Depuis les années 1980, plus de 30.000 hommes ont enfourché leur moto au Bénin. De l'avis de nombreux Cotonois, Blandine serait la seule femme taxi-moto de la métropole béninoise. © DR |
Blandine au pays des zémidjans [Fr]
Christian Roko & Marius Kpogue
Syfia International (France)
Le 07-03-2008 (Publié sur internet le 12-03-2008)
728 mots
Blandine, mère de six enfants, est conductrice de taxi-moto à Cotonou (Bénin). Seule femme depuis dix ans dans un métier d’hommes, elle en surprend plus d’un par son professionnalisme et son courage.
Blandine Ahouansou est unique ! Depuis une dizaine d’années, cette quadragénaire exerce à Cotonou un métier jusque-là réservé aux hommes. Plus de 30.000 d'entre eux, les fameux zémidjans, ont enfourché leur moto au Bénin, depuis les années 1980, sur fond de crise socio-économique. De l'avis de nombreux Cotonois, Blandine serait la seule femme taxi-moto de la métropole béninoise.
C’est un homme revêtu de peau de femme, commente, admiratif, Alphonse Hounsa, un de ses collègues. Bertin Attanlodjou, un autre conducteur de taxi-moto, la décrit comme une amazone qui exerce son métier avec passion tout en s’occupant à merveille de ses six enfants.
Cette femme frêle au teint clair et de taille moyenne n'est pas arrivée là par vocation, mais à la suite d'un enchaînement de circonstances dont la vie a le secret. Au début des années 1990, elle démarre un commerce de vêtements entre le Togo voisin et le marché international Dantokpa de Cotonou. Mais, avec le renchérissement du prix du transport et des taxes douanières, son profit s’amenuise peu à peu. Au bout de quelques mois, elle abandonne pour se lancer dans la vente de carburant. Ce qui lui permet d'acheter en 2000 une moto japonaise Mate 50 en vue de la confier à un employé moyennant 1 500 Fcfa (2,28 €) de location par jour. Mais celui-ci n’honore guère son engagement et la gruge de surcroît. Désillusions et besoin d'argent aidant, Blandine conduira donc elle-même sa moto, car, confie-t-elle en souriant,
il n’y a pas un travail réservé uniquement aux hommes et un autre aux femmes.
Huit bouches à nourrir
Deux fois divorcée et privée de tout soutien, Blandine a six enfants et elle est déjà grand-mère d’une fillette de 2 ans. Elle a aussi à charge sa mère avec qui elle vit. Travailler sans relâche pour assumer cette nombreuse famille est son lot quotidien. Pas de quoi entamer sa jovialité et sa confiance en l'avenir en dépit d’une fracture à la jambe droite consécutive à un accident survenu en 2002 et des risques encourus au quotidien dans le flot de la circulation cotonoise.
J’ai choisi cette activité et je l’assume. C’est elle qui me fait vivre et fait vivre les miens. Ses clients la trouvent étonnante.
Elle démarre comme un conducteur de moto-cross, maîtrise le guidon comme les motards et, elle, elle n’est pas distraite en circulation, commente Darius, agent de santé dans un hôpital de la place.
Maillot jaune et pantalon de jean bleu, elle sillonne la ville à longueur de journée. Admirant son courage, ses clientes et les femmes qui la croisent l'encouragent parfois de quelques billets de banque.
C’est une brave ! lance Rosette Aguè. Ce métier est trop contraignant et risqué. Personnellement, je ne pourrais pas le faire. Les hommes aussi apprécient les services de Blandine. Son métier ne l’empêche pas d’assumer avec amour ses devoirs de mère. Elle prend soin de ses enfants avant de partir au travail le matin. Une simple question d’organisation, dit-elle.
Mais avec l’explosion du nombre de conducteurs au Bénin, le métier ne marche plus très fort. Les revenus sont en baisse. De 10.000 Fcfa (15,24 €) par jour en 2000, c’est à peine si sa recette atteint aujourd'hui les 4.000 Fcfa (6,09 €). Waïdi, son grand garçon de 18 ans, est fier de sa mère, mais trouve son job éprouvant et périlleux.
Lorsque je vois des zémidjans en difficulté sur les voies, je pense à maman et j’ai peur pour elle, confie-t-il.
Face aux déboires actuels et à la forte pollution de l’air à Cotonou, Blandine envisage de changer sous peu d’activité et de parcours. Son rêve : passer le permis de conduire D afin de pouvoir transporter des passagers en minibus sur la ligne Cotonou-Lomé. Un autre métier où les femmes ne sont pas légion.