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Cette ''petite révolution'' pourrait accroître encore les transferts d'argent, déjà colossaux, entre les pays occidentaux et ceux en développement.
© CRDI
Quand le téléphone sert de banque [Fr]

Marie Agnès Leplaideur
Syfia International (France)

Le 11-01-2008 (Publié sur internet le 17-01-2008)
865 mots


C'est par le téléphone portable que passeront à l'avenir les transferts d'argent. Les premiers essais sont déjà en cours dans plusieurs pays d'Afrique. Une solution séduisante pour simplifier les envois d'argent des migrants, les faire rentrer dans les circuits officiels et favoriser l'investissement.

Quelques petits coups de pouce sur le clavier de son téléphone portable suffiront bientôt pour envoyer de l'argent à sa femme restée au pays, à sa mère malade à des centaines de kilomètres de chez soi, à son neveu qui doit construire sa maison…Ce n'est pas de la science-fiction. C'est déjà une réalité au Kenya où l'opérateur de téléphonie Safaricom s'est allié à des banques pour monter le système Pesa (argent mobile, en swahili) qui permet avec un simple SMS de recevoir ou d'envoyer jusqu'à 400 dollars. Au Nigeria aussi, le chezola pay facilite le transfert d'argent et le paiement direct et local de certaines factures comme l'électricité. D'ici quelques mois, c'est le plus gros opérateur de transferts d'argent, Western Union, qui va s'y mettre à son tour. Associée à un groupement d'opérateurs de téléphonie mobile, elle met au point un système qui desservira peu à peu toutes ses agences. À condition bien sûr que l'expéditeur créditeur dispose d'un compte bancaire.

Une petite révolution qui pourrait accroître encore les transferts d'argent, déjà colossaux, entre les pays occidentaux et ceux en développement. Selon un rapport de la Banque mondiale, à l’échelle de la planète, ceux-ci sont évalués à 240 milliards de dollars pour 2007, deux fois plus qu'en 2002. Deux chiffres en montrent l'importance : l’aide au développement de l’UE aux pays ACP, le 10è FED, s'élèvera à 4,6 milliards d'euros par an pour la période 2008-2013, les transferts des migrants dans leurs pays d’origine sont, eux, estimés à plus de 20 milliards d'euros chaque année, cinq fois plus…

Les chiffres officiels des transferts seraient toutefois bien inférieurs à la réalité, car jusqu'à présent, les envois d'argent se font rarement par les circuits bancaires, surtout en Afrique. Ils passent soit par des circuits informels parfois risqués, mais peu coûteux, via des commerçants ou des voyageurs, soit, le plus souvent, par les agences de transfert d'argent sûres, rapides et présentes dans de nombreuses localités, mais onéreuses : les frais s’élèvent en moyenne à 10 à 15% du montant envoyé.

Formaliser les transferts

Formaliser ces transferts afin de pouvoir mieux les suivre, les sécuriser et faire baisser les coûts de transaction, sont aujourd'hui les objectifs des bailleurs de fonds. A cela plusieurs raisons avouées ou non : limiter les migrations vers les pays européens en favorisant les économies locales, mieux contrôler les transferts internationaux pour éviter le blanchiment d'argent suspect ou le financement des réseaux terroristes.
Ainsi pour encourager les transferts via leurs établissements, les banques essaient de trouver des systèmes plus souples et mieux adaptés aux réalités économiques locales. La Société générale propose désormais à ses clients un service de transfert de fonds internationaux par téléphone qui permet à ses clients et à ceux de ses filiales d'envoyer ou de recevoir des fonds sur leurs comptes ou de les recevoir en espèces au guichet de la banque. Au Burkina, au Bénin, au Cameroun, au Sénégal, au Tchad et en Côte d'Ivoire, ce service est déjà opérationnel.

Dans les régions rurales où ce sont souvent de petites sommes qui sont envoyées, les coopératives et des établissements de microfinance sont de plus en plus souvent reliés au système bancaire classique. Les émigrés attendent aussi des banques des taux d'intérêts motivants, des assurances et surtout des prêts pour pouvoir se lancer dans des projets d'envergure dans leurs pays d'origine.

Investir plutôt que consommer

Car, selon de nombreuses études, l'argent des migrants est utilisé à 80% pour la consommation courante, à 15% ou plus selon les pays pour la construction d'infrastructures – centres de santé, écoles, mosquées… – et parfois à peine à 1% pour des projets économiquement rentables (petits commerces, unités de transformation agricole, plantations, etc.). Certes, il améliore la vie des plus pauvres, surtout en zones rurales où il permet de se nourrir en cas de mauvaise récolte, de se soigner ou d'envoyer les enfants à l'école. Mais, il a aussi des effets pervers : les familles deviennent parfois dépendantes de ces apports extérieurs qui ne les incitent pas à améliorer elles-mêmes leurs revenus. Elles poussent alors régulièrement d'autres jeunes en exil pour préserver leur niveau de vie.

Les transferts permettent à ceux qui sont restés chez eux de sortir de l'extrême pauvreté, estime Jean-Pierre Garson, spécialiste des questions migratoires à l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), mais leur impact sur le développement n'est pas évident, surtout si l'on évalue en regard de la perte de main-d'oeuvre que représente l'émigration pour ces pays.
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Les commentaires...
Genge
14-05-2008
10:32:46

Juste pour dire merci à ceux qui ont pensés à cette géniale idée. Mais aussi il faut se demander s'il n'y aura pas des fraudes. Merci une fois pour cette technologie.
Tijo
12-05-2008
20:47:02

Je suis ravi d'entendre qu'on aie inventé un autre moyen pour transférer de l'argent , mais je me demande si les tarifs seront les mêmes que nous avons l'habitude de payer. Si il y a quelqu'un qui a des informations concernant les tarifs, ça me ferais plaisir s'il pouvait les écrire...
Etudiant
10-05-2008
20:30:45

Nous félicitons l'organisation internationale des Banques sur ce qu'elle ne cesse pas de penser a améliorer nos moyens de transfert d'argent. La Western Union actuelle est efficace mais trop chère. Nous espérons que bientôt ce nouveau moyen de transfert sera de portée internationale.
Papy
10-05-2008
18:27:51

Eh bien nul doute que le monde progresse de façon spectaculaire. Malheureusement, il évolue aussi dans le sens négatif du moment où la guerre s'accroit toujours.
Fic
10-05-2008
14:37:37

Personne ne peut se passer d'aider sa famille menacée par la faim,le problème est que l'argent envoyé ne sert qu'à la consommation et non aux projets de développement. Cela se justifie par la mauvaise politique du pouvoir en place qui ne souci guère des besoins de la population qui meurt de faim.
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