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Le changement climatique est un catalyseur, il potentialise les risques environnementaux, économiques, sociaux et de santé qui menacent la sécurité humaine. © DR |
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EnvironnementL'impact du changement climatique sur la migration
Thomas Greminger
La Tribune de Genève (Suisse)
Le
05-07-2008 (Publié sur internet le
05-08-2008)
''Certains proposent d’accorder aux migrants climatiques le statut de réfugié que prévoit la Convention de Genève de 1951''
Sur nos écrans, en 2005, les files s'étirent sur l'autoroute, des convois entiers quittent le delta du Mississippi en quelques jours. L'ouragan Katrina déclenche le plus gros mouvement migratoire de l'histoire des États-Unis. De l'autre côté du monde, la désertification du Sahel stérilise peu à peu les sols. Là encore, les gens n'ont plus qu'à partir, à refluer vers les villes, en quête de subsistance.
Le réchauffement induit ou intensifie des changements sur notre planète: montée du niveau des mers, désertification, tempêtes... Du coup, des populations ne peuvent plus subvenir à leurs besoins fondamentaux. Le changement climatique est un catalyseur, il potentialise les risques environnementaux, économiques, sociaux et de santé qui menacent la sécurité humaine. Il frappe le plus durement les populations déjà exposées à d'autres risques et qui, bien souvent, ne possèdent pas les ressources nécessaires pour s'adapter aux changements.
À mesure que la terre se réchauffe, la possibilité de flux migratoires inédits s'accroît dans maintes régions du monde. Bien sûr, les déplacements de populations resteront géographiquement limités au début. Mais si, à leur premier point de chute, ces gens ne trouvent pas de solution pour s'intégrer, retourner chez eux, se réinstaller dans une région tierce , leur migration va devoir continuer, aussi vers le nord.
Les prévisions varient entre 25 millions et un milliard de
migrants climatiques à l'horizon 2050. Peu à peu, des acteurs nationaux et internationaux prennent conscience du problème, comme en témoignent la multiplication des interventions parlementaires et l'intensification des activités des organismes internationaux concernés.
Certains proposent d'accorder aux migrants climatiques le statut de réfugié que prévoit la Convention de Genève de 1951 ce qui n'est pas réaliste, sur le plan politique comme technique. Non, ce qu'il faut faire dans l'immédiat, c'est ériger une plate-forme de dialogue international, de coordination et de promotion des échanges et de la coopération entre États et autres acteurs. Il faut aussi mieux comprendre la migration d'origine climatique, pour concevoir des contre-mesures efficaces.
Mais, surtout, il faut nous persuader que les migrants couverts par la Convention de Genève ne sont pas les seuls dans le besoin d'aide internationale. Beaucoup d'autres, qui n'ont pas le statut de réfugié, sont aussi en situation de grande vulnérabilité; et leurs rangs vont encore grossir sous l'effet du changement climatique. Des pays déjà incapables de satisfaire à leurs obligations internationales en matière de protection des migrants vulnérables vont devoir s'en remettre encore plus à l'assistance internationale. Qui, dans la communauté internationale, assumera cette responsabilité, et avec quelles ressources?
À la conférence de Nairobi sur le climat, en 2006, M. Kofi Annan, alors secrétaire général des Nations Unies, avait expliqué que le changement climatique n'est plus seulement une question de climat, c'est une menace globale. Le récent exemple de la Birmanie a montré clairement, une fois de plus, les effets dévastateurs d'une catastrophe naturelle combinée à un déficit de protection de la sécurité humaine. Le moment est venu de reconnaître l'impact du changement climatique sur la migration, de l'analyser et d'en tirer les leçons, pour ne pas être pris au dépourvu devant les scénarios qui nous attendent.