La valeur du marché mondial du carbone a augmenté de 80% en 2007, avec l’échange de près de 2,7 milliards de tonnes de crédits de CO2, représentant 40,4 milliards d’euros, ce qui constitue un signe d’enthousiasme croissant pour le secteur de l’échange du carbone des entreprises et des investisseurs mondiaux, selon une étude d’une entreprise indépendante de conseil Point Carbonexternal .
Près de 60% de ces échanges ont eu lieu par le système européen d’échange de quotas d’émissions (système ETS) : 1,6 milliard de tonnes d’émissions de carbone, soit 28 milliards d’euros, s’échangent au sein de l’Union.
Le mécanisme de développement propre (MDP) géré par l’ONU, qui permet aux entreprises d’atteindre leurs objectifs de réduction des émissions en finançant des projets de réduction du carbone dans les pays en développement, à engendré une réduction supplémentaire de 947 millions de tonnes de CO2, valant 12 milliards d’euros.
Selon Endre Tvinnereim, analyste pour Carbon Point, les chiffres de 2007 indiquent que l’échange des émissions de gaz à effet de serre devient un véritable marché de matières premières à part entière. Il estime que la croissance remarquable du marché secondaire des MDP montre que les entreprises sont prêtes à des instruments novateurs et créatifs pour gérer les contraintes liées au carbone.
Les analystes pensent également que le marché mondial du carbone pourrait littéralement exploser dans les 12 prochaines années, en particulier si les Etats-Unis y participent.
Aux Etats-Unis et au Canada, les initiatives au sein des Etats et des régions prennent déjà de l’élan. En effet, au moins 10 Etats du nord-est des Etats-Unis se sont engagés à élaborer un programme pluriétatique de limitation et d’échange afin de réduire les gaz à effet de serre de 10% d’ici 2018 comparé aux niveaux de 1990, dans le cadre de l’initiative régionale de réduction des GES, le Regional Greenhouse Gas Initiative (RGGIexternal ).
Les marchés basés sur le volontariat, dans lesquels les entreprises et les individus conscients de leur empreinte carbone peuvent choisir d’acheter des crédits d’émissions, commencent également à croître, le plus grand étant le Chicago Climate Exchangeexternal basé aux Etats-Unis, où le volume d’échange a doublé en 2007, pour atteindre 22,9 millions de tonnes.
De plus, compte tenu des 13 projets de loi sur le changement climatique actuellement discuté au Congrès à majorité démocrate – dont la plupart contiennent des plans visant à établir des mécanismes basés sur le marché – les analystes estiment que les Etats-Unis ont peu de chance d’échapper à un système de réduction des émissions à l’avenir.
D’après Michael Liebreich, PDG de New Energy Finance (NEFexternal ), le principal fournisseur d’informations et d’analyses dans les secteurs des énergies renouvelables et ceux à faible intensité de carbone, même si le gouvernement actuel de Bush rejette tous ces projets de loi, le prochain président sera moins enclin à utiliser un veto. Tous les principaux candidats de 2008 ont approuvé la nécessité d’agir et certains ont déjà soutenu d’importantes réductions d’émissions.
Le Climate Security Act (CSAexternal ), un compromis bipartite rédigé par les sénateurs Joe Lieberman et John Warner, est l’une des propositions actuellement examinées par le Congrès. Selon Point Carbone, l’adoption de ce projet de loi, qui prévoit l’introduction d’un système de limitation et d’échange de carbone, pourrait entraîner la création d’un marché de 150 milliards de dollars, soit l’échange de 5,7 milliards de certificats, dès 2012.
Eliminer les ''resquilleurs''
Il est peu probable que les Etats-Unis acceptent un système n’obligeant pas ses principaux partenaires commerciaux des pays en développement, comme la Chine, le Brésil et l’Inde, à se conformer également à des réglementations en matière d’émissions. Comme l’a expliqué le responsable de la commission Finance du Sénat américain, Max Baucus, dans le contexte d’une économie compétitive, ces pays ne peuvent pas bénéficier d’une entière liberté d’action tandis que les Etats-Unis supportent les coûts.
