Aujourd'hui, au Rwanda, quelques jours à peine après leur parution, les journaux sont utilisés aussi bien dans les villes que dans les campagnes pour remplacer les sachets plastique interdits en 2006. © DR |
Rwanda : des emballages à lire [Fr]
Fulgence Niyonagize
Syfia International (France)
Le 05-05-2008 (Publié sur internet le 19-05-2008)
719 mots
Journaux du jour ou plus anciens, le papier imprimé est très apprécié au Rwanda depuis l'interdiction des sachets en plastique en 2006. Les gens les achètent pour l'emballage, mais, souvent, ils les lisent aussi…
Dans une mini-alimentation de Butaré au sud du Rwanda, je feuillette le bi-hebdomadaire Imvaho, daté d'il y a deux jours, quand subitement la vendeuse me l’arrache des mains :
Dis donc, laisse ce journal qui n’est pas là pour la lecture. Il ne sert qu’à emballer le pain. De fait, il manquait déjà la moitié des pages.
Aujourd'hui, au Rwanda, quelques jours à peine après leur parution, les journaux sont utilisés aussi bien dans les villes que dans les campagnes pour remplacer les sachets plastique interdits en 2006.
Dans le district Nyanza au sud, on emballe du pain, du sucre, du sel dans les journaux… Sinon le client apporte son sac ou son gobelet, explique un ressortissant du district. Selon Marcel de Musanze, au nord, c’est dans les marchés que les journaux sont le plus utilisés notamment pour envelopper les ibidiya, les beignets.
Journaux du jour
Toutefois, les vendeurs ne se contentent pas d'y emballer la marchandise, ils jettent aussi un coup d’œil aux articles.
On les parcourt et, quand il y a des nouvelles intéressantes, on les lit jusqu’au bout, explique une marchande de Chez Prisonic, à Huye au sud. Bitota qui vend en détail le sel à Save, à côté de Butaré, estime lui que dans ces journaux
on lit les nouvelles souvent entendues à la radio, par exemple la distribution des terres à l’ouest, . D’ailleurs, quand le journal est intéressant, renchérit-il, on l’amène à la maison et les enfants ou les voisins peuvent le lire.
Ces habitudes se sont développées depuis l'opération
chasse aux sachets plastique, lancée par le ministère de l’Environnement en 2006. Depuis, il a été conseillé aux acheteurs d'utiliser des sacs artisanaux fabriqués localement, mais les commerçants n'ont pas eu d'alternative pour les ventes au détail de produits alimentaires. De petites enveloppes ont bien été fabriquées par les industries, mais elles n'ont pas rencontré grand succès.
Les vendeurs de pain ou autres denrées sont donc parfois obligés d’acheter un journal 200 Frw (0,4 $). Ainsi à Matar, un supermarché situé à Huye, on vend aussi des journaux. Mais quand les emballages manquent, on n'hésite pas à acheter les journaux du jour pour les remplacer. Les numéros plus anciens sont eux souvent vendus par les enfants qui les prennent dans les services publics où ils sont entassés et les revendent 100 Frw (0,2 $) le kilo. Certains s'offusquent de cet usage détourné de l'objectif initial de ces pages imprimées. Ainsi, Manzi de Kacyiru, passionné de lecture, ne laisse pas faire n’importe quoi avec un journal qui date de moins d'un an.
Je me bats avec mes sœurs qui veulent les utiliser dans la cuisine pour allumer le feu ou à la toilette, se plaint-il, estimant que ces informations peuvent servir un jour ou l’autre…
Engouement
Emmanuel Uwambazamaliya alias Gitambulisho avait compris, il y a longtemps, ce double intérêt du papier imprimé : depuis 10 ans, il sillonne la campagne pour y vendre à moins de 50 Frw les journaux invendus datant de plus d'un mois.
J’ai conçu ce projet pour faire connaître aux habitants des campagnes les programmes du gouvernement, dit-il. Les gens se bousculent pour les acheter. En les lisant, ils se rendent compte des réalités du pays, regardent des photos des autorités dont ils ne connaissent même pas les visages, bref s’informent de ce qui se passe. Après, ces journaux décorent les maisons, couvrent les cahiers des élèves, emballent les produits ou servent de papier hygiénique… ce qui laisse parfois le temps d'en lire encore quelques lignes. Pour l'instant, cependant, ce regain d'intérêt pour les divers usages de la presse ne profite guère aux journaux dont le tirage n'a pas augmenté pour autant. Achetés plein tarif, ils sont trop chers pour la majorité des Rwandais.