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''Le dessalement n’est absolument pas une solution raisonnable à la crise mondiale de l’eau. Ces usines sont des monstres polluants, extrêmement gourmands en énergie et produisant une saumure toxique.''
© DR
Le dessalement n’est pas la solution miracle [Fr]

Scott Thill
AlterNet (Etats-Unis)

Le 15-01-2008 (Publié sur internet le 20-05-2008)
1390 mots


Les pays qui ont soif investissent de plus en plus pour dessaler l’eau de mer. Mais ces usines risquent d’aggraver l’acidification des océans, préviennent des militants écolos.

[Traduction : Courrier International]

Stephen Hawking n’a rien d’un imbécile. C’est prouvé. Pourtant, quand, en 2006, devant un parterre d’étudiants et de professeurs d’université en Chine, cet éminent scientifique s’est déclaré très préoccupé par le réchauffement climatique, ajoutant que la Terre pourrait finir comme Vénus, avec une température de 250°C et des pluies d’acide sulfurique, personne n’a gardé cette terrible prédiction en mémoire plus de quelques semaines.

Pourtant, Stephen Hawking n’est pas le seul à le dire. Militants et chercheurs observent avec inquiétude la situation précaire de l’eau sur Terre. Parmi eux, Maude Barlow, auteur de Blue Covenant: The Global Water Crisis and the Coming Battle for the Right to Water [Alliance bleue : la crise mondiale de l’eau et la future bataille pour le droit à l’eau, paru chez New Press en mars 2008], fondatrice du Blue Planet Project et directrice nationale du groupe de pression Council of Canadians. Je crains que la crise mondiale de l’eau ne balaie la vie de la surface de la Terre si nous ne nous en préoccupons pas très vite, confie-t-elle.

Des usines se construisent sur tous les continents

Avec la diminution des précipitations qu’entraîne le réchauffement climatique, de nombreux pays se tournent vers le dessalement d’eau de mer pour s’approvisionner en eau douce. La logique est en apparence simple : plus de 70% de notre planète étant constitués d’océans, il suffit de retirer le sel de cette eau et de regarder avec délectation nos réservoirs se remplir.

Les usines de dessalement poussent d’ailleurs comme des champignons un peu partout dans le monde. Severn Trent, l’une des dix entreprises privées de gestion de l’eau au Royaume-Uni, assure actuellement la construction d’une de ces installations pour la résidence Maravia Country Club Estates à La Paz, dans le sud de la Basse-Californie, au Mexique. La ville d’El Paso, au Texas, a inauguré en août 2007 la plus grande usine de dessalement à l’intérieur des terres qui existe au monde ; elle alimente essentiellement la base militaire de Fort Bliss, en cours d’agrandissement. En Australie, pays gravement touché par la sécheresse, c’est un joint-venture israélien qui bâtit une centrale, tandis qu’à Bahreïn, Etat riche en pétrodollars et connaissant le même boom immobilier que d’autres pays du Moyen-Orient, on examine di­verses offres en vue de la construction d’une gigantesque centrale capable de satisfaire ses besoins croissants en eau. L’Inde a quant à elle commandé une étude de faisabilité à General Electric. Bref, les exemples ne manquent pas. Plusieurs entreprises privées proposent une bonne vingtaine d’usines de dessalement de l’eau de mer pour la seule côte californienne, ajoute Wenonah Hauter, présidente de l’association de consommateurs Food and Water Watch. La plupart de ces projets se trouvent à proximité de grands espaces où le manque d’eau a toujours limité le développement.

En d’autres termes, partout dans le monde on s’apprête à construire de gigantesques usines de dessalement dans les années à venir. Mais ce n’est pas parce que tout le monde a soif. En fait, c’est surtout l’argent qui va couler à flots. Reste à savoir si les progrès et la solution à la crise de l’eau viendront avec.

Même avec les projets actuels, qui visent à tripler la production mondiale, avec notamment des usines de dessalement à énergie nucléaire, cette technologie est incapable de satisfaire la demande en eau douce dans le monde, assure Maude Barlow. D’une part parce que le dessalement est une technologie très coûteuse, ce qui explique qu’on trouve ces usines en Arabie Saoudite et en Israël mais pas en Afrique. Et, d’autre part, parce que l’humanité détruit son patrimoine d’eau douce trop rapidement pour que la technologie puisse compenser. Les gouvernements et les entreprises se jettent sur le dessalement comme si c’était la panacée. C’est compréhensible de la part du secteur privé : l’or bleu peut générer des bénéfices considérables. En revanche, le fait que les gouvernements ne prennent aucun recul pour examiner de façon plus attentive cette prétendue solution miracle pose un énorme problème.

Les océans sont peu à peu rongés par l’acide

Cet aveuglement est compréhensible, car en prenant un peu de distance, ces gouvernements tomberaient immanquablement sur des questions qu’ils n’ont pas envie de se poser. Des études récentes montrent ainsi que le réchauffement climatique provoque non seulement l’assèchement des terres émergées et la fonte des barrières de glace, mais aussi une augmentation exponentielle de l’acidité des océans. Ce qui pourrait nous conduire tout droit au cauchemar annoncé par Stephen Hawking.