L’UE est également plus qu’enthousiaste à l’idée de créer une égalité de traitement au niveau mondial pour ses entreprises afin d’éviter le phénomène de la fuite de carbone, c’est-à-dire la délocalisation des entreprises dans des pays tiers où la législation relative à la protection du climat est moins stricte, afin de rester compétitives. Dans ses nouveaux plansPdf external pour le système européen ETS, la Commission menace clairement de soumettre les pays industrialisés, refusant de participer à un pacte international sur le climat, à des systèmes d’ajustement à la frontière par lesquels les biens importés tomberaient dans le cadre du système européen ETS (EurActiv 28/01/08).
En outre, l’Inde et la Chine pourraient avoir une participation limitée dans le marché du carbone si elles ne ratifient pas un accord mondial. En effet, même si actuellement, près de 10% des crédits de carbone achetés par des entreprises européennes sont des Mécanismes de développement propre ou des crédits de mise en œuvre conjointe, la Commission suggère de les limiter à 5-6%.
D’après les analystes, l’initiative pourrait être le résultat d’une frustration grandissante causée par la Chine et l’Inde qui tirent profit du marché du carbone – les investisseurs européens affluant pour payer les entreprises énergétiques chinoises et indiennes afin qu’elles réduisent leurs émissions plutôt que d’investir pour réduire la pollution dans leur pays – sans avoir à supporter la charge des objectifs obligatoires de réduction des émissions de carbone. Certains craignent également que ces pays n’empêchent les pays en développement les moins bien lotis en Afrique d’entrer sur le marché.
Pour M. Liebreich, les pays en développement devraient garder à l’esprit que même s’ils réussissent à négocier pour écarter la nécessité de contrôler les émissions de gaz à effet de serre, ils seront probablement confrontés aux répercussions de la législation relative au changement climatique de manière indirecte, par la balance commerciale de leurs exportations, et éventuellement plus tôt qu’ils ne le pensent.
Néanmoins, l’European Federation of Energy Traders (Efet) a averti que la proposition de la Commission gênerait le développement d’un vaste marché pour les projets de réduction des émissions dans les pays en développement et ainsi, augmenterait considérablement le coût de la réduction des émissions pour l’Europe, dans la mesure où le potentiel de réduction à faible coût dans les pays en développement ne sera pas totalement exploité. Il a ajouté que les propositions risquaient de créer une situation de longue incertitude pour les entités privées impliquées dans les projets de réduction des émissions, étant donné qu’un accord international sur le changement climatique a peu de chance d’être conclu avant la fin 2009.
Une approche sectorielle ?
Même si d’autres nations parviennent à un niveau égal en appliquant des mécanismes d’échange du carbone similaire au système européen ETS, beaucoup craignent que la compétitivité mondiale de l’Europe restera affectée dans la mesure où l’intensité de carbone des exportations européennes est plus élevée qu’en celles des exportateurs chinois et américains, entre autres.
En abordant cette question, un élément clé pourrait être la conclusion d’accords sectoriels internationaux, dans le cadre duquel les industries à forte consommation en énergie seraient en mesure de fonctionner sous un régime de carbone séparé, basé sur des objectifs fixés entre elles, protégeant efficacement le secteur d’une brusque augmentation des coûts d’exploitation liés à l’expansion des technologies propres ou à l’achat de crédits d’émissions issus de projets dans les pays en développement.
Sous un tel système, les plus grands pays en développement comme la Chine plaideront en faveur d’un objectif sectoriel d’intensité de GES (GES/tonne d’acier) et en échange, recevraient des mesures incitatives sous la forme de technologie des pays développés.
L’idée a été soutenue par Günter Verheugen, le commissaire européen à l’Industrie, et par le groupe de haut niveau de l’UE sur la Compétitivité, l’énergie et l’environnement, comme un moyen de permettre une concurrence loyale tout en continuant d’assurer des améliorations dans les technologies propres dans les pays en développement. Un tel système pourrait également recevoir le soutien des Etats-Unis et du Japon, tous deux opposés à des objectifs contraignants stricts. |