© Sommet du G8 de Hokkaido-Toyako
La poussée des pays émergents, comme la Chine, l'Inde, le Brésil, ou encore la Corée du Sud, et même l'Afrique du Sud, a rendu de plus en plus anachronique ce club de dirigeants blancs repus.
 
 
Pierre Haski pour Rue89 (France)
Le 06-07-2008 (Publié sur internet le 08-07-2008 )

Sommet du G8 au Japon: qui dirige réellement la planète?


Le G8 qui s'ouvre lundi sera peut-être le dernier du genre. Sans la Chine, l'Inde ou le Brésil, quelle est sa légitimité?
Pendant longtemps, le G8 (autrefois G7) a véhiculé le fantasme du directoire du monde. Aujourd'hui, les dirigeants des pays dits les plus industrialisés de la planète s'interrogent ouvertement sur la pertinence de leur structure en l'absence des puissances émergentes comme la Chine, l'Inde ou le Brésil. Le G8 qui s'ouvre lundi sur l'île d'Hokkaido, au nord du Japon, sera peut-être le dernier du genre. Reste une question: qui dirige réellement le monde aujourd'hui?

A quoi sert le G8?

C'est au cerveau fécond de Valéry Giscard d'Estaing que l'on doit le concept de réunir, initialement au coin du feu (on était à Rambouillet), les dirigeants des cinq premières puissances économiques mondiales -c'était en 1975- pour discuter des questions monétaires et financières en des temps turbulents de lendemains du premier choc pétrolier (1973).

Mais très vite ce G5 est devenu G7 (Etats-Unis, Japon, Allemagne, France, Royaume Uni, Italie, Canada) et a élargi ses sujets de discussion (sida, drogue, environnement…). Très vite aussi, les réunions au coin du feu sont devenues de véritables
sommets planétaires, avec des sherpas (conseillers) pour les préparer tout au long de l'année, des délégations de plus en plus grandes, des dizaines de milliers de journalistes, de manifestants, de policiers…

Dans les années 80, les déclarations finales du G7 ont commencé à ressembler à un discours sur l'état du monde vu par les pays riches et puissants (les Occidentaux plus le Japon pour faire court), avec un point de vue sur tout et des recommandations âprement négociées pendant des mois et avalisées par les chefs d'Etat et de gouvernement sans même discussion. A cette époque, assurément, il y a eu la tentation, en particulier à Washington, d'en faire le directoire mondial, déplaçant le centre de gravité des décisions de l'ONU vers le G7.

La fin de la guerre froide a une première fois changé la donne, avec l'invitation faite à Mikhaïl Gorbatchev de se joindre au club, d'abord comme ami invité à un bon repas (ce fut le cas en juillet 1989 à Paris, pour le G7 qui coïncidait avec le bicentenaire de la Révolution française). Puis, à partir de 1996, la Russie rejoint ce qui devient alors le G8.

Paradoxalement, plus il s'est élargi, plus le G8 a perdu de sa pertinence et est devenu un cirque annuel dont les décisions n'avaient que peu d'impact. Certes, les discussions entre maîtres du monde sont utiles, mais les déclarations de fin de G8 depuis dix ou quinze ans sont un catalogue de promesses non tenues (vis-à-vis de l'Afrique, par exemple) ou de vœux pieux sur les grands conflits de l'heure.

Après le G8, le G13, G20, G combien?

La poussée des pays émergents, comme la Chine, l'Inde, le Brésil, ou encore la Corée du Sud, et même l'Afrique du Sud, a rendu de plus en plus anachronique ce club de dirigeants blancs (à l'exception du Japon) repus qui prétendait régir la planète. On a donc commencé à inviter la diversité du monde à l'heure du dessert, pour une concertation et une belle photo de famille multicolore.

Aujourd'hui, cette phase de transition touche à sa fin. Le G8 n'a plus de sens en restant un club fermé non représentatif -l'Italie en fait partie mais pas la Chine ou l'Inde- et tout le monde sent bien que s'il ne changeait pas, ce format tournerait à la farce plus encore qu'à l'obscénité.