Le journaliste Les Blumenthal expliquait récemment dans les publications du groupe de presse américain McClatchy Newspapers que les océans présentent d’ores et déjà un taux d’acidité de 30% supérieur à celui enregistré au début de la révolution industrielle, et ils absorbent chaque jour 22 tonnes de dioxyde de carbone. D’ici à la fin de ce siècle, ils pourraient être 150% plus acides.

La vaste campagne mondiale de dessalement, déjà montrée du doigt à cause de ses lacunes technologiques et de ses rejets colossaux, tient-elle compte de cette augmentation spectaculaire de l’acidité des océans ? Eh bien non, pas vraiment. Je ne pense pas que les partisans du dessalement prennent en compte l’acidification qu’entraîneront des rejets croissants de saumure dans les mers, confirme Maude Barlow. Pour chaque unité d’eau douce ainsi produite, c’est une unité équivalente de saumure toxique qu’on rejette dans les océans. Actuellement, les usines de dessalement produisent 19 millions de mètres cubes de déchets chaque jour. On estime que leur production aura triplé d’ici à 2015, et les rejets de saumure et l’acidification des océans seront multipliés d’autant.

Et il ne s’agit là que des conséquences du dessalement, sans parler des processus naturels que la crise climatique a fait apparaître dans notre univers toujours plus aride. Avec le réchauffement de la planète, les océans absorbent en effet des quantités croissantes de dioxyde de carbone et autres gaz à effet de serre. Ils se réchauffent et rejettent ces gaz dans l’atmosphère, créant une réaction en chaîne destructrice. A force de dessaler la moindre goutte d’eau accessible, nous pourrions bien, à terme, ne plus trouver que de l’acide à la place des océans. Comme le déclarait à Les Blumenthal l’océanographe Richard Feely, de la National Oceanic and Atmospheric Administration, à Seattle, tout converge vers des conséquences dramatiques. Certaines hypothèses annoncent même un bouleversement de l’ensemble de l’écosystème.

Le dessalement n’est absolument pas une solution raisonnable à la crise mondiale de l’eau, assène Maude Barlow. Ces usines sont des monstres polluants, extrêmement gourmands en énergie et produisant une saumure toxique qui tue la vie aquatique à des kilomètres à la ronde. Wenonah Hauter, de Food and Water Watch, ne dit pas autre chose : Loin de résoudre le problème de la pénurie d’eau, le dessalement est une technologie onéreuse qui risque d’avoir de nombreux effets secondaires. Nous serions mieux avisés de chercher à prévenir le mal en cessant de polluer, de détourner et de gaspiller l’eau. Espérons seulement que nous en prendrons conscience avant d’avoir entièrement changé les océans en acide.
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Les commentaires...
Tonincis
02-06-2009
20:52:15
Je suis un étudiant qui recherche des informations sur l'impact du dessalement par osmose inverse sur l'environnement aquatique... Alors si vous avez des articles ou des proposition sur le sujet, envoyez les sur mon email : ''lucatoni198800''@''hotmail.fr'' et merci d'avance.
Ren
06-02-2009
12:03:31
Aucun scientifique sérieux ne considère que le dessalement de l’eau de mer augmente l’acidité des océans, tout simplement parce que la dilution de sel n’a pas d’impact sur le Ph. Pour ceux qui maitrise l’anglais et qui souhaiteraient comprendre le phénomène d’acidification des océans je vous conseil la lecture de l’étude réalisée par des universitaires américains : http://www.physorg.com/news148756963.html

Une bonne illustration du fait que ces gens avec des gros postes … comme cités dans cet article peuvent raconter n’importe quoi.
Jeandb
17-06-2008
13:14:26
Si le désalement de l'eau de mer est la solution en tout cas elle l'est plus que la surexploitation des réserves souterraines. Le soleil est le plus gros, gratuit et efficace désaleur d'eau de mer. Il fait même la livraison de l'eau douce en la déposant en haut des montagne.

La répartir gravitairement sur tout le territoire grâce à des canaux qui la réinfiltrent dans le sol pour recharger les nappes phréatiques est la meilleur méthode pour produire de l'eau de qualité partout tout le temps.

A quoi bon faire des journées mondiale de ceci ou cela si il y a personne pour répondre à ''La'' solution du problème...
Pachat
17-06-2008
10:27:37
Il convient de créer une gouvernance mondiale à même de verser l'eau et les déchets au patrimoine de l'humanité et d'en assurer la bonne gestion dans une démarche d'intelligence écologique.
Ixien
17-06-2008
09:36:14
Comme d'habitude, plutôt que de se poser les questions sur le pourquoi de la situation actuelle de l'eau, nous nous dirigeons vers une solution technologique plutôt que comportementale ou d'une réflexion sur le modèle de ''développement''...

Une fuite en avant qui ne peut que mal finir...

Auparavant, il y avait une télévision par foyer. Maintenant, il y en a plus d'une. Quand on sait la quantité d'eau nécessaire à la production d'un téléviseur, pas étonnant que l'on manque d'eau! Et c'est loin d'être le seul exemple!

Ce système va dans le mur.
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