''Ma mission consistait à apporter une compétence en gestion de projet''. © Alexandre Jacques / Planète Urgence |
''Chacun est reparti avec un nouveau savoir'' [Fr]
Alexandre Jacques
Planète Urgence (France)
Le 26-05-2008 (Publié sur internet le 28-05-2008)
760 mots
Alexandre Jacques revient de la mission ''Capacity Building'' à Pondichéry (Inde). Témoignage.
Envie d’aider, de tester mes capacités, de voir si mes compétences de chef de projet ressources humaines dans une banque peuvent être utiles à d’autres, sous d’autres cieux… Envie de partir et de revoir l’Inde que j’aime, sous un autre angle, plus actif. Voilà sans doute les principales motivations qui ont fait que lorsque j’ai eu connaissance par mon entreprise des activités de Planète Urgence, j’ai eu envie de partir pour cette mission.
Pour résumer mes préparatifs, je dirais que je suis passé par différents paliers : peur de l’échec, crainte de ne pas savoir, excitation du départ…Avant de réaliser une fois sur place qu’il faut se préparer plutôt que préparer son intervention de façon trop détaillée. Pour ma part, au-delà de la réflexion et des lectures, j’ai surtout collecté de la documentation pouvant me servir sur place, ou pas !
La mission
Ma mission consistait à apporter une compétence en gestion de projet via la formation de volontaires d’une ONG du Tamil Nadu qui a deux vocations : porter les revendications des dalits et favoriser l’émancipation des femmes. La société indienne se subdivise en une multitude de groupes. Les dalits font partie des minorités dites intouchables, fréquemment discriminées, et représentent une frange politisée et organisée. Dalit signifie opprimé.
Cela semble clair, mais j’ai vraiment compris le sens de tout cela une fois sur place. Avant de commencer, j’ai échangé avec les responsables de l’association, un couple jeune et ouvert, aussi bien capable de répondre que de questionner, échange plus riche qu’éclairant donc, mais je me suis senti en confiance.
Je suis arrivé un dimanche matin à Pondichéry et la mission commençait le lundi. En théorie… car cette première journée fut annulée au profit d’une réunion politique à laquelle j’ai eu la chance d’assister : une réunion de femmes débattant de la mise en œuvre prochaine d’une loi fédérale pour lutter contre les discriminations faites aux femmes. Sentiment de victoire.
Mes douze ''stagiaires'' étaient jeunes, de 15 à 28 ans, plus jeunes que prévu, moins expérimentés en projet que prévu, voire pas du tout. Seulement trois d’entre eux parlaient un broken-english opérationnel. Le lendemain c’était la visite de la représentante d’une ONG canaque majeure de la zone Pacifique qui allait se substituer ce jour là à la formation. Occasion d’échange tripartite inattendue, indiens, canaque et… représentant du peuple colonialiste, costume que j’ai endossé bien volontiers dans le contexte : place des femmes dans la société, effet des lois, déséquilibres dans la répartition des richesses entre des mains françaises pour beaucoup, nécessité pour les canaques de développer des formes de production artisanale, à l’image de certaines techniques indiennes…
Essai de bilan
Avec le recul, ces imprévus ont participé à l’indispensable mise en route. Difficile d’en faire l’économie de toute façon. Cela permet d’emblée de comprendre qu’il faut s’adapter aux surprises et aux événements et en faire son miel : pas de certitudes, beaucoup d’improvisation.
En simplifiant la méthode projet, en s’appuyant sur l’immense envie du groupe, en utilisant les compétences de chacun, ceux qui parlaient anglais mais pas seulement, nous avons accompli la mission, ensemble.
Je suis convaincu que chacun est reparti avec un nouveau savoir, différent selon son rôle dans l’association et sa maturité : un projet est une méthode de travail collective, chacun à un rôle à jouer, une phase de réflexion précède l’action, un projet se conclue par un bilan etc. Certains gèrent déjà des projets ou vont en gérer un jour. Les autres seront a minima des personnes ressources dans le cadre de projets collectifs. Ils seront un peu mieux outillés pour comprendre leurs missions et fonctionner en groupe.
Pour ma part je suis rentré heureux, désireux de renouveler l’expérience : se mettre à disposition, faire feu de tout bois et partager.
