AsieL’Inde montrée du doigt sur le Darfour [Fr]
Pablo Shankar
Aujourd'hui l'Inde (France)
Le 01-07-2008 (Publié sur internet le 08-07-2008)
Après la Chine, l’Inde ? Un récent rapport du Genocide Intervention Network accuse un géant du service public indien, l’entreprise pétrolière ONGC, de participer indirectement au conflit qui fait rage au Soudan. Explications.
La Oil and Natural Gas Corporation Ltd. (ONGC), la première entreprise indienne en terme de profits, vient de se faire épingler par différentes associations de défense des Droits de l'Homme au sujet de ses activités pétrolières au Soudan. Un récent rapport du Genocide Intervention Network (GIN) accuse en effet l'entreprise de participer indirectement au conflit qui fait rage dans ce pays d'Afrique de l'est, et la classe carrément dans le
top 4 des grands criminels présents dans cette zone, selon la terminologie du GIN.
Depuis 2003, ONGC possède, entre autre, un quart des parts de la Greater Nile Petroleum Operating Company, qui produit la plus grande partie du pétrole soudanais. Parts rachetées au canadien Talisman Energy, qui avait déjà dû faire face à de virulentes critiques sur ses activités au Soudan. Les revenus pétroliers reversés au gouvernement de Khartoum servent en effet à financer la guerre au Sud Soudan.
Si le rapport appelle explicitement les investisseurs de ces entreprises dites
criminelles à retirer leurs fonds, Amy O'Meara, la directrice d'Amnesty International USA, affirme au contraire dans le quotidien Mint :
Nous ne voulons pousser quiconque à vendre ses parts d'ONGC, et nous n'exigeons pas non plus qu'ils interrompent leurs activités au Soudan. Nous aimerions plutôt que l'entreprise prenne conscience de l'impact que les revenus pétroliers ont sur le Soudan ; comment ils sont utilisés par le gouvernement soudanais dans ses campagnes militaires au Darfour.
L'appel au retrait ne pourrait de toutes façons qu'avoir des effets limités, puisque les trois-quarts des parts de l'entreprise sont détenus par le gouvernement indien. Et c'est justement là que le bât blesse : si une compagnie privée ne peut se permettre d'investir au Soudan sans détériorer gravement son image, une entreprise publique aura plutôt tendance à privilégier ses intérêts propres, au détriment des questions éthiques. D'autant plus si le pays est en proie à un réel problème d'approvisionnement énergétique, comme c'est le cas en Inde, qui importe 70% de ses ressources pétrolières.
Une réalité à laquelle il faut ajouter des enjeux géostratégiques : la Chine est déjà le premier importateur de pétrole soudanais. Un désengagement indien reviendrait donc à laisser encore plus de place à
l'ennemi chinois qui, pour le coup, se moque pas mal des questions éthiques, comme elle l'a officiellement fait savoir en 2006, lorsque elle a menacé de poser son veto à une proposition des Nations Unies qui prévoyait d'imposer des sanctions au gouvernement de Khartoum.
Aussi étonnant que cela puisse paraître, à l'image de R.K Pachauri, membre du conseil d'administration d'ONGC et prix Nobel de la Paix 2007 (en tant que président du Groupe International d'Experts sur le Changement Climatique,ndlr), les dirigeants de la compagnie pétrolière indienne ne semblaient pas conscients du fait que leur partenariat avec Khartoum puisse avoir une quelconque incidence sur la guerre avec le Sud Soudan. Naïveté ou hypocrisie ? Quoi qu'il en soit, la guerre civile soudanaise a déjà fait plusieurs centaines de millier de morts et deux millions de déplacés. Au coeur du conflit : le contrôle des ressources pétrolières, qui représentent 90% des exportations du pays, notamment grâce à des entreprises comme ONGC.