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La rivière Pasig qui serpente entre Manille et Makati.
© DR
Société
En ville, planter chez soi pour éviter la crise. [Fr]

Sébastien Farcis
RFI - Radio France Internationale (France)

Le 12-06-2008 (Publié sur internet le 01-07-2008)


Un quartier pauvre du nord de Manille a lancé depuis dix ans des formations pour inciter les habitants à faire pousser leurs propres légumes. Alors que les prix des denrées alimentaires explosent dans l’archipel, ce programme se renforce et connaît un nouveau succès.

C’est une petite maison, perdue dans une rue surpeuplée du nord de Manille. A l’intérieur, une télé qui crie dans un salon exigu, deux chaises et une plaque de cuisine au gaz. Peu de place pour bouger pour Lydia Abad, son mari et ses deux petits-enfants. Quelques 40 m² maximum. Pourtant, cette petite famille produit elle-même presque toute son alimentation. Ce foyer pauvre a une grande richesse : un énorme potager sur le toit en tôle de la maison. Les plantes sont partout, en fait : dès qu’on monte les marches étroites, cachées au fond du salon, on commence à voir les premières qui pendent comme des glycines: ça, c’est de la ‘ cigaretta’, crie Lydia, la grand-mère dynamique de 62 ans, en filipino-tagalog. C’est une sorte de pois.

Une augmentation phénoménale du prix des céréales

Sur le toit, un véritable jardin est perché au dessus de la jungle urbaine de Manille ! Tenez, là ce sont des aubergines, ici de la moutarde, des oignons. Là vous avez de l’ail, et puis des épinards … je ne sais plus combien de sortes j’en ai. Peut-être trente , lâche aimablement cette femme dans un sourire, peu habituée aux visites dans son potager aérien. Ces légumes fournissent 80% de notre alimentation , conclut Lydia, naturelle. Cela fait 22 ans qu’elle a commencé son potager, en rapportant son savoir de la campagne philippine, mais aujourd’hui, c’est de l’or vert qu’elle possède. Car en effet, le prix de ces légumes, au marché voisin, a explosé d’environ 50 à 100% d’augmentation, selon les habitants du quartier. Et l’inflation ne cesse pas de battre des records aux Philippines. Une augmentation générale de 10% des prix a été relevée dans les 12 derniers mois, soit la plus forte des 10 dernières années. Les prix des produits alimentaires, quant à eux, augmentent beaucoup plus vite, à l’instar du prix du riz, qui a grimpé de 30% en quatre mois.

70% des habitants vivent au dessous du seuil de pauvreté

Les légumes comme les céréales sont principalement frappés par l’augmentation phénoménale du prix de l’essence et des engrais chimiques, qui ont tous les deux doublé en un an. Alors, produire les légumes chez soi, comme Lydia, devient d’un coup une solution miracle pour éviter la crise : les élus du quartier Holy Spirit , le bien nommé, l’ont compris depuis plusieurs années, et cherchent à créer d’autres exemples. Cela fait 10 ans qu’ils ont lancé des formations pour apprendre aux habitants à faire pousser des plantes chez eux. Et c’est tout un défi. Car dans ce quartier de 120.000 habitants, 70% des habitants vivent au dessous du seuil de pauvreté, établi à 50 centimes d’euros par jour et par personne. Avec de si maigres revenus, ces Philippins n’ont pas de grandes maisons, et encore moins de place pour faire pousser un potager.

''Ce qui est très populaire, c’est le sac suspendu''

David Balilla apprend donc aux habitants à optimiser l’espace, dans un jardin municipal bien particulier : l’essentiel est d’adapter votre culture à votre intérieur, explique ce botaniste en circulant dans les allées. Si vous avez vraiment peu de place, vous pouvez prendre des bouteilles, comme celles que vous voyez là, ou des bouts de bambous, et les couper en deux. Les remplir de terre, et y faire pousser deux plants d’oignons, d’ail ou de moutarde. Mais ce qui est très populaire, c’est le sac suspendu, continue-t-il. Un sac récupéré comme celui-ci, que vous remplissez de terre et pendez en plafond. Dans un sac vous pouvez produire de 15 à 20 plants de chou, qui poussent en trois semaines. Pour une famille, deux sacs sont nécessaires. David Balilla estime qu’au bout de dix ans de formation, près d’un tiers des habitants de Holy Spirit pratiquent une forme quelconque d’agriculture urbaine chez eux. Il reste cependant difficile de les convaincre à se mettre à ce travail qui demande de la patience. Ces gens sont pauvres, explique-t-il. Trois semaines pour faire pousser quelque chose, c’est parfois trop long pour eux. Ils cherchent du 'quick money ' , des revenus immédiats pour vivre au quotidien.

Assister aux formations et redistribuer le savoir-faire

Cela change pourtant, progressivement. Et le botaniste voit ses formations se remplir : quatre fois plus de personnes viennent cette année que l’année dernière. Ces derniers temps, ce sont également les ONG qui assistent à ces formations et qui viennent recueillir ces conseils d’agriculture urbaine, pour les appliquer dans d’autres quartiers pauvres de la capitale. Les prix des légumes augmentent beaucoup trop, conclut David Balilla. Les gens vont sûrement devoir s’y mettre sérieusement.
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Les commentaires...
Nicole mathieu
02-07-2008
23:13:52

Pourquoi ne peut-on sortir de l'idée que ville et agriculture sont antagoniques ? Pourquoi à La Havane en plein embargo les petits jardins devant les maisons ne produisaient rien et les cocotiers semblaient inutiles ? Bravo à ceux qui s'insurgent contre ce qui n'est qu'une idéologie au point que seule la quick money semble une solution pour ''résister'' !
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