C'est là que les problèmes commencent. Quels pays inviter à se joindre au club, et surtout, pour quoi faire? Il y a les évidents: la Chine, l'Inde et le Brésil, les trois autres membres des Bric (Brésil, Russie, Inde et Chine) qui sont les nouvelles puissances économiques du XXIe siècle. Mais comment s'arrêter là? Le Mexique s'impose au côté du Brésil pour l'Amérique latine. Et l'Afrique? Elle vivrait mal d'en être écartée: l'Afrique du Sud, malgré ses problèmes, est le candidat naturel du continent noir, même si le Nigeria, le pays le plus peuplé d'Afrique, aimerait le contester ce rôle. On est donc déjà à treize pays. Et qui des puissances financières colossales du Golfe, devenues incontournables?

Au G8 de cette année, le Japon a également invité trois autres pays pour cette concertation d'après sommet: l'Australie, la Corée du Sud et l'Indonésie, pour un G13+3 à coloration nettement plus Asie-Pacifique, plus représentative de la tendance de l'économie mondiale. Sept pays africains (Afrique du Sud, Algérie, Sénégal, Ghana, Tanzanie, Nigeria, Ethiopie) participent par ailleurs lundi à une réunion spéciale sur l'aide au développement, sur fond de promesses non tenues par les pays développés.

On en arrive donc à une sorte de G20 au minimum, pour assurer une représentativité relative de la diversité du monde, des nouveaux pôles économiques et politiques de la planète.

Pourquoi le G8 et pas l'ONU?

La vraie question est là: élargir le G8 d'accord, mais pour quoi faire? Pourquoi créer une autre structure au lieu de réformer le système des Nations unies, certes imparfait, mais qui a le mérite d'exister et qui permet à tous les Etats de se faire entendre?

L'ONU a assurément plus de légitimité que le G8/G20 pour être le directoire mondial. C'est une organisation universelle, qui traite -en principe- tous ses membres à égalité. Le problème est que les Nations unies ont été paralysées ou inefficaces pendant la majeure partie de leurs soixante ans d'histoire. D'abord par la guerre froide, puis par le torpillage délibéré de la superpuissance américaine, et aujourd'hui encore par les puissances émergentes ou retrouvées de la Russie et de la Chine (voir l'exemple du Zimbabwe en ce moment, de la Birmanie hier, etc.).

Réformer l'ONU s'est révélé une mission impossible. Kofi Annan s'y est cassé les dents, ne parvenant pas à faire passer sa réforme du Conseil de sécurité et du droit de veto représentatif du monde d'hier, pas d'aujourd'hui. La Chine n'a pas voulu y faire entrer le Japon, les Latino-américains se sont neutralisés sur leur choix, et les Européens, Français en tête, se sont accrochés à leur sureprésentation.

Alors exit l'ONU au profit du G20? C'est aller un peu vite en besogne. L'ONU reste un outil de légitimation international sans équivalent. Une résolution du Conseil de sécurité peut décider de la paix ou de la guerre, même si sa mise en œuvre est délicate. Une déclaration du G8 actuel ne vaut que le poids du papier sur lequel elle est imprimée. Faire passer la légitimité d'une instance à l'autre est à manier avec précaution, on sait ce qu'on perd, on ne sait pas ce qui va émerger à la place.

Alors, finalement, qui dirige le monde?

C'est peu dire qu'on est dans une phase de transition du monde dans laquelle tout est fluctuant. Les instances de régulation mondiale sont dans l'impasse: l'ONU, on l'a vu; mais aussi le FMI dépassé par le monde réel de la finance, ou l'OMC qui ne parvient plus à conclure son nouveau round.

Où se trouvera le centre de gravité de demain? Paradoxalement, l'une des structures qui se réorganise activement est l'Otan, passée en quelques années de bloc de défense de l'Europe de l'Ouest face aux chars soviétiques et qui n'a jamais tiré un coup de feu à l'époque de la guerre froide, à bras armé de l'Occident aux quatre coins du monde, et en particulier en Afghanistan face aux islamistes.

C'est un paradoxe car les Etats-Unis, dont on pensait après l'effondrement soviétique qu'ils étaient la seule hyperpuissance, selon le mot d'Hubert Védrine, se sont eux-même dévalorisés sous l'administration Bush, en particulier avec leur enlisement en Irak dont ils ne sont pas près de sortir. Mais dans le même temps, ils ont consolidé l'Alliance atlantique, qui est aujourd'hui prête à intervenir dans ce qui était autrefois considéré hors champ, c'est-à-dire le reste du monde. Et la France s'apprête à réintégrer le commandement militaire intégré de l'Otan sous contrôle américain, rentrant ainsi dans le rang occidental pour le plus grand bonheur des Etats-Unis.

