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Un enfant mange du riz dans le village pauvre de Taung Pyone près de Mandalay, ville centrale de la Birmanie, le 26 août 2007.
 
 
Rémy Favre pour Le Courrier (Suisse)
Le 17-05-2008 (Publié sur internet le 19-05-2008 )

La crise alimentaire guette la Birmanie


Les destructions et l'incompétence de la junte militaire birmane en matière économique risquent de plonger durablement le pays dans la pénurie.
Accroupie sur le plancher en bois au premier étage de sa maison, une Birmane de Rangoon examine deux coupelles de riz. Les grains de la première sont gros et entiers. Ceux de la seconde sont minuscules et, très souvent, brisés en petits morceaux. C'est de la mauvaise qualité, regrette-t-elle en examinant ce second échantillon entre ses doigts. D'habitude, c'est ce que nous donnons à manger aux cochons. En ce moment, c'est ce que les militaires distribuent aux rescapés du typhon dans ma rue, explique-t-elle.

Embargo et mauvaise gestion

Dans cette famille plutôt aisée de Rangoon, cette femme peut se permettre d'acheter du riz de qualité correcte sur les marchés de la plus grande ville de Birmanie, même s'il coûte très cher. Les prix ont quasiment doublé, même s'ils se sont un peu tassés la semaine dernière. Chez nous, la valeur des produits de première nécessité augmente tout le temps. Il ne faut jamais s'attendre à ce que ça baisse, même après une telle hausse, explique la ménagère.

Cette inflation continuelle s'explique par les sanctions occidentales imposées à la Birmanie et par la mauvaise gestion de l'économie de la junte militaire, au pouvoir depuis plus de quarante-deux ans dans ce pays. Très sérieusement, elle annonce chaque année des taux de croissance vertigineux, à deux chiffres.

En réalité, l'économie patine. Et cela est visible au premier coup d'oeil. L'électricité manque. Il n'y en avait pas suffisamment pour tout le pays avant le passage du typhon. Alors que dire aujourd'hui. Ceux qui habitent aux étages élevés dans les immeubles de Rangoon ont installé une petite clochette sur leur balcon qu'ils relient à une longue ficelle qu'ils font pendre jusqu'au trottoir. C'est la sonnette birmane qui fonctionne 24 heures sur 24, même sans courant.

Le taux de change officiel entre la devise locale, le kyat, et le dollar n'a rien à voir avec le cours réel de la monnaie, celui qui est pratiqué dans la rue. En fait, les généraux superstitieux dirigent plus l'économie en se fiant à leurs astrologues qu'en écoutant la voix du peuple.

Les exportations continuent!

En période de crise comme actuellement, cette façon de gérer l'économie est dangereuse. Normalement, la Birmanie est autosuffisante en riz, explique un journaliste économique de Rangoon. A cause de la crise alimentaire mondiale, les grands exportateurs, comme la Thaïlande et le Vietnam, ont suspendu leurs exportations. Ils savent que les prix vont augmenter au milieu de mousson [vers juillet]. Mais la Birmanie, elle, n'a pas suivi le même exemple. Le volume actuel d'exportation est le plus élevé des cinq ou six dernières années. D'habitude, le pays exporte 160 à 180.000 tonnes de riz par an. Mais cette année, on est déjà à 600.000 tonnes.

A quand l'envolée du riz?

Le riz, céréale qui constitue la base de l'alimentation en Birmanie (211 kg par an et par habitant), risque donc de manquer partout dans le pays d'ici quelques mois. Cette politique d'exportation, dangereuse dans un pays où la production ne cesse de décroître depuis la seconde guerre mondiale, fait diminuer les stocks.

Combien de temps peut encore tenir le pays avant que les prix du riz ne s'envolent à nouveau? Ce genre d'informations est très confidentiel, explique, gênée, une fonctionnaire de la chambre d'industrie de Rangoon. Dans un de ses travaux universitaires, elle estime que le système agricole birman est de moins en moins efficace. Les paysans ont du mal à obtenir des aides financières, des machines modernes et des techniques de culture productives, écrit-elle.

S'ajoute à ces difficultés le passage du typhon qui a endommagé les plants et les réserves de nombreuses régions, particulièrement dans les divisions de Rangoon, de Bago et de l'Irrawaddy, qui formaient jusqu'à présent le grenier à riz de la Birmanie. On y récoltait 70% de la production du pays.

''Le business est mort''

A Rangoon, l'homme de la rue a tout à fait conscience de ce scénario catastrophe. Ces jours, le marché Bogyoke Aung San, qui commercialise des vêtements, des livres et des souvenirs, était pratiquement vide. Les Birmans se détournent de ces produits qui ne sont de première nécessité. Ils dépensent leurs maigres pécules pour acheter à manger ou font quelques économies en vue d'un probable choc des prix dans les mois à venir.

Le business est mort, tranche un commerçant du marché Bogyoke Aung San. D'habitude, nous fermons vers 17h. En ce moment, je boucle vers 15h. Mais aujourd'hui, on nous annonce une tempête en milieu d'après-midi. Alors, je vais fermer mon magasin dès 13h, explique-t-il.

Sur les autres marchés de la plus grande ville de Birmanie, les rumeurs de détournement de l'aide humanitaire apportée par des organisations internationales circulent. J'achèterais bien un biscuit énergétique pour goûter, plaisante un Indien de la ville. Les biscuits énergétiques sont en fait acheminés vers les zones les plus touchés par le typhon Nargis pour venir en aide aux sinistrés. Plusieurs habitants de Rangoon affirment en avoir vu sur les étals des marchés de Rangoon. Nos dirigeants accaparent une partie de l'assistance pour leur propre bénéfice. La communauté internationale a donné cette aide pour les réfugiés, pas pour les militaires, accuse un habitant de Rangoon sous couvert d'anonymat.
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Vos réactions à cet article

23-05-2008
10:15:14

Je suis allée manger chinois hier...et en voyant mon assiette trop remplie de bonnes choses accompagnée d'une ration de riz faisant 3 fois le volume de mon estomac, je n'avait en fait plus très faim...

On lit beaucoup d'articles sur ce qu'il se passe en Birmanie et la difficulté que rencontrent les ONG sur place. Donc voici ma question: que peut-on faire pour que la situation change ?
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