais faciliter la
transition vers le développement durable, précise le président du GIEC. Selon lui, l'Inde pourrait même rapidement devenir le
leader mondial des énergies renouvelables. Pour l'heure, 400 millions de personnes n'ont encore pas accès à l'électricité dans le pays.
Les pays riches doivent affronter leurs responsabilités, conclut-il.