Une instance de concertation mondiale autour d'un G8 élargi à une vingtaine de pays, et une Otan, bras armé de l'Occident transformée en gendarme du monde: est-ce à cela que ressemblera le monde de demain? Difficile d'y voir un gage de stabilité et de progrès… La seule certitude est que l'organisation actuelle du monde prend l'eau de toutes parts et qu'il est urgent d'en inventer une autre.
Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e.
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Vos réactions à cet article
Maes
06-08-2008
10:58:42

Je suis un ennemie des USA, sans pour autant être un communiste chinois ou je ne sais pas de quelle pays dictateur et/ou tortionnaire. Cependant, quand je regarde la ''soumission'' scandaleuse de la France envers les USA cela m'attriste car, au même temps, pour les raisons qu'on connaît, notre pays est contraint a supporter le chantage chinois.

Ce qu'on a vu au sujet de la flamme Olympique témoigne de la fragilité de notre pays à tous les niveau, et surtout de la peur de notre lider maximo de droite, toute droite! envers les émissaires (flics) chinois qui tabassent les tibétains et les manifestant français, à Paris!! Il faut le voir pour le croire aux pays du droit de l'homme!!

Non, ceci c'est une très vaste mascarade comme la présence des USA en Irak et ''l'Otan en Afghanistan''. Première devise de nos pays: le pétrole et les ressources minières pour survivre à change de la sécurité de quelques ''chef des clans''.

C'est clair, la démocratie ne peut exister en se baisant la culotte à tout bout du champ. Quand au principe guerrier envers les pays musulmans déjà dans l'histoire c'était une catastrophe... d'occupation et des profits pendant des siècles. Cela va être forcement la nouvelle guerre de 100 ans, une guerre larvée, permanente, avec des conséquences très lourdes pour l'humanité car ces gens possèdent aujourd'hui pas mal des bombes nucléaires et Moucharaf et les autres ne sont pas éternels du tout!

Alors assurer leurs permanences cela coûtera de plus en plus chers et comme la dette de la France, on ne pourra pas le payer!
Francois
21-07-2008
14:48:58

Les réponses aux questions soulevées par l'article se trouvent en bonne partie dans ce livre, selon moi la bible du citoyen éclairé de demain :

Naomi Klein ''La stratégie du choc'' (ed Leméac / Actes Sud)

Un livre qui devrait être étudie au lycée et surtout dans les pays en développement, qui veulent se propulser dans notre merveilleuse économie occidentale...
Un inconnu
12-07-2008
13:01:16

Un clan d'arrogants affamés de dominer complètement soumis aux caprices de ces hystériques dirigeants de multinationales,fanatiques dévots du $, sans scrupules et principaux destructeurs de l'effondrement de l'Humanité et de la planète entière qui soumettent tout à leurs profits, lavent le cerveau au moyen de la mode et de sponsors, de la publicité, au moyen de grandes stars de sport comme musicales et autre.

L'ONU [reste] en effet à restaurer si ce n'est en créer un ''ONU'' parallèle interdit d'accès aux USA? Ce stupide droit de veto permet aux Americains de mener à la baguette une organisation créée au départ dans de bonnes intentions.

Non spécialiste, peut-être si l'on décidait à freiner sa surconsommation inutile, jusqu'en venir à boycotter de ces grosses sociétés comme nike, coca cola (utilisation d'enfants dans leurs fabriques), chiquita (délocalisations de peuples entiers au moyen de guérilleros rémunérés), etc.. et autres comme l'arrêt de lessives à 90° ou bains par exemple, ouvrir ses yeux sur la réalité... Ce ne sont que ces absurdes multinationales libres de tout qui détiennent le pouvoir jusque détentrices de x fois le PIB des pays qu'elles pillent et saccagent fièrement,le profit passe avant la vie, un renseignement direct des réalités, chose pas évidente non plus, l'américanisation dictatoriale progressant en Europe y accentue la difficulté.
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