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Avec la crise, les écoles manquent de tout.
© DR
Education
Le Zimbabwe en faillite scolaire [Fr]

Claude Adrien De Mun
Syfia International (France)

Le 23-05-2008 (Publié sur internet le 27-05-2008)


Le système éducatif du Zimbabwe, autrefois l’un des meilleurs du continent africain, est aujourd'hui en ruine. Avec l'inflation record, bon nombre de professeurs s'exilent et les parents ne parviennent plus à payer la scolarité de leurs enfants. Pour cette rentrée des classes, beaucoup d'élèves n'iront pas à l’école.

Dans les larges rues du centre d’Harare, la capitale zimbabwéenne, une question revient sans cesse, obsédante : Comment vais-je faire pour payer les frais scolaires de mes enfants ? J’ai quatre enfants, raconte un vendeur de cigarettes. Pour ce semestre, je ne peux payer les frais que pour le premier d’entre eux. Les autres sont à la maison.

A l'occasion de cette rentrée des classes, un grand nombre de familles vivent la même situation. Avec une inflation de 100.000% en 2007, le dollar zimbabwéen n’est plus à proprement parler de l’argent. Dans la seconde avenue de la capitale, qui héberge de nombreuses banques, des queues de plusieurs centaines de mètres se forment chaque jour. J’étais déjà devant cette banque hier. Et je reviendrai demain. J’ai besoin de cinq milliards de dollars pour payer l’école de mes enfants, mais je ne peux retirer de mon compte qu’un milliard par jour. Le gouvernement a pris cette mesure pour tenter de mettre fin au marché noir, explique une femme dans la quarantaine.

Après l’indépendance du Zimbabwe en 1980, un effort important avait été fait par l’équipe du président Mugabe, lui-même ancien professeur, pour que tous les enfants puissent aller à l’école. L’enseignement public était alors d’une qualité exceptionnelle. En 2000, presque tous les enfants allaient à l’école primaire. Et le Zimbabwe hébergeait plusieurs universités de renom régional.

Écoles abandonnées de tous

La planche à billets a entraîné l’effondrement des systèmes éducatif et de santé, ainsi que la chute de plus de 40% du secteur industriel, commente un diplomate. L’échec économique est lié au clientélisme, estime le directeur d’une école privée. Robert Mugabe a commencé à faire marcher la planche à billets en 1997 pour payer les vétérans sur le point de se rebeller. Puis, il y a eu l’intervention de l’armée zimbabwéenne en République Démocratique du Congo et le financement exponentiel des cadres de son parti et des forces de l’ordre.

Sur cette gestion calamiteuse s’est greffée la crise agraire. Depuis l’an 2000 et l’expropriation des Blancs de la plupart des grandes exploitations agricoles, celles-ci ne produisent plus qu'à 10% de leur potentiel et les prix des produits de première nécessité ont monté en flèche. Les salaires, eux, n’ont pas augmenté. De nombreux professeurs, de même que la plupart des médecins, sont partis refaire leur vie dans les pays voisins, en Europe et aux États-Unis. D’autres se sont reconvertis dans la vente au détail ou la confection de tricots... Selon le Syndicat des enseignants progressistes du Zimbabwe, près de 15.000 de ses membres ont quitté la profession en 2006.

Avec la crise, les écoles manquent de tout. Avant, je mettais mes trois enfants à l'école publique. Mais depuis deux ans, je les inscris dans le privé. Les écoles publiques n’ont plus de livres, plus de chaises et presque plus de professeurs. Ce sont des garderies, regrette un chauffeur de taxi. Certains établissements avaient demandé aux parents de payer les chaises et les tables de leurs enfants. Autant d’objets, qui, comme les livres, ont été vendus depuis longtemps par le personnel avant de prendre la fuite…

Dans le quartier ouvrier de Mbare, à trois kilomètres du centre d’Harare, une école privée catholique affirme avoir toujours des professeurs et des livres. Mais les classes ont désormais peu d’élèves. De nombreux parents n’ont pas pu payer les cours, confie un employé. J’ai pu payer les frais scolaires de deux de mes enfants, mais les trois plus jeunes restent à la maison, confirme un parent, assis dans la cour de récréation. Je ne suis pas certain de pouvoir payer longtemps leur transport.

''Les universités grouillent d’espions et de policiers''

Début mai, le gouvernement a momentanément fermé 45 écoles privées pour les punir d’avoir augmenté les frais d’inscription de 500% sans avoir demandé l’autorisation à leur ministère de tutelle. Avec l'inflation, les écoles privées font valoir que si elles ne peuvent pas augmenter les frais, leurs professeurs partiront.

Dans les universités, les meilleurs professeurs ont eux aussi fui le pays. Et, selon le Syndicat national des étudiants du Zimbabwe, près d’un tiers des étudiants inscrits dans les facultés ne s’y présentent plus, car ils ne parviennent plus à payer les frais d’inscription. Autrefois montré en exemple par le pouvoir, les professeurs sont désormais perçus comme favorables à l’opposition et fréquemment persécutés.

Les universités du Zimbabwe grouillent d’espions et de policiers, dénonce Network for Education and Academic Rights, une ONG de défense des droits de l’homme. Avec la campagne d’intimidation des présumés membres de l’opposition, lancée par le parti du président Mugabe depuis sa défaite historique au premier tour des élections générales du 29 mars dernier, de nombreux professeurs ont été arrêtés ou battus. Le second tour, prévu le 27 juin prochain, est une nouvelle raison pour eux de fuir le pays. À ce rythme, l’éducation publique au Zimbabwe risque de ne plus être bientôt qu’un vague souvenir.
Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e.
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Les commentaires...
Advcom
31-05-2008
18:16:47
Tpi

Qu'es ce qu'attendent les autorités africaines (OUA) pour condamner ce chef d'état et le faire comparaitre devant le tribunal pour crimes contre l'humanité ? Finalement l'OUA c'est l'ONU, ils ne font que des déclarations mais n'agissent pas ! Alors pourquoi avoir de telles institutions qui coûtent très chers aux populations ? Cet argent pourrait au moins servir à nourrir et à scolariser les populations les plus défavorisées !
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