Pour le grand public, la perte estivale de la banquise arctique est surtout synonyme de réduction du territoire de chasse de l'ours polaire. Pour les scientifiques, ce phénomène a d'autres implications. D'abord, il modifie l'indice de réflexivité de la Terre: celle-ci absorbe plus de rayonnement lumineux - donc plus de chaleur - lorsque les surfaces de glace diminuent.
Ce n'est pas tout: des chercheurs américains suggèrent, dans la dernière édition de la revue Geophysical Research Letters (GRL), que les épisodes de réduction rapide de la glace de mer ont une répercussion sur le pergélisol (ou permafrost), les sols perpétuellement gelés - et très riches en carbone - de l'Alaska et des hautes latitudes canadiennes et russes.
Stock de carbone
Selon David Lawrence et ses coauteurs du National Center for Atmospheric Research (NCAR), le signal thermique de la contraction de la banquise se traduit en effet par une augmentation des températures jusqu'à 1.500 km à l'intérieur des terres.
Entre août et octobre 2007, l'englacement de l'océan Arctique a été de 40% inférieur à la valeur moyenne des années 1980. Au cours de cet épisode exceptionnel, les températures mesurées dans l'intérieur des terres ont excédé de 2oC les moyennes relevées entre 1978 et 2006.
Pour valider l'hypothèse d'un lien entre les deux phénomènes, les chercheurs ont utilisé des modèles numériques auxquels ils ont prescrit une perte rapide de banquise. Résultat: leurs simulations montrent que les terres arctiques se réchauffent 3,5 fois plus vite que ne le prédisent les modèles climatiques globaux. Ainsi, selon ces scientifiques, la répétition d'épisodes comparables à celui de l'été 2007 pourrait contribuer à fragiliser l'immense stock de carbone que renferme le pergélisol. Les prévisions de 19 équipes de glaciologues réunies au sein du programme Study of Environmental Arctic Changes (Search), qui viennent d'être rendues publiques, indiquent d'ailleurs que l'été prochain a toutes les chances de voir une réduction de banquise comparable à celle de l'an passé. L'étude de David Lawrence et de ses coauteurs ne tient pas compte d'un autre phénomène, récemment modélisé par des laboratoires français. Lorsque le pergélisol, riche en biomasse, commence à dégeler, l'activité microbienne démarre, explique Gerhard Krinner (Laboratoire de glaciologie et de géophysique de l'environnement), coauteur de ces travaux, également publiés dans GRL. Or ce métabolisme développe de la chaleur qui, elle-même, accélère le réchauffement du sol et ainsi la décomposition de la biomasse, et donc l'émission de dioxyde de carbone ou de méthane. |